Maria de Curaçao

L’avantage de ne pas avoir de mémoire est que l’on peut lire plusieurs fois un même livre.

Celui-ci est une vague enquête policière écrite par un Hollandais en anglais, et traduite en français. L’énigme n’a rien de passionnant. Il est possible que la stratégie de l’auteur soit de rendre amusants, voire humains, ses policiers. On y voit, encore, une Hollande et ses colonies, civilisées et confortables. Je découvre que les Hollandais ont construit des villes hollandaises aux Antilles, contrairement aux Français et Anglais, qui y ont laissé des bidons-villes.

Le livre est très bien pensant. Ce qui semble une tendance dominante du roman policier occidental, depuis, peut-être, les années 70. Après le roman noir des années 50, le roman rose ?

Trump fait des émules ?

François Hollande, de Tulle à Paris, ou le journal de bord d’un député qui rêve de redevenir président : « Si j’arrive à dégager une force autour de moi… »

Le Monde, dimanche

L’exemple Trump ? Bientôt, sur une estrade près de chez vous : Sarkozy contre Hollande, la revanche ?

A l’extrême droite, toute ?

Geert Wilders, homme d’extrême droite, gagne les élection néerlandaises en faisant un score exceptionnel. Une affaire d’immigration, apparemment.

On nous a dit que l’extrême droite était le mal absolu. Mais elle a l’air de s’implanter un peu partout. Et, curieusement, dans un pays aussi civilisé, aussi donneur de leçons, que la Hollande.

Pour le moment, elle ne semble pas à la hauteur de sa réputation. On n’entend guère parler du gouvernement Melloni, par exemple. Les démocraties sont des sables mouvants qui enlisent leurs gouvernements ?

Qu’est-ce qui les amène au pouvoir, d’ailleurs ? L’immigration, vraiment ? Il y a eu des temps de grande immigration, sans mécontentement. On a même appelé cette période « les trente glorieuses ». Peut-être, plus simplement, une dégradation des conditions de vie de la population ? Et l’appel à un candidat original comme M.Trump est efficace : il a amené M.Biden, qui a changé radicalement la politique démocrate.

En marketing, on dit que ce qui fait vendre est le besoin perçu, pas le besoin réel. Nos politiques feraient-ils bien de se demander ce que ressent l’individu au fond de sa caverne, plutôt que de chercher des idées dans les espaces sidéraux ?

L'art de la communication

Je devrais lire mes livres ! 

La désindustrialisation de la France m’a fait comprendre que j’avais commis une erreur que je dénonce : j’ai incorrectement interprété l’action du gouvernement Hollande. 

J’ai décrypté le présent en fonction du passé. Or, le gouvernement a changé de cap, à 180°. Il l’a dit. Je n’ai rien entendu. J’ai été victime de mes a priori. En fait, il a anticipé Trump et le Brexit de 5 ans ! Il n’aurait jamais dû y avoir de Gilets jaunes. (D’un seul coup, ce que M.Hollande dit du « jugement de l’histoire » s’éclaire.) 

Grande leçon de communication. Le gouvernement a cru que l’on déduirait son intention de ses actes. Il a même, probablement, jugé bon de ne pas s’exprimer trop clairement, de façon à ne pas susciter l’ire de dangereux activistes. Il espérait que ceux dont il servait les intérêts le comprendraient à demi-mot. C’est tout le contraire qui s’est passé. Ses alliés en puissance l’ont torpillé. M.Macron persévère dans l’erreur. 

Qu’est-ce qu’une bonne communication ? La technique du « stretch goal ». C’est américain, simple, en trois points, et jamais appliqué :

  • Il faut partir d’une analyse de la situation, telle que perçue par le peuple, exprimée avec ses mots. Il doit comprendre qu’on l’a compris. 
  • Ensuite, il faut expliquer pourquoi on en est là où on en est, et vers où l’on veut aller. C’est, à proprement parler, le « stretch goal ». Un objectif quantifié, bête mais inattendu, qui frappe les esprits. 
  • Finalement, il faut dire pourquoi l’on va réussir. D’une part, parce que l’on joue sur les forces culturelles, uniques au groupe, elles aussi évidentes a posteriori. En quelque sorte, « on l’a déjà fait ». D’autre part, parce qu’il faut des moyens, et qu’on se les ait donnés. 
Tout cela doit se dire en quelques mots. Seulement, ils doivent être bien choisis, car, comme moi, l’être humain a une interprétation excessivement biaisée de ce qu’il entend. Ils ne peuvent être trouvés, si j’en crois mon expérience, que par essais et erreurs. 

Risible gauche ?

L’élection de François Mitterrand fut-elle le chant du cygne de la gauche ? Aujourd’hui, elle est en miettes, constatait la revue de presse de France Culture, ce matin. 

Cela m’a fait penser à François Hollande et Ségolène Royal. Ils ont beaucoup de choses en commun. D’abord d’avoir eu plusieurs enfants ensemble, et d’avoir grandi dans l’ombre du président Mitterrand. Ensuite d’avoir été deux des champions du PS. Ils l’ont représenté à deux élections présidentielles. Finalement, qu’une forme très particulière de ridicule leur soit attaché. Quelque-chose qui paraît très rare. Pour trouver mieux, il faut peut-être remonter à Valéry Giscard d’Estaing. 

Faut-il en appeler à Bergson ? Le rire, dit-il, est un signal d’alarme. Est risible ce qui est « contre nature ». La gauche, emmenée par son couple vedette, aurait-elle décollé de la réalité ? Elle sera à nouveau puissance politique le jour où elle ne sera plus risible ? 

Changement d'opinion

Les affaires de moeurs qui se succèdent seraient le signe d’un changement en France, disent les journaux étrangers. Ces affaires étaient connues, mais il n’était pas permis de les ébruiter. 

Les psychologues parlent de « validation sociale ». On tient une opinion parce que d’autres la tiennent. Mais les opinions s’éteignent faute de combattants. Quand une génération perd le pouvoir, elle ne peut plus contrôler le discours de la société. C’est la génération suivante qui fait la loi. 

Le « jugement de l’histoire » est éminemment évolutif, contrairement à ce que croit M.Hollande.

Réformes ratées

Pour mes cours, j’ai fait, pendant des années, des analyses des changements (ratés) menés par nos gouvernements. Eh bien je ne m’attendais pas à ce qu’ils aient eu de telles conséquences. 

Quand on parle de l’Education nationale, on croit qu’elle a creusé les inégalités. Il n’y a plus que certains quartiers qui ont droit aux grandes écoles. On dit aussi qu’elle n’apporte pas la formation dont a besoin l’entreprise. En fait, c’est pire que cela. Non seulement il n’y a plus de formation à l’artisanat, ancienne richesse du pays que l’Education nationale considère désormais comme une « voie de garage », mais il y a une perte totale de connaissances de « bases ». Si bien que les entreprises ne parviennent pas à recruter, à moins de monter des centres de formation. L’impact de ce changement en termes d’emploi doit être considérable. Car c’est un cercle vicieux : moins l’entreprise peut recruter, moins elle peut se développer et créer de l’emploi… 

A cela se combine les réformes des régions dont je n’avais pas compris la portée. Apparemment, le gouvernement Hollande a poursuivi les réformes Sarkozy. Il était estimé que le déficit du pays venait d’une mauvaise gestion des finances régionales. En conséquence, il semble qu’il ait été décidé de les affamer, pour les forcer à la réforme. La conséquence n’a pas été celle prévue. Il semblerait que les métropoles régionales se sont mises à se comporter comme Paris. Mais les zones rurales ont été dévitalisées. En particulier, elles ont perdu la compétence économique, alors qu’elle ne peut pas être exercée par la Région, qui est trop loin du terrain, et qui a été atteinte du mal parisien : des masses d’intellectuels qui donnent des ordres sans avoir la moindre idée de quoi ils parlent. Là aussi, conséquence emploi. Impossible de recruter, parce que personne ne veut plus vivre à la campagne : pas d’école pour les enfants, pas de travail pour le conjoint… 

J’ai l’impression qu’il y a une prise de conscience du désastre. Seulement, « on part de loin ». Par certains côtés, le pays est en ruines. (Il est même surprenant qu’il n’y ait pas plus de mécontentement. Le Français grogne beaucoup, mais, au fond, c’est un bon bougre ?) Et il demeure une armée mexicaine d’apprentis sorciers, qui ont tous les pouvoirs, mais presque plus « d’opérationnels de terrain » pour remettre le pays en marche, à la manivelle.

Les changements ratés du président Hollande

J’ai trouvé une source d’exemples pour mes travaux sur le changement. Depuis une quinzaine d’années, j’étudie ce que l’on écrit sur les changements que mènent nos gouvernements (ils parlent de « réformes »). Ils illustrent la bonne manière de rater un changement. D’obtenir le contraire de ce que l’on désirait (énantiodromie). 

Je me suis arrêté à François Hollande. Le « changement c’est maintenant » n’a fait apparemment aucune réforme. Il s’est contenté d’attendre un changement du cycle économique. Il ne pouvait rien rater. 

Certes, il y a eu l’aventure du Mali. M.Hollande pensait peut être que, parce qu’il était de gauche, on ne pouvait pas lui reprocher son impérialisme. Une erreur. Mais ce n’est pas une réforme. 

J’ai toujours tort. Il y a eu aussi la « régionalisation ». Il s’agissait, probablement, d’améliorer l’efficacité de l’Etat : moins de régions, suppression des départements (?). Il en a résulté le chaos. 

« les structures de l’Etat sont préoccupantes par leur difficulté à se réformer sans laisser perdurer des structures anciennes et devenues inadaptées au côté des dispositifs nouveaux. (…) La réforme des Régions n’a le plus souvent supprimé aucune structure, mais, au contraire, en a créé d’autres. Et les exécutifs dans les métropoles régionales peuvent être perçus comme auto-alimentés et aussi loin des villes secondaires que Paris ! » (Article.)

Après Les rois maudits, faudra-t-il écrire Les présidents maudits

Crash stratégie

Je trouve un article ancien qui expose trois photos topless de MM.Obama, Poutine et Hollande. Les deux premiers sont des athlètes superbes. Le troisième, qui se passe de la crème solaire, est un petit gras. Lamentations de l’auteur.

Je me suis demandé si François Hollande se voyait comme cela. Sur la plage, sous la pluie, les lunettes embuées… on l’a décrit comme ridicule. Et si lui s’était vu comme attendrissant ?

Un de mes collègues appelait ce phénomène une « crash stratégie ». Une idée fixe, que nous sommes incapables de percevoir, et qui nous fait échouer.

(On dit aussi qu’il était très soucieux de sa place dans l’histoire.)

Histoire

M.Hollande était obsédé par la trace qu’il laisserait dans l’histoire. (Son conseiller en communication le disait à France Culture, samedi midi dernier.) Cela lui a fait faire énormément de bêtises. Et. cela l’a peut être condamné à une fin prématurée et piteuse. Curieuse obsession. Car l’histoire est-elle capable de juger quoi que ce soit ? De Gaulle ou Mitterrand furent-ils de bons ou de mauvais présidents ? Alexandre ? Louis XIV ? Et Thiers, qu’en pensez-vous ? Et Marx ? Et Heidegger ? Et Montaigne ? Furent-ils de bons philosophes ?

En fait, la seule chose qui assure une place dans l’histoire, c’est l’autorité et la mythologie. Il est dit : ceux qui ne croient pas en Staline ou Mao, ou la vraie foi… sont passibles de la peine capitale. Et c’est enseigné dès la naissance. Pour le reste, ce qui frappe l’histoire, c’est l’anecdote et le ridicule.

Et si le bon président était le catalyseur du changement, celui qui ne laisse pas de trace ?