Heidegger à la radio

De l’utilité d’une émission de vulgarisation pour connaître un philosophe ? En l’occurence, il s’agit de Heidegger et des Chemins de la philosophie de France Culture.

Premier constat. Tentation regrettable : ramener le philosophe à nos préoccupations quotidiennes. Or, Heidegger est supposé avoir renversé cul par dessus tête la pensée occidentale !

Ensuite, on ne peut comprendre une personne, si l’on ne comprend son milieu : Heidegger appartient a la phénoménologie. Son sujet, « l’être », en est un exercice. Dès que la phénoménologie se penche sur quelque-chose, c’est pour dire qu’il a été mal pensé jusque-là.

Du coup, cela pose la question de savoir en quoi notre conception de « l’être » peut changer notre façon de concevoir le monde, nos actions, et le cours de l’histoire. En quoi Socrate (ou Platon), qui est l’inventeur de notre pensée moderne, a été un révolutionnaire, et pourquoi, peut-être, nous a-t-il fait commettre une erreur systémique, dont nous pourrions être en train de nous mordre les doigts.

Je n’ai pas eu de réponse.

Elle tient peut être à ce que Socrate croit comprendre le monde. Les idées sont à l’intérieur de nous, il suffit de les chercher dans la solitude de sa chambre. Pour Heidegger, le monde « en tant que tel », se révèle, au contraire, lorsque l’on abandonne les illusions qui sont notre quotidien. La réalité sort de la prise de conscience du néant, c’est-à-dire, peut-être, de la découverte que ce à quoi nous croyons ne tient pas debout. La raison d’être de l’être, c’est de chercher ce sens. (Ce en quoi il s’oppose à Socrate et à Pascal, qui croient qu’ils l’ont trouvé.)

(On notera au passage que le « monde en tant que tel » ne signifie pas nécessairement qu’il existe une réalité ultime accessible à nos sens. Pour le phénoménologue, le monde est le fruit de l’intersubjectivité transcendantale. Autrement dit, il résulte d’un travail d’interprétation fait en commun. On peut donc voir le changement proposé par Heidegger comme passage d’une interprétation du monde qui ne donne pas de bons résultats, à une autre, plus efficace.

Application pratique ? En ce moment, notre humanité traverse une phase d’angoisse existentielle. Elle comprend avec horreur que ses fondations sont malsaines. Et si c’était une bonne nouvelle ? Le signe qu’il faut partir à l’aventure à la recherche d’un « monde vrai » ?)

La phénoménologie de Husserl pour les nuls

Authenticité

Authenticité est mot de philosophe, ai-je découvert, l’autre jour. (In our time, BBC 4.)

C’est un mot d’Heidegger et de Sartre, un mot d’existentialiste. C’est, surtout, un mot lié à la question de la liberté. L’homme authentique est libre. Et inversement.

Seulement, comme souvent en philosophie, ces travaux débouchent sur une contradiction. Théorie réfutée ?

Comme souvent en philosophie, ce qui est important n’est pas la réponse, mais pas la question, et les questions qu’elle soulève.

En effet, sommes-nous libres ? Que veut dire être libre ? L’existentialiste semble croire que c’est « penser par soi-même », ne pas être un mouton de Panurge. Mais que serions-nous sans la société ? Elle nous élève et nous forme. Tous nos goûts viennent d’elle. Pour autant, sommes-nous déterminés ? L’homme, comme l’animal, n’est-il pas unique, et imprévisible ?

Philosophe : nom d’une pathologie ? Fou d’absolu comme d’autres sont des « fous de dieu » ? Et s’il nous parlait de dosage, de réglage, plutôt que de perfection ?

Heidegger

Heidegger nous pose une curieuse question. Son oeuvre paraît la légitimation philosophique du nazisme. C’est en affrontant le néant que l’homme renaîtra. Heidegger lui-même a été plus que mouillé dans ce mouvement. Or, il fut, immédiatement après guerre, sans l’ombre d’un doute, un héros de l’intelligentsia française, Sartre en tête. Même Hannah Arendt, dont la vie a été un combat contre le nihilisme, lui a conservé son amour de jeune fille.

Ne pourrait-on pas tenir le même raisonnement au sujet de la finance internationale ? N’y a-t-il pas l’ombre d’un doute qu’elle crée des crises qui bouleversent des millions de vies ? Sans condamner a priori, n’y a-t-il pas matière à jugement ? Sans cela comment peut-on prétendre condamner qui que ce soit ? Ce qui remplit les prisons ou alimente les guillotines, ce ne sont pas les fautes, mais les classes sociales ?

Walter Benjamin

Biographie de Walter Benjamin par Hannah Arendt. Court et remarquablement bien écrit. Comme souvent avec Hannah Arendt, je me demande si ce n’est pas d’elle qu’elle parle…
Qui était Walter Benjamin ? L’intellectuel juif allemand d’avant guerre. Il est d’usage alors qu’un Juif riche enfante un génie, qui vive de ses rentes. Mais le dit génie est confronté à une injonction paradoxale : il apporte son talent à une culture qu’on lui dénie. Walter Benjamin tente de s’en tirer par le sionisme ou le marxisme. Mais leur médiocrité intellectuelle lui est insupportable. Alors, il choisit Paris, ville du XIXème siècle, comme lui. Malheureusement, survient la guerre. Plutôt que de partir pour l’Amérique inculte, il se suicide.
Et son œuvre ? Hannah Arendt y reconnaît son combat, à elle. Mais aussi celui de Kafka, et surtout celui d’Heidegger. Que dit Heidegger ? La vérité est le fruit d’une révélation. Pas de la raison. Or, nous sommes en panne de révélation. Nous ne croyons plus à rien. Mais, on peut trouver, dans le langage, des « perles », des vérités que le temps a rendues éternelles. Nettoyons la pensée commune de contre-vérités patentes et introduisons-y les dîtes perles. C’est ce qu’a fait Walter Benjamin, qui a écrit des livres d’aphorismes. Et qui a mené, comme son ami Franz Hessel (le père de Stéphane), une vie de « flâneur » (en français dans le texte). Car les perles ne sont visibles qu’au flâneur. Et la poésie est la plus haute des paroles.
(ARENDT, Hannah, Walter Benjamin 1892 1940, Alia, 2007.)
Commentaire à usage personnel.
Peut-être ai-je trouvé l’origine du sentiment bizarre que m’inspirent les idées d’Hannah Arendt. A supposer que je les ai comprises.

La pensée d’Hannah Arendt est celle d’Heidegger ? Elle n’a fait que mettre en pratique les idées d’Heidegger ? Idées qui, d’ailleurs, ne sont pas aussi originales que je l’aurais cru ? Elles viennent de la révolte romantique contre le désenchantement que la rationalité des Lumières a fait subir au monde. Mais, aussi, elles s’inscrivent dans une sorte de mode. Celle du pouvoir de la langue. Wittgenstein, Saussure et son influence sur le structuralisme, les postmodernistes… tous partagent cette idée. Une sorte de retour au temps des Grecs où le logos-parole aurait pris la place du logos-raison ?

La théorie qui précède n’est, peut-être, pas aussi abstraite qu’il y paraît. Par exemple, je crois y reconnaître ce que j’ai dit récemment sur la République française. Le progrès, la raison, la liberté de l’homme… sont de l’ordre de la révélation religieuse. Elles ont fait autorité tant que nous y avons cru. Ce n’est plus le cas. Pourtant, tout n’est pas à jeter dans l’édifice que notre foi nous a fait construire. L’école laïque, par exemple, donne une liberté à l’esprit qui procure de grandes satisfactions. Pourquoi ne pas la conserver ?
Autre exemple : la politique grecque. Tant que l’on parlera de politique, il nous restera quelque-chose des idées grecques, sur la politique, dit Hannah Arendt. Juste. Tout bêtement « polis », la cité : la politique, c’est l’administration de la cité par le citoyen. Et, effectivement, depuis que je les ai découvertes, elles occupent une place centrale dans mes réflexions.
Mais, je pense aussi avoir trouvé ce que je reproche à Hannah Arendt. C’est ce qu’elle reproche elle-même à Sartre et à Hegel. C’est le déterminisme. Il ne suffit pas de pêcher la perle dans le langage, ou, peut-être, dans l’expérience pour construire le meilleur des mondes. Car c’est une forme d’idéologie. (Et l’idéologie, croire possible l’impossible, est le début du totalitarisme, dit Hannah Arendt !) La vie, c’est un combat de tous les instants, pour ne pas se faire emporter par l’idéologie, justement. Le gagner est une question de « jugement », question sur laquelle Hannah Arendt a fini son existence ? En tout cas, je ne suis pas sûr que le jugement soit aussi mystérieux qu’elle le pensait. Juger c’est, avant tout, estimer les conséquences de ses actes, ou de ceux des autres. Et, c’est une affaire de raison, et pas de langage. Du moins, c’est ce qu’il me semble. 

Hannah Arendt ou la haine de l’humanité ?

C’est Alain Finkielkraut qui m’a fait lire Hannah Arendt (billet précédent). J’avais été frappé par une discussion qu’il a eue avec Michel Serres. Et, comme il ne peut pas faire une phrase sans citer Hannah Arendt, j’ai voulu connaître celle qui l’inspirait. Voici  des questions que je me suis posées en lisant Hannah Arendt. (PS. Une analyse complémentaire montre que je suis hors sujet, à 180°. La raison d’une erreur aussi complète est une question extrêmement intéressante…)

La philosophie comme rationalisation ?
Depuis que je m’intéresse à la philosophie, elle me paraît une rationalisation des conditions de vie de ceux qui la conçoivent. N’est-ce pas le cas pour Hannah Arendt ? Ne crée-t-elle pas une théorie à l’image de la communauté d’intellectuels dans laquelle elle a vécu en Allemagne ?

Héritage de la pensée allemande ?
L’Allemagne d’alors refuse le progrès et les Lumières. Et Heidegger, le maître d’Hannah Arendt, recherche l’âge d’or dans une Grèce fantasmée, dont l’Allemagne serait l’héritière.

Apologie d’une élite irresponsable ?
Si je lis correctement, seul un petit nombre peut porter le titre d’homme. Le reste n’est que bêtes de somme. Et cette élite me paraît avoir tendance à l’irresponsabilité. Les conséquences de son action ne sont-elles pas imprévisibles ? Face à cette imprévisibilité Hannah Arendt parle de « pardon » et de « promesse ». Le pardon (comme celui qu’elle a donné à Heidegger ?) casse apparemment la chaîne des conséquences que pourraient avoir, pour son auteur, un acte malencontreux. Quant à la promesse, il ne semble pas que ce soit un engagement de limiter les externalités négatives de ses actes, une forme de responsabilité, mais un pacte entre élus, qui les rendent solidaires. Ainsi, peut-être, ne peuvent-ils pas se plaindre de ce qu’engendrent leurs actes ? Quant au reste de l’humanité, bestiale, elle n’a rien à dire ?

Justification du néoconservatisme américain ?
J’ai lu que les élèves d’Heidegger, notamment Léo Strauss, ont été les maîtres à penser des neocon américains. L’œuvre d’Hannah Arendt dit effectivement, comme le neocon, qu’il faut croire en la vérité qui est en nous, qu’il faut nier le relativisme.
Je ne suis pas certain qu’elle ait prévu les conséquences de ses idées. Car ce que nous avons au fond de nous est différent d’une personne à l’autre (il est conditionné par notre environnement social). C’est donc la recette de l’intolérance et de l’affrontement. D’ailleurs, le Dieu du neocon n’était-il pas le marché, l’ennemi d’Hannah Arendt ?

Et si la condition de l’être humain était le progrès ?
Avant de lire Hannah Arendt, je n’étais pas loin d’être d’accord avec elle. L’espèce menaçait d’asservir l’homme. J’en suis moins sûr maintenant.
La Grèce à laquelle fait référence Hannah Arendt ne me semble pas avoir existé. Au mieux elle correspond à un bref épisode au temps de Périclès. Ce fut la victoire de l’individualisme et de la raison, le chaos, et l’amorce du déclin pour Athènes. D’où la réaction socialiste de Socrate et Platon. Je me demande, d’ailleurs, si notre histoire n’est pas là. Des moments de révolte individualiste, qui menace d’extinction le groupe. Puis la réaction de celui-ci, qui remet l’individu au pas.
Je me demande aussi si la pensée allemande d’avant guerre et celle d’Hannah Arendt n’expriment pas une forme de haine de l’humanité. En effet, il me semble, avec les Chinois, que ce que nous appelons « progrès » n’est autre qu’une évolution naturelle et inéluctable. Pour autant ce mouvement ne contredit pas ce qui fait l’originalité de l’homme selon Hannah Arendt. En effet, comme un nageur dans un courant, l’homme doit utiliser ses capacités « supérieures » pour se diriger, et tirer parti de la force qui l’entraîne. 

Du principe du conseil en stratégie

Histoire qui m’est arrivée il y a peu. Je travaille avec un groupe de consultants. Nous devons monter un plan d’action pour un projet commun. Nous répartissons les sujets à traiter entre deux sous-groupes. Au moment où nous nous réunissons pour mettre à exécution ce plan, arrive quelqu’un que nous voyons rarement, par ailleurs consultant en stratégie. Il s’improvise animateur et rapporteur d’un des groupes. Et déclare aussitôt qu’il n’est pas d’accord avec le projet. Après une heure trente de discussion sans résultat, il est obligé de partir avant la fin de la réunion du fait d’un engagement. Bref, j’ai dû faire ce qu’aurait dû faire son groupe.

L’anecdote me semble révélatrice de ce qu’est un consultant en stratégie. En quoi tient la nature de son efficacité. Et donc comment l’utiliser à bon escient :
Son action est purement destructrice, désorganisatrice. Pour ne pas être disloquée, l’organisation doit réagir, devenir intelligente, sortir de son état végétatif. C’est une forme d’électrochoc.
Pas mal de faits corroborent cette idée. L’ami qui m’a mis en contact avec le dit consultant est lui-même un ancien consultant en stratégie. Depuis, il est devenu redresseur d’entreprises. Or, son action a un double effet : il transforme effectivement, brutalement, les entreprises et les organisations dont il s’occupe, mais il se fait aussi, systématiquement, éjecter. Un autre souvenir : un grand patron ancien haut consultant disant à l’un de mes associés de l’époque qu’être consultant c’est « déstabiliser » son client.
On retrouve ici une idée qu’ont eue les philosophes grecs, et Heidegger, en particulier : l’homme confronté au néant découvre ce qu’est la réalité de son être. Mieux, peut-être, l’être a besoin du néant pour s’inventer.
On retrouve aussi une idée que m’a donnée une étude sur l’évolution du génome. L’individualisme / parasitisme est le moteur de l’innovation. Il force l’être complexe à se transformer pour parer une agression qui menace de le détruire. 

Filiation du néoconservatisme

Il y a quelques temps j’ai découvert que la France avait généré son propre courant néoconservateur, avec ses propres philosophes, dont MM. Finkielkraut et Manent. Des gens dont je trouve, par ailleurs, la pensée accessible bien que profonde.

Ce que j’ai compris du néoconservatisme se ramène a peu de choses : le droit naturel, et, plus exactement, le fait que les valeurs auxquelles tient le néoconservateur (d’où son nom) sont le bien absolu.

Aux USA, les philosophes de ce mouvement ont été Léo Strauss et Alan Bloom, un de ses élèves. Or, curieusement Léo Strauss et Hannah Arendt, un nom qui revient dans chaque phrase d’Alain Finkielkraut, ont eu pour professeur Martin Heidegger. Or, Heidegger enseignait effectivement le droit naturel, à savoir que la culture allemande était la culture d’origine, pure, de l’espèce humaine. Heidegger, et ses relents sulfureux, serait-il à l’origine du néoconservatisme ? 
Probablement pas, Ayn Rand, qui est une autre source du néoconservatisme, semble avoir atteint la même conclusion par ses propres moyens. D’ailleurs pas besoin d’être diplômé de Normale sup pour penser que l’on a raison et que les autres ont tort…

Compléments :

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie(février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu’il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.
L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).
Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l’individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C’est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).
Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…
L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.
Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.
Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir. 

Raison ou pas

Mes réflexions sur Claude Lévi-Strauss me ramènent à une idée qui m’est venue en lisant Gregory Bateson, et qui m’est revenue avec Heidegger : n’est-il pas idiot d’utiliser la raison pour montrer qu’elle est malfaisante ? C’est idiot, mais ça ne ridiculise pas leur travail :

  • Penser que la raison est nuisible n’est pas plus défendable que croire que l’homme n’est que raison. Il y a des choses qui le dirigent et qu’il ne comprend pas (les lois de la société). Mais s’il se laisse diriger en renonçant à comprendre, il se fera manipuler.
  • De même utiliser la raison pour l’amener à ses limites me semble n’avoir rien de contradictoire, cela montre, justement, qu’un monde de raison est utopique.

Compléments :