HEC en d'autres temps

« Je venais, cher monsieur Bergeret, vous demander un conseil. Il s’agit de mon fils Adhémar, dont la situation me préoccupe. Un an de service militaire, c’est déjà bien long pour un fils de famille. Trois ans, ce serait un véritable désastre. Il est essentiel de trouver un moyen d’exemption. J’avais pensé à la licence ès lettres . . . je crains que ce ne soit trop difficile. Adhémar est intelligent. Mais il n’a pas de goût pour la littérature. 
— Eh bien! dit M. Bergeret, essayez de l’École des hautes études commerciales, ou de l’Institut commercial ou de l’École de commerce. Je ne sais si l’École d’horlogerie de Cluses fournit encore un motif d’exemption. Il n’était pas difficile, m’a-t-on dit, d’obtenir le brevet. » (M.Bergeret à Paris, Anatole France, 1901.)

La fortune d’HEC

J’ai découvert, en cherchant les coordonnées d’un de ses professeurs, qu’HEC avait une devise : « apprendre à oser ».

De notre président aux étoiles du journalisme et de l’entreprise, HEC fournit l’élite du pays. C’est étonnant à quel point sa cote a changé en peu de temps.

Après guerre, mon père était fort pauvre, et pourtant il a refusé l’occasion de préparer HEC, trouvant cela trop dégradant. Il a préféré une vie misérable d’enseignant, alors qu’il haïssait l’enseignement. D’ailleurs, mes associés d’une époque, des HEC de son âge, qui, eux, avaient fait de très belles carrières, continuaient de traîner le complexe de ne pas avoir été ingénieurs. Ce complexe demeure encore, me semble-t-il : c’est lui qui rend l’HEC modeste et sympathique.
J’ai observé que l’art de (l’ancien ?) HEC est le sophisme, arranger les preuves qui justifient son point de vue. (J’avais d’abord lu la devise d’HEC, « apprendre à causer » !) Pour l’esprit d’un ingénieur, endormi dans une forme de contentement de soi, l’HEC est un extraordinaire stimulant intellectuel.

Si HEC a gagné, c’est sans doute parce que cette formation est la mieux adaptée à notre temps. La culture anglo-saxonne nous a vaincus : nous sommes une nation de boutiquiers

L’HEC est beau

Je suis frappé par le physique des diplômés d’HEC, tel que me le montre leur revue des anciens élèves. Il est exceptionnellement avantageux. On ne trouve certainement pas aussi bien à Hollywood.

Et si c’était un critère de sélection ? Et si HEC était l’école du succès social ? Et si le physique était l’atout premier de ce succès ?

Compléments :
  • En mineur, l’HEC parle remarquablement bien. Autre atout social décisif ?

Insead indien

L’Institut Européen des Affaires (Insead) change de doyen et choisit, comme Harvard, un Indien.
Imitation ? Poids statistique de l’Inde, pays où l’on est aussi à l’aise dans les sciences du management qu’en informatique ? Son prédécesseur était Américain : l’Amérique n’a plus la cote ? En cette période de crise morale du libéralisme, la culture indienne – qui tempère, certainement, le capitalisme le plus pur par sa sagesse mystérieuse – ne peut qu’être salutaire ? Signe à destination des millions de clients potentiels des pays émergents ? (Qui se préoccupe encore de ces has been d’Européens ?) Et en plus cela fait discrimination positive ?…
En attendant HEC grimpe dans le classement de The Economist et entre dans les 10 premiers. Exemple d’un changement réussi, du modèle français de grande école à celui, américain, du MBA ?