Étiquette : Hayek
Foucault aime Hayek
- « Une tradition libertaire de la gauche ».
- « Résistance à l’Etat ». « Exigence de ne pas être gouverné ». « Luttes contre les pouvoirs ».
- Refus du « paternalisme », « ordre », « Nation », autant de « notions autoritaires ».
- « Accepter que les gens n’adhèrent pas aux mêmes valeurs ». « Une société de dissensus, de conflit ». « Pas de société. Pas de normes imposées et partagées ».
- « Il faut se situer du point de vue des minorités ».
Albert Hirschman
La société n’existe pas
Peu après avoir écrit sur Nicolas Sarkozy et la police, j’entends dire que Margaret Thatcher a nié l’existence de la société. Quelquessiècles de sciences humaines liquidés en une phrase !
Elle s’appuyait sur Hayek. Il semble avoir pensé que :
Toute considération réaliste des intérêts généraux de la société disparaît avec l’émergence d’une économie mondiale structurée par la division du travail, le libre accès aux marchés et le choix de l’individu. La cohésion d’un système aussi développé repose sur l’auto-ajustement plutôt que sur un ordre social rigide. Et, parce que ses résultats ne peuvent pas être prévus ou suivis, sa moralité est fondée sur l’action plutôt que sur les conséquences.
Dans ce contexte, il ne peut pas y avoir de société qui se donne des règles. Plutôt, un consensus sur des règles émerge à mesure que des individus tentent d’interagir de manière cohérente. Ce processus spontané de règles adaptatives ne doit pas être confondu avec le concept fallacieux de société, duquel les individus peuvent espérer des droits et dont ils doivent servir les fins. (Explication tirée d’ici.)
Pour que l’individualisme ne soit pas un parasitisme
Si ce blog a fait changer quelque-chose chez moi, c’est ma vision de l’individualisme.
- Pour que l’individu puisse être libre sans être un danger public, il doit être « responsable ». Cette responsabilité a un sens concret : c’est l’éthique, comportement fidèle aux prescriptions de valeurs partagées par l’humanité.
- C’est ce que n’a pas compris Hayek. Confronté à la menace du totalitarisme d’État, il a voulu en revenir à l’individualisme honnête des origines. Il pensait y parvenir par quelques règles explicites. Mais il avait mal lu Max Weber : ce qui a fait le capitalisme digne, c’est le protestantisme, une doctrine sociale, une culture, non l’abjection ramenée au primaire.
- HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
- WEBER, Max, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket, 1989.
Conditions de réussite des changements gouvernementaux
Pour être honnête, tous les changements de nos gouvernements n’échouent pas. (Suite du billet précédent.)
- Abolition de la peine de mort, établissement de l’euro (même si nous devons nous débattre avec ses conséquences), concurrence dans la téléphonie mobile = succès.
- Les changements d’après-guerre ont transformé radicalement le pays. Cependant, comme le disent Hayek (The road to serfdom) ou Galbraith (L’ère de la planification), ils ne furent pas la particularité de la France. Ils sont le résultat d’un mouvement technocratique mondial.
Les hommes qui voulurent être rois
- HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
Ce blog veut changer le monde
Bsa dit : Lentement mais surement vous comprenez que comme disait Jean Gagnepain, au cœur des puissants est le désir de tyrannie. Et oui, les faits parlent d’eux-mêmes les dirigeants ont déclaré la guerre aux peuples. La France est parait-il en 45 place pour la liberté de la presse. Parlant non? Ce qui méritait un plus long développement qu’un commentaire de réponse.
Mon métier a la particularité de me faire côtoyer aussi bien les grands que les petits. Depuis un quart de siècle je suis un « électron libre ». Or, je ne vois aucune différence, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Chaque jour, je rencontre plusieurs automobilistes qui passent au feu rouge ou roulent en sens interdit. Il est aisé d’imaginer ce qu’ils feraient à la tête de l’état, idem pour mes colocataires, qui se haïssent tous. Il n’y a même pas de solidarité entre membres d’une famille ou d’un même corps de l’administration, aussi prestigieux soit-il. Celui qui est, un moment, subordonné exècre l’incompétence de son supérieur, ce dernier le lui rendant au centuple.
Ce qui crée cette hostilité, ce sont les dysfonctionnements de notre système qui est en plein changement, et qui fait qu’aucun d’entre-nous n’a les moyens d’accomplir correctement sa mission. Du coup, on en veut au reste du monde.
A contrario, voilà ce que donne un changement, lorsqu’il est réussi : chacun découvre les qualités de l’autre et l’estime ; le dirigeant se débarrasse de ses courtisans, et dirige en direct ses troupes. L’entreprise devient « optimiste ». C’est pour de tels moments que je fais ce métier.
Ce que je commence à voir, c’est que la logique marxiste, qui explique que le peuple crée la richesse du monde, et est exploité par les « capitalistes », a été utilisée, à l’envers, par un remarquable travail de manipulation des esprits. Il nous a convaincu que les pauvres exploitent les riches, sans qui rien ne serait. Aujourd’hui l’économiste socialiste Attali peut dire sans rougir que les taxis bénéficient d’une « rente ».
Cette logique conduit naturellement à détruire l’état, perçu comme un outil de répression par des riches tellement habitués à ses bienfaits qu’ils ne voient pas ce qu’il leur apporte.
En réalité parler de riche et de pauvre, de lutte des classes ?, est faux. Nous voyons partout des tire-au-flanc qu’engraisse un état nourri de nos impôts. Qu’ils crèvent ! Dès que cette idée a gagné les esprits, l’état est condamné. Comme le régime soviétique.
Quand la société met en pratique ces théories, ce que nous fîmes ces dernières décennies, nous nous comportons comme l’a prévu Marx : nous exproprions le faible de son travail, à coup de machines. Cependant, dans notre cas, le bénéficiaire du système n’est pas le possédant marxiste, mais un employé, le « working rich ». Ce n’est pas le capital économique qui fait le vainqueur ou le vaincu, mais, paradoxalement, le « capital social ».
Cependant, l’homme n’est pas idiot, confronté à la faillite de son idéologie il change d’opinion. C’est ce qui est arrivé après la seconde guerre mondiale. Ce qu’on oublie aujourd’hui est que la crise d’avant guerre, les totalitarismes et la guerre, étaient vus par nos ancêtres comme la conséquence du capitalisme. Les états d’après guerre ont été résolument, lourdement, socialistes. Les pays anglo-saxons furent des pionniers de ce mouvement. D’où les lamentations de Hayek dans The road to serfdom, qui sont difficilement compréhensibles aujourd’hui.
En fait, pour le faire changer d’opinion, et de comportement, il ne faut pas que prouver à l’individu son erreur (anxiété de survie), il faut surtout lui montrer une échappatoire (anxiété d’apprentissage).
Ce blog ne croit pas à la méchanceté fondamentale des puissants, et de l’homme en général. Il cherche à comprendre ce qui ne va pas dans la logique de ce dernier, pour lui couper toute possibilité de justification, de lâche rationalisation. Il cherche surtout une « échappatoire », qui lui permette de construire une société durable. Une solution qui satisfasse tout le monde et ne fasse perdre la face à personne. Simple réflexe professionnel.
Compléments :
- Sur les raisons qui font qu’une société d’individualistes se répartit apparemment en classes : The Logic of Collective Action.
- Du capital social : Fils d’appareil.
- De nos techniques de manipulation : Conservateur et bolchévisme.
- Sur Jacques Attali : Attali m’a tué. Je me demande si le bon élève Attali n’a pas manqué d’esprit critique à l’époque où il étudiait l’économie. A-t-il suffisamment examiné ses hypothèses ? S’est-il demandé si elles étaient compatibles avec le socialisme ?
- The Economist, héraut du libéralisme, doute : Le marché ne marche pas.
- Ce qui fait espérer une sortie élégante de notre idéologie actuelle, c’est qu’une société amicale à l’homme l’est probablement aussi à l’économie : Lois sociales et économie de marché.
- Sur l’expropriation par la machine : Crise occidentale : raisons structurelles.
- Sur l’après guerre : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New press, 1998.
La fin de l’inconscience ?
The long-lasting socio-political effects of the economic crisis. Avoir subi une crise (locale) dans sa jeunesse persuade du peu de pouvoir qu’a l’individu sur son destin, de l’importance de la chance dans le succès, et nous fait aimer la solidarité sociale. Il en est de même de notre attitude vis-à-vis de la prise de risque financier, de notre attrait ou non pour la bourse. Ayant connu une crise, notre prochaine élite sera-t-elle prudente ?
Ces observations expliquent assez bien notre histoire. Les générations issues de la crise de 29, du fascisme et des monstruosités de la seconde guerre mondiale attribuaient ces maux terrifiants au capitalisme (ce que l’on a aujourd’hui totalement oublié). Ils ont voulu créer un monde solidaire. Partout, ils ont installé des institutions que l’on ne peut qualifier que de « socialistes ». Et les Anglo-saxons étaient les socialistes en chef. Conséquence : prospérité, paix et ennui. Les générations qui sont nées alors ont cru que l’avenir était prévisible, qu’elles ne devaient leur succès qu’à leur effort personnel, et que le monde serait bien plus amusant si elles donnaient libre cours à leur génie. Le poids de l’état fût insupportable. Vint alors 68, qui est à la gauche ce que le libéralisme est à la droite : la revanche de l’individu sur la société.
Nos prochaines élites auront-elles donc plus de plomb dans la cervelle que les actuelles ?
Galbraith disait que les théories qui ont causé cette crise sont aussi vieilles que le capitalisme. Il les jugeait déjà ridicules et dépassées dans les années 50. Comment ont-elles pu résister à la grande crise et à la guerre ? De la même façon que l’armée allemande, sauvée par le pouvoir politique, a pu parler de « coup de poignard dans le dos » dans les années 20 : parce qu’elle n’avait pas été mise à genoux. À chaque crise, les classes dirigeantes sont protégées par le pouvoir. Or, elles ne se renouvellent pas, elles dirigent de père en fils (cf. la fin de l’ascenseur social français). Donc, elles n’apprennent pas. Pire, en Occident, l’élite passe ses années de formation dans des universités d’élite où elle est entre soi et se repaît de sa supériorité. Et quand il y a sélection, elle est basée sur le succès !
Compléments :
- Ce qui compte dans la détermination des certitudes dont parle l’article sont nos années de formation aux règles de la société (de 18 à 25 ans).
- Sur l’organisation socialiste et planifiante d’après guerre, en Amérique : L’ère de la planification.
- Hayek voyait dans ce socialisme le germe du fascisme (le cas suédois étant particulièrement préoccupant) : HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
- Sur l’impact de 68 sur les institutions sociales françaises : 68 : victoire de l’individualisme ?
- Les radios libres ou gauchisme (le Rock) et capitalisme (la pub) main dans la main : Good morning England.
- La crise profite au riche : Le pauvre s’appauvrit, Vainqueur de la crise: la grande Enterprise. Par ailleurs, depuis 20 ans, l’Amérique réforme le monde et crée crise sur crise, sans en tirer de grands enseignements : Consensus de Washington.
De l’utilité de l’Etat
- CALDWELL, Bruce, Hayek’s Challenge: An Intellectual Biography of F.A. Hayek, University of Chicago Press, 2005.
