Compassion

De temps en temps, la BBC fait état des sévices qui ont été subis par les victimes du Hamas. Commentaire embarrassé.

Qu’en dire ? semble penser la BBC. Cela ressemble à ce que d’ordinaire on nomme « crime contre l’humanité ». (D’autant que les dits terroristes ne pouvaient qu’avoir pour projet de faire massacrer leur propre peuple, afin de profiter de l’indignation mondiale.) Seulement, ce n’est pas la « ligne du parti ».

Curieusement, la même chose s’est produite après la première guerre mondiale. La France de Clémenceau qui avait été détruite par la guerre demandait à ce que l’Allemagne ne puisse plus recommencer ses exactions. Les tergiversations qui en résultaient avaient provoqué une famine en Allemagne. La haute société anglo-saxonne, Keynes en tête, avait pris fait et cause pour l’Allemagne.

Enseignement ? La particularité de l’être humain est probablement de ne plus avoir d’instinct, comme le dit Maslow. Il n’est plus que mécanique sociale ?

Economie anglaise en panne

Europe. L’Angleterre est en panne. The Economist suit ses crises depuis 170 ans. « Cinq ans après chacun de ces événements, l’économie était en croissance. Ce n’est pas le cas cette fois. » Le salut est keynésien. Investissement dans l’infrastructure de transport. Mais il faut trouver 28md£ pour cela. Pourquoi ne pas emprunter ? Rien ne va, d’ailleurs. La Grande Bretagne vient d’essuyer une défaite en Europe, en ce qui concerne la paie des banquiers. L’annonce d’un référendum sur son appartenance à l’UE a affaibli une position traditionnellement forte (« La Grande Bretagne demeure la plus puissante force de libéralisation du marché commun et de promotion du libre échange »). Et elle n’a pas les faveurs de Mme Merkel, seule maître de l’Europe après Dieu. L’Amérique deviendrait-elle européenne ? Le mal de l’Europe, c’est le sud. Contrairement au nord, on n’y croit pas que travailler dur soit suffisant pour réussir. Jusque-là l’Amérique, elle, avait un « contrat social partagé », mais elle se dispute de plus en plus.
Mme Merkel navigue au gré des courants électoraux. Pour le moment, elle dérive vers la gauche. L’Espagne va-t-elle ressembler à l’Allemagne ? En tout cas, ses réformes sont aussi terribles que celles de Schröder. Mais n’est-ce pas plus la puissance du tissu économique de l’Allemagne que ses réformes qui ont fait son succès ? me suis-je demandé.
En Italie, on a l’air parti pour de nouvelles élections. M.Bersani, devrait laisser sa place à un concurrent, M.Renzi. Il aurait plus de chances que lui de les remporter.
Moyen orient. Les frères musulmans, qui semblaient représenter un Islam honnête et responsable, n’ont pas été à la hauteur des attentes. Qui va les remplacer ? Les autres courants islamistes vont-ils parvenir à s’unir ? Curieux jeu de chaises musicales en Palestine. L’Egypte aurait peur que le Hamas soit contagieux. Elle aurait fermé ses tunnels. Ce qui l’aurait forcé à faire du commerce avec Israël. Et à renforcer son fondamentalisme, pour qu’on ne puisse le critiquer de collusion avec l’ennemi.
Entreprises. Les actionnaires empêchent de dormir les dirigeants de grandes entreprises. Ce qui est bien, dit The Economist. Ce qui l’est moins est que les Etats européens veuillent contrôler la paie des dits dirigeants. (Réflexe « populiste ».)
Grande transformation : Internet fait triompher l’ère du partage. Quelles vont en être les conséquences ? Quant à Google, il aurait découvert l’importance de faire de beaux produits, comme Apple. Cela aurait profité à son cours de bourse. 

Territoires occupés

Mon réveil matin m’apprend que la décision d’Ariel Sharon de démarrer un retrait des territoires occupés par Israël, en évacuant la bande de Gaza, a été suivie de la victoire électorale du Hamas. Ce qui aurait dû être vu comme un geste de bonne volonté a déclenché une spirale d’hostilités.
Dans ces conditions il est compréhensible qu’Israël hésite à persévérer dans ce qui semble avoir été une erreur. Et il est, probablement, remarquable qu’elle persiste effectivement.

Moyen orient compliqué

Le blocus de Gaza aurait donné un résultat inattendu. Sa population se serait installée dans une mentalité de siège. Le territoire serait stable, bien géré, bien organisé, ne manquerait de rien, grâce à ses tunnels. Il serait dirigé d’une main de fer par le Hamas, qui créerait un peuple « à son image ».
La férocité de la répression israélienne aurait fait cesser les tirs de rockets (encouragement à user de la force ?). Et Israël serait satisfait d’avoir une Palestine divisée. (Israel’s siege mentality, How Israel plays into Hamas’s hands.)
En dépit des crises récurrentes, la situation serait-elle relativement stable ? La crise serait-elle un élément de l’équilibre ?

La démocratie en guerre

Lutte entre le Hamas et Israël. On reproche à Israël d’employer des moyens disproportionnés. Dans Le Monde, André Glucksmann se demande ce que seraient des moyens proportionnés :

Quelle serait la juste proportion qu’il lui faudrait respecter pour qu’Israël mérite la faveur des opinions ? L’armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c’est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Ou, mieux, conviendrait-il qu’Israël patiente sagement jusqu’à ce que le Hamas, par la grâce de l’Iran et de la Syrie, « équilibre » sa puissance de feu ? A moins qu’il ne faille mettre à niveau non seulement les moyens militaires, mais les fins poursuivies. Puisque le Hamas – à l’encontre de l’Autorité palestinienne – s’obstine à ne pas reconnaître le droit d’exister de l’Etat hébreu et rêve de l’annihilation de ses citoyens, voudrait-on qu’Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu’Israël en miroir se « proportionne » aux désirs exterminateurs du Hamas ? Dès qu’on creuse les sous-entendus du bien-pensant reproche de « réaction disproportionnée », on découvre combien Pascal a raison et « qui veut faire l’ange, fait la bête ». Chaque conflit, en sommeil ou en ébullition, est par nature « disproportionné ». Si les adversaires s’entendaient sur l’usage de leurs moyens et sur les buts revendiqués, ils ne seraient plus adversaires. Qui dit conflit, dit mésentente, donc effort de chaque camp pour jouer de ses avantages et exploiter les faiblesses de l’autre. Tsahal ne s’en prive pas qui « profite » de sa supériorité technique pour cibler ses objectifs. Et le Hamas non plus qui utilise la population de Gaza en bouclier humain sans souscrire aux scrupules moraux et aux impératifs diplomatiques de son adversaire.

Le problème que semble poser le Hamas à Israël est qu’il est infiltré dans la population palestinienne (d’ailleurs, y a-t-il un trait clair entre les deux ?). Pour le frapper, Israël doit faire « des bavures », ce qui n’est pas permis à un état démocratique. D’une certaine façon le Hamas a mis Israël en contradiction avec ses valeurs.

Exemple de « stretch goal » ? Comment faire coïncider le désir de ne pas recevoir de missiles avec celui de ne pas faire de morts en représailles ? (D’ailleurs, un état démocratique n’est-il pas opposé à la peine de mort, même pour les tireurs de roquettes du Hamas ?)

Pas facile. Mais le jour où la démocratie aura résolu ce dilemme, elle aura fait la démonstration de sa supériorité. Il est possible que peu de régimes puissent alors lui résister.

Complément :

  • Ce problème me rappelle un compte-rendu de la campagne d’Égypte de Napoléon : les Égyptiens avaient été surpris que les troupes françaises jugent l’assassin de Kléber (Vivant Denon / Abdel Rahman El-Gabarti Sur l’expédition de Bonaparte en Égypte, Babel, 1999). L’exemple aurait-il, parfois, plus de persuasion que la force ?