- Sur les infomédiaires : voir les travaux de John Hagel. Mon expérience avec Amazon USA montre que l’idée d’infomédiaire peut être qualitativement pertinente : les suggestions de livres qu’il fait sont judicieuses. (Malheureusement, j’achète chez Amazon France, qui visiblement possède peu de lecteurs qui me ressemblent.)
- J’ai découvert que Facebook permettait de suivre ce que font ses proches distants, sans les bombarder de mails. Un publicitaire m’expliquait que c’était la raison pour laquelle les grands parents s’intéressaient à Internet : rester en contact avec leurs petits-enfants. Mais est-ce que ceux-ci sont d’accord ? Dans la vie hors ligne on peut tenir des conversations différentes, voire contradictoires, à différents types de personnes. Ne plus pouvoir le faire ne risque-t-il pas de limiter Facebook, par exemple, à des échanges aseptisés ? Mais peut-être y aura-t-il application du « paradoxe du décolleté » dont me parlait un conducteur de taxi, lors d’une discussion philosophique. La femme qui le porte ne conçoit que la séduction qu’elle exerce sur sa cible, non le regard concupiscent du libidineux. Le membre de Facebook ne concevra-t-il toujours que des conséquences favorables à ses écrits ?
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Post mortem 2.0
Que reste-t-il du Web 2.0 ? Gros renouvellement du tissu économique ?
Google a l’air d’avoir été une réussite (Google, Microsoft et Olivier Ezratty), un renouvellement de la publicité. Il me semble que Wikipedia et l’avancée de l’open source sont un succès. Pour ce dernier, c’est le retour au professionnalisme en informatique. (Enfin des logiciels de qualité!) Pour le reste, je ne vois pas le chiffre d’affaires.
C’est maigre. Les dégâts qui en ont résulté ne le sont pas. Les médias sont à l’article de la mort, l’industrie de la musique aussi, j’imagine que l’industrie du dictionnaire doit faire pâle figure (qu’en est-il de l’édition ?), et que va-t-il arriver au logiciel ?…
La « destruction créatrice » de l’innovation a beaucoup plus détruit que créé ?
Je soupçonne que l’innovation n’est pas où on la croit. Elle n’a rien à voir avec Internet. Mais elle est géniale. Dans les années 90 une idée germe : les applications Internet devaient être gratuites, une fois que le client serait devenu accro, on pourrait l’essorer, la valeur de l’entreprise était donc une proportion de la fortune de ses clients (c’était le modèle de « l’infomédiaire »).
Pour la première fois les investisseurs subventionnaient massivement des idées qui n’avaient pas fait leurs preuves. La profession financière a probablement compris qu’elle avait trouvé le moyen d’exploiter ses descendants. Tant que les investisseurs se vendaient les uns aux autres les start up, ils s’enrichissaient. Le propriétaire des sociétés au moment de l’éclatement de la bulle paierait la note.
Ça n’aurait peut-être pas réussi sans un prix zéro : les acteurs traditionnels ont été désertés par leurs clients, ceux-ci se ruant sur les nouveaux arrivés, qui mettaient alors en avant leur énorme « clientèle » pour attirer l’investisseur.
Dernier ingrédient, le manager. C’est parce que le capitalisme moderne tend à exproprier l’entrepreneur que ses entreprises ne sont dirigées que par des gestionnaires. Ceux-ci ne connaissant pas leur métier sont incapables de résister à une attaque. D’ailleurs, ils sont partis dans une course en avant qui a accéléré le phénomène. Ils ont réduit prix et coûts au lieu de mettre en avant leurs atouts uniques, et de se repositionner.
C’est préoccupant pour l’avenir. Si l’on veut redresser les industries sinistrées autrement que par l’Etat (solution peu satisfaisante en termes d’innovation), il faut des entrepreneurs. Or, ils ont besoin d’un espoir de gain. Or, les marchés qui ont été touchés par Internet n’ont plus l’habitude de payer, et les acteurs qui s’y trouvent sont subventionnés directement (Wikipedia : donations) ou indirectement (open source)…
Compléments :
- Disparition de la presse.
- Un espoir pour l’industrie de la musique ?
- Fin des éditeurs ?
- Sur les infomédiaires : HAGEL, John III, SINGER, Marc, Net Worth: Shaping Markets When Customers Make the Rules, Harvard Business School, 1999.
- La façon conventionnelle (pré innovation) de lever de l’argent : Sahlman, William A., How to write a great business plan, Harvard Business Review, juillet – août 1997.