État policier

En France, il n’y en a que pour la répression :

  • On a eu une Hadopi, bancale, maintenant la police va faire régner la loi dans l’école, mais sans qu’il lui soit donné de moyens pour cela (si j’en crois un syndicaliste policier interviewé hier par le radio – et favorable à la mesure).
  • Et voila Lopsi2. Il s’agit d’espionnage d’ordinateurs. La Tribune demande à un expert de juger la faisabilité des mesures envisagées. Après avoir dit ses doutes, sa conclusion :

Il ne faudrait pas que nous installions des systèmes de contrôle informatique comme en Chine, ou en Iran, où les gouvernements ont instauré une politique de contrôle d’Internet. Et puis il y a une question importante d’ordre moral qui se pose quant au contrôle de l’Etat sur le Web. Existe-t-il une menace d’ordre public en France via des sites Internet qui justifierait un tel dispositif ?

Et la mienne :

  • Nouvel exemple de conduite du changement à la française. Des décisions qui partent dans tous les sens, aucun débat, des conséquences qui ne sont même pas envisagées, une mise en œuvre risible, car pas préparée.
  • Nous sommes en crise, nous sommes menacés par l’effet de serre, le système capitaliste dominant est critiqué par tous, et le gouvernement ne parle que de répression. Mais pourquoi ? Y a-t-il menace ? Pense-t-il que c’est ce que l’on attend de lui ? Croit-il que la punition puisse être un moteur pour une nation ?

Un espoir pour l'industrie du contenu ?

Vodafone ne va pas bien (le marché du mobile s’essouffle à l’Ouest) mais a beaucoup de clients (290m). Il voudrait s’allier avec d’autres opérateurs pour monter une « plate-forme » qui permettrait aux offreurs de contenu de proposer des produits pour un milliard (si tout se passe bien) de portables. Voilà qui illustre peut-être mes théories :

  • Vodafone a compris qu’il faut transférer du cash du contenant vers le contenu, et non taper sur le client (qui ne peut probablement pas payer beaucoup plus qu’il ne le fait aujourd’hui pour contenant + contenu).
  • On serait dans le scénario deux du billet qui traitait de la question. Cette solution serait mieux que l’anarchie qui semble guetter la presse, mais loin d’être optimale. (Industrie du contenu pâlotte.)
  • C’est de nouveau le modèle Apple qui est copié. Apple a quelque chose de fascinant : innover est extrêmement dangereux, surtout lorsque l’on est seul. Apple semble le seul à innover à répétition et à, à chaque fois, toucher le marché.

Hadopi quater

Mes associés de GM2 disaient que « l’optimum économique est un optimum humain ». Ma réflexion sur Hadopi, dont je tire la ficelle depuis quelques billets, me fait me demander si, une fois de plus, ils n’avaient pas raison.

Si Hadopi est votée aujourd’hui et pas hier, c’est que les fournisseurs doivent imaginer que leurs risques sont limités : le marché est peut-être saturé en équipement haut débit ? Oui, mais leurs futures affaires, n’ont-elles pas besoin du moteur du contenu, et d’un moteur de plus en plus fort ?

Tout ceci ressemble au dilemme du prisonnier. Pour remettre sur pied l’industrie du contenu, taper sur le marché final va se retourner contre tout le monde. L’industrie du contenu ne sortira pas pour autant de son apnée, et celle du contenant risque de boire la tasse. En pleine crise, ce n’est guère judicieux. Mais comment organiser le transfert du contenant vers le contenu, en environnement fortement favorable au parasitisme ? C’est un sujet pour The Logic of Collective Action. J’en retiens 3 scénarios :

  1. On arrive à rendre tout ce beau monde solidaire, à créer une communauté. Cela peut-être fait par la force, par une loi, ou par la prise de conscience soudaine d’un intérêt commun (de même qu’une communauté se constitue quand des individus constatent qu’ils épuisent un bien commun).
  2. Il existe d’énormes acteurs du contenant, qui sponsorisent seuls le contenu, parce qu’ils ont moins à perdre ainsi qu’à se préoccuper de parasitisme. Le parasite profite de leur effort gratuitement. Mais cette solution est moins performante que la précédente, parce que c’est une société égoïste : la presse et le cinéma seront pâlots, l’industrie du contenant peu dynamique.
  3. Il y a dissolution du tissu économique concerné et des compétences acquises au cours des décennies. Un oligopole se constitue sur ses ruines. Le résultat ressemblera probablement à ce qu’ont dû être les royaumes barbares par rapport à la civilisation romaine.

Hadopi ter

En suivant le fil de ma réflexion (The digital home) sur les « déplacements de valeurs » du contenu vers le contenant, j’en arrive à penser que la loi Hadopi est injuste.

Pourquoi ? Parce que nous payons le prix du contenu, seulement il est absorbé par le contenant ! C’est à eux (contenant et contenu) de se mettre d’accord, pas à nous de payer. Je sens qu’on va nous faire à nouveau le coup des banques : si vous ne payez pas, plus de contenu, l’industrie du contenant va péricliter, et vous aurez un peu plus de crise et de chômage. Nos hommes d’affaires ont redécouvert une technique aussi vieille que le monde : la prise d’otages. L’innovation est sa globalisation. Résultat : la rançon se chiffre en milliers de milliards.

Plus j’y réfléchis, plus je trouve qu’Apple est vraiment remarquable. Elle a résolu la question élégamment : on achète son contenant en partie pour le contenu, qu’elle paie. Et s’il y avait un avantage compétitif à faire bien son travail, plutôt qu’à rançonner le petit peuple ? Et si la sélection naturelle avait un faible pour les bons citoyens plutôt que pour les gros escrocs ?

The digital home

Deux dirigeants d’Orange et de Thomson viennent parler au Club Télécom du numérique à la maison. Réflexions (pas forcément liées à ce qu’ont dit les intervenants) :

  • Ce que veut le marché c’est le « contenu » (informations, films…), or il ne veut pas payer pour. Ce pourquoi il paie est ce qui ne l’intéresse pas : le terminal ou le tuyau. Ces derniers ont réussi un extraordinaire hold up : ils nous ont convaincu que ce que devaient faire les premiers était gratuit. Aujourd’hui, ils sont mal à l’aise : si les fournisseurs de contenu crèvent, que faire ? Investir dans un contenu privé, comme le fait Orange ? J’en doute : ce sera toujours une infime partie du trafic. Faire donner le gouvernement pour qu’il nous force, désormais, à payer pour le contenu que nous utilisons (Hadopi) ? Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes solutions. Nous sommes dans un temps de troubles. Ceux qui ont semé le vent vont récolter la tempête (et nous avec). Je leur conseille de lire mon billet sur ce sujet.
  • Contrairement à Schumpeter, je ne crois pas que l’entreprise bureaucratique soit fatalement douée pour l’innovation. Il existe des entreprises qui le sont, comme Bosch (et probablement l’industrie allemande) ou Apple. La plupart des autres (les opérateurs de télécoms, les constructeurs automobiles) ne font qu’exploiter un quasi-monopole. Certes elles se renouvellent (voix sur IP, téléphonie mobile…), mais en se copiant les unes les autres. La logique de ce modèle est grégaire. Par contre, il est dangereux de changer de métier ou de se tromper de modèle : de se penser innovateur quand on est monopole (Alcatel, qui a vendu ses usines, et Thomson, qui a vendu télévisions et écrans).

Compléments :

  • L’histoire d’Internet et de la gratuité : Hadopi bis

Exercice de démocratie

Un article du Monde compte l’histoire suivante :

Un employé de TF1 expédie un mail personnel à son député pour lui faire part de ses réserves concernant la loi Hadopi. Le représentant du peuple envoie ce mail au ministère concerné pour savoir ce qu’il faut expliquer au dit peuple. Le ministère transmet le mail à TF1, qui licencie son employé.

Nos gouvernants n’ont pas l’air de suivre les règles que suivent leurs gouvernés, ni de respecter l’esprit sur lequel est fondé notre démocratie. Peut-être ont-ils raison. Mais, au moins, il serait bien d’en discuter de façon à tous nous coordonner.

Hadopi raté

Informations radio, ce matin : l’absence des députés de la majorité lors du vote de la loi Hadopi serait un acte manqué. Ils ne l’approuvaient pas.

Si cela est vrai ce serait un argument supplémentaire contre le passage en force. Même avec tous les pouvoirs il est quasiment impossible de faire faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas faire.

Un ami dirigeant dit que pour que le changement réussisse « il faut qu’il vienne deux ». Serait-ce le bon mode de fonctionnement pour une démocratie : si une loi correspond à la « volonté générale », elle passe comme une lettre à la poste ? Qui sait, peut-être que notre gouvernement s’épuiserait moins, et encourrait moins de frustrations, s’il essayait d’aller dans le sens de l’opinion public ? Et si c’était son rôle ?

Sur la volonté générale, voir Le contrat social.

Hadopi et changement

L’art français du changement.

La loi Hadopi a été rejetée faute de députés de la majorité (Le Parlement rejette le projet de loi création et Internet). Incroyable amateurisme. D’ailleurs, il semblerait que cette loi ait pour destin la poubelle : l’Europe considère l’accès à Internet comme un droit fondamental (Les eurodéputés votent contre la privation d’accès à Internet) alors que la loi voulait couper l’Internet aux contrevenants. J’imagine que ce résultat était prévisible…

Toute l’inefficacité française est dans ce petit exemple. Nous lançons des nuées de projets sans jamais leur donner les moyens dont ils avaient besoin. Du coup, notre vie est bousillée par les débris de leur inachèvement. Deux autres exemples :

  • Une petite société (une centaine de personnes) mais plus de trente projets informatiques en parallèle, décidés sans aucun processus budgétaire, d’ailleurs on ne sait plus par qui, une équipe d’une dizaine de consultants à plein temps pour les réaliser. Bien sûr en 5 ans de travail, aucune documentation n’a été écrite. Et la qualité du résultat est au mieux médiocre.
  • Mes débuts chez Dassault Systèmes. Notre logiciel de CFAO comptait des dizaines de fonctions, mais avec aucune on n’était absolument sûr de finir ce que l’on voulait faire. En cas d’échec, il fallait repartir avec une autre.

Mais la France n’est-elle pas un pays pauvre, qui n’aura jamais les moyens de ses ambitions ?

Non. Elle doit apprendre à allouer ce qu’il faut à ce qu’elle veut faire, et ensuite classer ses désirs par ordre de priorité. Il y a de fortes chances, alors, qu’elle se rende compte que la plupart d’entre eux n’ont pas d’intérêt.

Hadopi bis

Entre deux réunions, je tombe par hasard sur un ancien numéro de l’Usine nouvelle (24 – 30 mai 2007) qui traite des gagnants et des perdants du « gratuit sur Internet ».

  • Ce qui semble un peu oublié par le débat actuel sur Hadopi est que la gratuité des contenus a fait la fortune de beaucoup. Et qu’elle a coûté probablement cher au citoyen. En effet, c’est à cause d’elle qu’il s’est massivement équipé en ADSL – ce qui a fort enrichi les fournisseurs d’accès (ADSL : de 3m en 2003 à 12m 4 ans plus tard ; en 2007, 50% des internautes pratiquaient le téléchargement, 85% illégalement.) ; qu’il a acheté des baladeurs ; que les prix des terminaux mobiles se sont maintenus ; que des éditeurs de logiciel ont fait fortune (traitement d’image…) ; que l’on s’est équipé des disques durs ; que les ventes de PC, tirées par Internet, ont poursuivi sans interruption leur forte progression.
  • Les distributeurs et les vendeurs de contenu ont été victimes. Mais, pour ces derniers, il n’est pas impossible qu’ils aient mal joué, maintenant un peu trop longtemps des prix trop élevés (DVD, CD…) et ne sachant pas utiliser l’innovation (plates-formes de contenu). En bref stratégie de monopole qui essore son marché.

Une industrie a absorbé la sève d’une autre. C’était clair en 2007, et on pensait déjà que, quand le jeu aurait assez duré et que la nouvelle industrie serait solidement installée, les gouvernements feraient à nouveau respecter le droit d’auteur.

Comme jadis les grands généraux, les entreprises, pour faire fortune, manipulent les foules. Quand ces dernières menacent de les déborder, elles font donner les gouvernements.

Hadopi.

Hadopi

Le sujet rebondissait sur mon indifférence, jusqu’à ce que je lise une étude d’Olivier Ezratty (Faut-il avoir si peur de la loi Hadopi ?).

Cette loi est supposée faire respecter le droit d’auteur sur Internet. Ce qui me frappe est l’impression d’infâme bricolage qu’elle donne et le fait qu’une loi qui touche à Internet, que la plupart des citoyens français utilise, ne semble pas s’en préoccuper (pourquoi ne nous annonce-t-on pas ce que nous allons encourir ?).

Voici des remarques piratées sur le site d’Olivier Ezratty :

En gros, on peut comprendre les inquiétudes des uns et des autres sur cette loi, mais en même temps, trouver que les protagonistes de l’affaire sont bien hypocrites :

Les ayant droits des contenus qui crient au loup contre le piratage, font usage de données contestables expliquant la baisse du chiffre d’affaire des supports numériques traditionnels (CD, DVD) et ne se remettent pas bien en cause face aux défis du numérique et de l’Internet, tout en faisant créer et en gérant des taxes sur la copie privée parfaitement abusives (la France est probablement le pays où un DVD vierge coûte le plus cher au monde).

Des Internautes et leurs représentants qui abusent un peu d’arguties autour du concept fourre tout de liberté pour défendre ou expliquer le piratage : et de bâtir des théories du complot diverses sur le contrôle de l’Internet par le pouvoir en place, et de confondre liberté d’expression sur Internet et liberté de pirater les contenus des auteurs, et d’expliquer que les artistes n’ont qu’à faire des concerts pour générer du revenu ou encore, de justifier le piratage parce que tout le monde pirate. Un dernier argument qui rappelle les justifications contre les mesures de renforcement de la prévention routière ces trente dernières années (port obligatoire de la ceinture, radars, alcool au volant, usage des mobiles, etc.). A force de lutter contre le principe même de la riposte graduée et de ne pas avancer de propositions précises, ils rendent difficile la création d’un compromis.

Un gouvernement qui a bien plus écouté les industriels des contenus et les auteurs que les consommateurs et le monde de l’Internet en général. Il a créé sous couvert de “pédagogie” une loi mettant en place une véritable usine à gaz pleine de trous et incertitudes sur les détails de mise en œuvre. La loi risque bien d’être inapplicable et inappliquée dans la pratique. Le gouvernement n’a pas cherché à bâtir un véritable consensus et il profite de ce que les contre pouvoirs des consommateurs ne sont pas opérants car n’ayant pas la “force de la rue”, ni même des grands médias où le sujet est peu traité.

Bref, un peu comme dans le binôme patrons/syndicats, nous avons un dialogue de sourds à la française qui a bien du mal à accoucher de quelque chose de raisonnable.

J’ai l’impression de relire la première partie de tous mes livres. J’y dis que la France ne sait pas conduire le changement. C’est déprimant.

Voici un débat où personne ne réfléchit. D’un côté, un problème qui, comme d’habitude, n’est même pas posé ; la solution a manifestement surgi sans réflexion préalable. De l’autre une opposition systématique et hors sujet. En fait le refus d’une discussion qui pourrait aider le gouvernement à jouer son rôle.

Le résultat ? Face à une opposition obtuse, un gouvernement déterminé a pour seule issue le passage en force. Faute d’avoir consulté citoyens et responsables de l’application de la loi, la mise en œuvre de la réforme ne peut-être qu’inefficace (voir le schéma qu’en fait Olivier Ezratty : invraisemblable usine à gaz !). Ses conséquences seront négatives pour tout le monde.

Compléments