Les tableaux de M.Guéant

M.Guéant fait oublier M.Cahuzac. L’enquête qui le concerne dévoile un monde fascinant. Il semblerait que l’oeuvre d’art et ses lois permettent de masquer tous les enrichissements.

un connaisseur des questions de lutte contre la fraude financière estime que « les œuvres d’art sont un moyen fantastique pour transférer de l’argent de manière artificielle » dans la mesure où « il est difficile d’établir qu’il est fictif de faire une très forte plus-value dans un laps de temps exceptionnellement court ».

Si M.Guéant avait dû faire du blanchiment d’argent, il n’aurait pas procédé autrement.

Mais il y a le bénéfice du doute. Et il est une des dernières choses de bien qui nous reste.

Claude Guéant, ou faut-il réformer l'Etat ou le Français ?

La justice enquête sur Claude Guéant. L’affaire amènerait à se demander, si je comprends bien, si, plus ou moins légalement, les (hauts ?) fonctionnaires peuvent ou ont pu se payer en liquide sur les fonds, secrets, des services secrets.

La déclaration de M. Guéant pourrait donc laisser entendre que, durant cinq ans après le vote de la loi sur les fonds spéciaux, des ministères continuaient de puiser dans ceux destinés au renseignement intérieur pour y prélever, en toute impunité, des primes.

J’avais entendu dire que les fonctionnaires se payaient en notes de frais fictives. Mais, je ne pensais pas que la pratique avait toujours cours.

Dans la feuilleton Etat bananier, on m’a raconté qu’il y avait un bon moyen de s’enrichir facilement. Le crédit d’impôt en premier. Vous créez une société, vous vous versez de gros salaires, vous les déclarez comme recherche et développement. L’Etat vous paie. Bien sûr, vous fermez l’entreprise avant les premiers contrôles. Pour compléter vos ressources vous pouvez créer des sous-traitants auxquels vous passez de grosses commandes. Vous vous faites rembourser la TVA. Encore une fois, il suffit de tout fermer à temps.

Faut-il réformer l’Etat, ou le Français ?

Corrèze = Grèce ?

Rien de plus inattendu pour le Corrézien que je suis : M.Guéant compare la Corrèze et la Grèce… Et moi qui appelait la Corrèze «  l’enfer vert ». Vert et gris ciment et sans habitant.

M.Hollande serait-il un panier percé ? 
En fait, il aurait hérité une très mauvaise situation financière de son prédécesseur UMP. Et s’il n’avait pas eu des ambitions présidentielles, il aurait probablement poursuivi dans la même voie. Ce qui semble à la fois dire qu’elle n’est pas grecque (i.e. intenable), et que la gestion est le dernier des soucis des présidents de région, de gauche ou de droite. (Ce qui nous promet un triste avenir : La gauche régionalise la France ?)

La fin du collège unique et la faillite de la raison

J’entends dire que le collège unique va disparaître. Curieux, cela se passe sans débat. Question de bon sens ? diraient MM.Wauquiez et Guéant ?

Pourtant, le collège unique est au centre des fameuses valeurs dont parle tant M.Sarkozy.
La forme de libéralisme qui est à l’origine de la France moderne repose sur un principe central. L’homme doué de raison sera un homme moral. Il pourra être laissé libre, puisqu’il saura ce qu’il est bien de faire. Par conséquent, il n’y a rien de plus important que de former la raison humaine.
Mais ce noble projet a un gros défaut : s’il tente de faire de nous des gens de pensée, il nous coupe systématiquement de l’action. D’autant plus que, depuis qu’elle est obsédée de rentabilité à court terme, l’entreprise ne veut plus nous former.
Avant de réformer quoi que ce soit, il serait donc judicieux de se demander ce que l’on veut faire, et d’essayer de comprendre les causes de la situation actuelle. Malheureusement, nos gouvernants ne semblent avoir appris ni à penser, ni à agir. Décidément l’Éducation nationale est une faillite.
Compléments :

Réforme des taxis et libéralisme

Comme évaluer la virilité d’un économiste libéral ? À sa volonté de déréglementer la profession de taxi.

Son argumentation ressortit au simple bon sens, dirait M.Guéant. Les taxis sont des « rentiers ». Si on leur imposait une concurrence parfaite, on aurait une création immédiate d’emplois peu qualifiés, et un transport facilité. Simple question de courage, dirait M.Sarkozy.
Pas si sûr. The Economist explique que la déréglementation des taxis pose des problèmes de mise en œuvre extrêmement complexes. En fait, la réglementation actuelle résulte avant tout de tentatives successives de corriger les excès d’un marché libre. (A fare fight)
En outre, si je ne prends pas le taxi, c’est qu’il est généralement plus lent que les transports en commun. J’imagine qu’une réforme des taxis devrait aussi s’accompagner d’une modification de l’infrastructure routière.
Dans ces conditions, pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’économiste libéral n’aime pas voyager en transports en commun ? 

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

Curieusement, les penseurs allemands ont opposé « culture » et « civilisation ». La première était caractérisée par sa dimension sociale, la seconde était la création des droits de l’homme, un réseau d’individus reliés par contrats. La « civilisation » était le mal.

J’aurais tendance à penser, avec les ethnologues, que la seule notion un peu claire est celle de « culture ». C’est-à-dire les règles (majoritairement implicites) qui guident les comportements collectifs d’un groupe. Nouvel écueil. Dès qu’il y a groupe, il y a culture. En particulier, on parle de « culture d’entreprise ». De quelle culture s’agit-il ? M.Guéant pense peut-être « culture nationale », ou extranationale. Sa civilisation serait-elle celle de l’Occident ? Mais l’Occident n’est pas homogène ! Le nord de l’Europe rejette le sud, paresseux, « anglo-saxon » est souvent un terme injurieux, les USA sont fondés sur le rejet de la « culture » européenne… Même la science n’est pas une valeur universelle : une grosse partie de l’Amérique est créationniste. À moins d’en revenir à la définition allemande de civilisation : notre point commun est l’individualisme ? Mais y a-t-il accord sur ce que signifie « individualisme » ?

Et puis comment démontrer qu’une culture vaut mieux qu’une autre ? Les civilisations grecques et romaines ont cédé à leurs vices de forme et aux invasions « barbares ». Les vagues des « sauvages » indo-européens ont balayé des cultures sédentaires. Qui était supérieur ? Les « sauvages », comme le pensaient les Allemands d’avant guerre, ou les sociétés qu’ils ont asservies, probablement plus proches des nôtres ?

Plus prometteur : certaines cultures ont exercé un attrait sur les autres. La modernité occidentale et l’avantage (parfois militaire) qu’elle apportait a fasciné. Mais est-ce toujours le cas ? Les révolutions arabes, par exemple, paraissent motivées par le désir de remplacer des élites occidentalisées par une société islamique.

Dernière tentative : quitte à être individualiste, dans quelle culture l’homme trouve-t-il le mieux son compte ? Bizarrement, ici, les scientifiques semblent proches de Jean-Jacques Rousseau : la société n’est pas bonne pour la santé. Si elle a protégé l’espèce, elle contraint ses membres à des « changements » extrêmement douloureux.

En fait, notre culture nous façonne, elle nous dicte le comportement nécessaire à la maintenir en vie. C’est probablement pour cela que la plupart des peuples se désignent, eux-mêmes, comme « les hommes ». Ainsi, pour les Chinois anciens, ne pas connaître les rites est être « barbare ». Alors, M.Guéant a-t-il retrouvé un réflexe vieux comme le monde, celui du « nous » contre « eux » ?

Et si l’on mettait le doigt là, paradoxalement, sur quelque chose qui nous est propre ? Et si l’innovation occidentale, celle des Lumières, celle qui explique à la fois la création des USA et la pensée de Kant ou de Hegel, était l’idée qu’il n’y a  pas « d’eux » et de « nous » ? Que notre avenir est une fédération de cultures qui s’enrichissent mutuellement ?

En fait, M.Guéant a repris littéralement la théorie du « droit naturel » des néoconservateurs. Son principe est que ce à quoi tiennent les néoconservateurs sont des valeurs supérieures. C’est ce que comprend, dans un flash, tout bourgeois assistant devant sa télévision aux émeutes de 1968. Malheureusement, il n’est pas certain que cette « civilisation » d’angoissés attachés à leurs avantages acquis ait quoi que ce soit de supérieur, de séduisant ou même la moindre capacité à survivre à la marche du temps. 

Claude Guéant : erreur de casting ?

Claude Guéant annonce la guerre des civilisations. Ce n’est pas tellement dans la tradition républicaine. Signe à l’extrême droite, probablement.

Mais autant M.Sarkozy semblait croire à ce qu’il disait lorsqu’il parlait de banlieues, autant le grand commis de l’État Guéant, aseptisé et théorique, paraît déplacé. D’ailleurs n’y a-t-il pas un risque que ses interventions rappellent de sinistres moments de l’histoire de l’administration française ?

La tactique de notre président, se donner le rôle d’un homme digne et confier la sale besogne à ses collaborateurs, se retournerait-elle contre ses intentions ? Peut-il ainsi abuser l’électorat ?