Routes sans lois

Le Mexique en 1938. Graham Greene y enquête sur les persécutions qu’y subit l’Eglise. Il en résulte un surprenant reportage. Les gens sont laids, la nourriture est mauvaise, les routes sont impraticables, les logements des taudis, il est malade… Il ne voit rien du paysage. Il va d’un point de son périple à un autre, en maudissant les attentes forcées que lui font subir des transports locaux peu fiables. Heureusement qu’il y a quelques êtres civilisés au Mexique, allemands ou norvégiens. Et quelques romans anglais, qui lui font regretter délicieusement sa patrie. Le livre est le récit de ses tourments.

Je me suis demandé si Graham Greene n’avait pas écrit une étude de l’âme anglaise. L’Anglais a une passion pour les voyages, au sens premier du terme « passion » : il se complaît dans la souffrance que lui apporte l’inadaptation de ses moeurs contre nature à la réalité du monde.

(Ce genre culturel, l’Anglais en difficulté à l’étranger, a un nom : « Brits in the shit« . Il fait vendre les journaux.)

Voyage sans cartes

Le Libéria en 1936. Aucune carte du pays n’existe. Zone vide. Tout au plus est-il indiqué qu’il y a des cannibales. Graham Greene va le visiter, durant 4 semaines, à pieds, avec une cousine, sur laquelle on ne saura rien, une trentaine de porteurs, et une caisse de whisky.

Qu’en voyons-nous ? Pas grand chose. Il y fait très chaud. Les natifs sont couverts de plaies, généralement syphilitiques. La lèpre est présente. On y est souvent pris de fièvre. L’habitat y est misérable, plein de rats et de parasites. Même celui de l’ethnie dominante : les noirs Américains qui ont été installés par les USA. Les USA sont d’ailleurs bien pires que les empires coloniaux, dit Graham Greene. Ils ont prêté des fonds au Libéria qu’il n’a pas pu rendre. Firestone, le fabricant de pneus, s’est emparé du pays, contre finances.

Tristes tropiques ?

Une sorte de vie

L’écrivain Graham Greene et ses débuts, difficiles. C’est l’occasion de retrouver l’Angleterre d’après la guerre de 14. Il appartient à une branche intellectuelle d’une famille fameuse.  En ces temps, on pouvait se considérer comme pauvre tout en ayant du personnel de maison en foule.

Cette histoire montre que le succès ne va pas de soi. On tend à lire une vie à l’envers, comme si elle était destinée à ce qu’elle est devenue. Il n’en est rien.

Ce qui marque la jeunesse de Graham Greene, c’est le vide existentiel, et la tentation du suicide. Et les deux combinés : il joue à la roulette russe. Probablement un mal de la haute société de ce temps : d’autres trahissaient leur pays, pour une cause incertaine, seulement pour donner du piment à leur vie. Puis c’est dix ans d’échec littéraire, la pauvreté et le doute.

Un désespoir dont la politesse est l’humour, léger, britannique.