Banques contre Europe

« une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. » dit Les marchés financiers américains attaquent l’euro.

Ces organismes financiers profiteraient de la panique qu’ils ont déclenchée. Croient-ils réellement à la dissolution de l’Europe ? Ou leur suffit-il que les marchés y croient suffisamment pour réaliser de belles affaires ?

Cet article m’a rappelé les techniques utilisées par les financiers de 29, décrites par Galbraith. Les financiers d’hier et d’aujourd’hui semblent posséder un savoir-faire qui leur permet de manipuler le marché selon leur intérêt du moment. Au fond, ils ne voient pas les hommes qui sont derrière lui, pour eux il s’agit d’exploiter un phénomène abstrait. Et ils se pensent extrêmement intelligents quand ils réussissent. C’est une « innovation ».

Réglementer la finance internationale peut-il réussir tant que les banquiers n’ont pas pris conscience des conséquences humaines de leurs actes ?

Compléments :

Panique boursière

Beaucoup de chômage aux USA, l’économie ne démarre pas. En Europe, la Grèce inquiète, puis on a peur pour le Portugal, puis pour l’Europe du Sud, et si la zone euro explosait ? Alors ce serait le chaos pour les économies anglo-saxonnes qui battent de l’aile. Les marchés s’affolent.

Caractéristique des marchés : des poussées de fièvre aléatoires ? Greed and fear ? Ils se sont emballés alors que rien ne laissait entendre que les causes structurelles de la crise avaient été éliminées, maintenant ils paniquent à contre-sens. Voilà ce qui se passe lorsque l’individu s’affranchit de la société et prétend ne suivre que son seul intérêt, il devient irrationnel. Il est dirigé par son instinct. Il est primitif.

Défendre la démocratie

Reprenant un thème de ce blog, The Economist constate que l’autoritarisme est de plus en plus sûr de soi, que la démocratie est partout critiquée. Comme moi, il pense qu’il faut en démontrer l’efficacité supérieure. Mais pas grand-chose de neuf dans son argumentaire :

  • Je continue à croire que ce qui fait la force de la démocratie est sa capacité à mobiliser tous les talents d’une nation, et que ce qui fait l’échec des démocraties, c’est qu’elles ne se comportent pas comme si elles en étaient : elles sont victimes d’idéologies.
  • Comme J.S.Mill, je crois que la démocratie est une question de culture et d’apprentissage. Ce qui explique les difficultés d’Haïti et de l’Afghanistan, par exemple, à trouver un modèle démocratique efficace.
  • The Economist, bizarrement, pense que la démocratie est liée à l’économie de marché (« la démocratie n’a jamais duré dans des pays qui n’ont pas des économies de marché »). Ce n’était pas l’image que j’avais de la Grèce, ni ce que je retire de mon expérience. Il me semble en effet qu’une entreprise qui fonctionne efficacement, le fait selon la « volonté générale » ; que la « résistance au changement » est justement la manifestation de cette volonté (contrariée). Il n’y a pas rejet du concept de démocratie mais de la manière de le mettre en oeuvre, en particulier du modèle anglo-saxon individualiste, matérialiste et commercial ? Il faut adapter la démocratie à chaque culture ?

Complément :

Leçons de Dubaï

Les problèmes financiers de Dubaï ont amené les financiers à s’inquiéter du sort de pays qui se trouvent dans sa configuration : hyper endettés et appartenant à une union. Grèce, Irlande, Espagne et Angleterre.

La Grèce est la première concernée. Le scénario le plus probable, en cas de faillite, serait un sauvetage par l’Allemagne, seul grand pays européen solvable, qui procéderait à un nettoyage radical de l’économie locale. La Grèce resterait dans la zone euro. L’euro vacillerait, ce qui serait bon pour notre économie…

Compléments

Naissance de l’Angleterre

Les Révolutions sont des changements intéressants. Celle d’Angleterre, qui a coûté son poste à Jacques II (1688-89), en est un exemple.

Il voulait moderniser l’Angleterre en lui imposant le modèle centralisé français : souverain absolu, religion catholique, agriculture. Il a rencontré une opposition déterminée, qui l’a remplacé par sa fille et son gendre, et a installé le type de société qui a fait la gloire de l’Angleterre : monarchie contrôlée par le « peuple » (classe possédante), tolérance religieuse, industrie, et défense des « libertés européennes contre l’hégémonie française ».

La transformation a été aussi brutale (mais moins sanglante) que les révolutions russe et française, mais les autochtones ont longtemps fait croire qu’elle avait été pacifique (« glorieuse révolution ») : l’Angleterre n’était-elle pas un pays civilisé, et modéré ?

Compléments

  • Je me suis toujours demandé si l’Angleterre devait sa curieuse culture à cette élimination prématurée de son roi. Débarrassée de lui, elle se serait constituée en Grèce moderne, avec une classe dirigeante démocratique, et une classe ouvrière équivalente aux esclaves grecs. La France serait arrivée à cet état beaucoup plus tard (à la Restauration), après avoir détruit son aristocratie, et avec une classe ouvrière beaucoup moins homogène et illettrée, ce qui rendait difficile le maintien d’une classe supérieure solide et durable. L’Angleterre comme société d’héritiers : Héritage (suite).