Changement en Europe

« Un changement de comportement a toujours fait parti du projet euro. Mario Monti (…) voulait que son pays rejoigne l’euro précisément pour qu’il soit forcé à une vision plus germanique de l’emprunt et des dépenses ». The euro’s existential worries.
Ce qui semble confirmer ce que je soupçonnais. Nous en voulons à la Grèce d’être désorganisée, mais c’est parce qu’elle était désorganisée qu’elle est avec nous. Et c’est un raisonnement qui s’applique probablement à toute la zone euro. Par conséquent, la crise actuelle n’est pas l’exception mais la règle. Le changement est devant nous. En créant la zone euro, ses pères fondateurs ont voulu brûler nos bateaux, de façon à ce nous soyons contraints à réaliser le rêve qu’ils avaient pour nous. Leur technique de conduite du changement était probablement « tout ce qui ne tue pas renforce ». 

Changement en Grèce

La presse anglo-saxonne s’inquiète de l’avenir de l’Europe. Paul Krugman invite la Grèce à quitter l’euro. D’autres économistes renommés constatent que la défaillance massive des États a été la norme de tous les temps, non l’exception.
Le plus intéressant est, peut-être, l’état de la Grèce : totalement dysfonctionnel (Grèce, corruption à tous les étages). La fraude est la norme du pays (30md€ par an ?), et l’administration participe méthodiquement au détournement du bien public.
La Grèce peut-elle payer ses dettes sans transformer radicalement les comportements nationaux ? Un changement aussi gigantesque est-il possible ?  Avec une administration corrompue ?
Et si la Grèce était révélatrice d’une question générale ? Un État bien rangé, bien géré est-il quelque chose qui va de soi ou, au contraire, un idéal théorique ? Un rêve qui cherche à nous transformer à son image ?
Compléments :
  • Sur l’interaction entre nature et culture : Coévolution.

Spéculation

Il est de bon ton de dénoncer les « spéculateurs », mais à quoi cela sert-il ?
La « spéculation » est un aspect inhérent aux marchés financiers, un « fait social » au sens de Durkheim. Chaque membre de la profession financière est prisonnier de règles dont il ne peut pas sortir, de la pression de ses pairs, de la concurrence entre établissements…
Plus généralement, nous sommes pris dans de grands mouvements auxquels nous ne pouvons pas faire grand-chose. Exemple. On nous dit aussi qu’une partie de l’Europe a vécu au dessus de ses moyens, que le système financier (par exemple allemand, pour l’Espagne) a alimenté les bulles immobilières… Personne n’est alors descendu dans la rue pour dénoncer les dangers que son enrichissement personnel, ou ses placements, faisaient courir à l’équilibre de la planète.
D’ailleurs, il est probable, comme le disent les économistes, que la spéculation est un aspect négatif d’un phénomène qui peut être bénéfique. La crise grecque ressemble beaucoup à une malversation Enronienne que les gouvernements européens gèrent de manière périlleuse. La spéculation ne nous dit-elle pas que nous devrions mettre notre maison en ordre ?
Les gouvernants doivent certainement penser comme moi. Mais faire fonctionner l’Europe est peut-être une tâche qui dépasse leur faible courage. Et la situation actuelle n’a pas que des inconvénients : la chute de l’euro pousse nos exportations, et peut relancer notre économie. Mais peut-on le dire ?
Hurler avec les loups est un moyen aussi vieux que le monde, mais toujours aussi efficace, de donner le change au petit peuple, sans fatigue.  

Cellule de crise

  • Si le prêt que demande la Grèce est maintenant de 100md€, c’est qu’elle ne peut plus trouver d’argent sur les marchés financiers.
  • Il faut créer une cellule de crise pour traiter ce type d’événements et éviter que les hésitations européennes n’en fasse des désastres.

Intéressante idée. Une cellule de crise ne demande par à l’Europe une transformation dont elle n’est pas capable.

Crise de la zone euro ?

Grèce et Angleterre : deux situations comparables, et pourtant l’une va connaître une décennie de purgatoire, alors que l’autre émergera de la crise plus dynamique que jamais. Raison ? Le carcan de l’euro répond Paul Krugman.
D’autres chroniqueurs anglo-saxons déplorent l’injustice grecque, qui prive de pain les bouches allemandes.
Illustration d’un double a priori ? Individualisme et économie comme maître absolu ?
Or, l’adhésion à l’euro n’a pas que des raisons d’opportunisme économique. Pour le Portugal et, peut-être aussi pour la Grèce, c’était la garantie qu’une dictature ne reviendrait pas. De même que l’adhésion à l’UE de l’Allemagne devait marquer la fin des querelles européennes fratricides.
Compléments :

Greekman brothers

Les commentateurs étrangers sont fort inquiets de l’avenir de l’Europe. Effet domino qui ferait s’effondrer un après l’autre tous ses pays, et dont toutes ses banques (en premier lieu allemandes) crèveraient ? Sans compter que l’UE étant le seul endroit qui n’a pas dévalué sa monnaie, elle est très importante pour la relance d’une Amérique peu solide.
La bonne nouvelle là dedans est que l’avenir est imprévisible. Il en faut infiniment peu pour retourner une situation.
Angela Merkel gagne une élection et devient, de manière imprévisible, un canard boiteux ayant recours à un populisme qui pourrait, s’il dépasse les limites, être fatal à la Grèce et enclencher l’effet domino ci-dessus. Va-t-il être accéléré par une querelle linguistique disloquant une Belgique fragile ou une élection anglaise rendant ingouvernable le pays ?…
Curieux comme parfois le sort de la planète tient à un rien.
Compléments :

Point Grèce

Que penser de la situation grecque ? Three years to save the euro.
Le taux des aides européennes et du FMI (5%) semble être supérieur à ce que peut supporter son économie. Ce qui signifie qu’il faudra vraisemblablement renégocier cette dette un jour.
Pourquoi pas aujourd’hui ? Probablement parce que cela aurait pu inquiéter et entraîner la faillite des autres États européens endettés, et avec elle celle des banques européennes, qui possèdent cette dette. On a reculé pour mieux sauter.
Il semble donc que l’Europe soit à la veille d’une période de changements douloureux. Et il semble douteux qu’ils puissent se faire pays par pays.

Angela Merkel

Depuis qu’elle a un allié à son goût, rien ne va plus pour Angela Merkel :

Paradoxalement, la coalition de droite qu’elle espérait et qu’elle dirige depuis quelques mois est un piège. Elle place la chancelière conservatrice dans une situation plus délicate qu’elle ne l’était lors de son premier mandat, à la tête d’une grande coalition avec son traditionnel adversaire social-démocrate (SPD). Elle qui excellait dans l’art du grand écart prenait prétexte de son adversaire-partenaire pour justifier son équilibre indécis. Elle y gagnait l’appui des puissants syndicats. Elle se trouve désormais titillée sur la droite par deux alliés encombrants : les libéraux du FDP et les conservateurs non-libéraux de l’Union chrétienne-sociale (CSU).

Ces difficultés expliqueraient son intransigeance à l’endroit de la Grèce : elle veut regagner l’estime populaire.
Curieux. La pensée de Mme Merkel aurait-elle besoin d’opposition et de temps pour se former ? Elle utilise le groupe pour penser ?
Compléments :

Point Grèce

L’Europe a mis au point un plan financier d’aide à la Grèce. La poussière retombe. Dans quel état est le pays ?
  • Apparemment, pas de révolte, gouvernement toujours populaire.
  • Quant à son plan de rigueur, il n’est réalisable que si la Grèce peut emprunter à un taux réduit. L’accord européen est arrivé à temps. Par contre il y aurait besoin de 3 fois plus d’argent qu’envisagé (75md€ et non 25) et de 5 ans au lieu de 3 pour arriver au niveau d’endettement voulu.
  • Dans quel état cela laissera-t-il le pays ? L’histoire ne le dit pas.
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