Chine et emprunt grec

La Chine veut acheter des emprunts grecs, contrairement au marché.
Explication : elle adopte une vision à long terme, contrairement au marché. D’ailleurs, elle a une force qu’il n’a pas : il sera sûrement plus difficile de ne pas rembourser ce qu’on lui doit, que ce qu’on doit à un acteur financier ordinaire. Dans ces conditions, les obligations grecques sont un excellent investissement. 
On apprend aussi que la Chine investit massivement en Grèce, un peu comme dans les pays sous-développés d’ailleurs. Ça ne semble avoir que des avantages : c’est un cheval de Troie dans la zone euro, cela lui permettra demain de diviser pour régner, cela élève le taux de l’euro…
Compléments :

Angleterre athénienne

L’Angleterre, depuis des siècles, a reproduit le modèle de la démocratie grecque. L’Amérique lui ressemble de plus en plus. Curieusement, mes amis anglo-saxons ne semblent pas trouver grand-chose à redire à cette hypothèse.

Parallèle en trois points :
  • Société divisée en deux classes quasiment héréditaires. L’une fort riche et oisive, assez égalitaire, administre sa fortune et discourt agréablement. C’est une démocratie modèle, que personne n’a encore réussi à égaler. L’autre, pauvre et peu éduquée, sert la première.
  • L’Angleterre est le berceau des sports les plus pratiqués au monde (même le cricket, inconnu chez nous, est le deuxième sport le plus populaire sur la planète). Le sport était vu par les public schools comme un moyen de développer les vertus de l’honnête homme.
  • À Cambridge, il y a fort longtemps, j’ai découvert une sorte de club med où tout était fait pour l’épanouissement de l’individu. L’être supérieur brille par sa participation à une vie sociale exceptionnellement riche. Éditer la revue de l’université, jouer dans son théâtre… sont des titres de gloire éternels. D’ailleurs, tout l’enseignement ne semble viser qu’à développer l’art de la parole. Le sujet étudié est indifférent, ou, plutôt, il a l’utilité de nourrir originalement la conversation. (Je me demande même si l’on ne me considérait pas comme super habile car totalement inattendu dans mon choix de sujet : les mathématiques.)
J’en suis arrivé à penser, depuis, que ce qu’apprend l’élite anglaise est la sophistique. Je suis souvent surpris de découvrir, sous des arguments rationnels en apparence, un total manque de logique. Je ne crois pas à un vice mais une attitude délibérée. Pour l’Anglo-saxon, le monde appartient à l’esprit entreprenant. L’être supérieur est celui qui désire. Ensuite, la fin, et surtout le succès, justifie les moyens. Le langage est une arme qui permet au héros de dompter une humanité de sous-hommes.
Compléments :

Malédiction de l’euro ?

Les Anglo-saxons se gaussent des prétentions délirantes de la zone euro : elle veut faire revivre l’étalon or.
Les économies des pays ne fonctionnent pas à la même vitesse. Garantir un taux de change constant force, comme l’a découvert la Grèce, le peuple au sacrifice : réduction de la protection sociale, des salaires, des emplois. La démocratie entre alors en jeu, et renverse les gouvernements qui font respecter l’orthodoxie économique. Au passage les spéculateurs auront fait des fortunes colossales.
Pour corser les choses, et précipiter le chaos, il y a un effet pervers. Un tel système demande un ajustement à la fois de l’économie excédentaire (l’Allemagne) et de l’économie déficitaire (la Grèce ou la France). Mais la première ne voit pas pourquoi se transformer. Par conséquent les ajustements se font systématiquement vers le bas – et inutilement douloureusement, déflation. (Paper chains.)
Certes, mais ceci signifie que le changement est difficile, non qu’il est impossible. D’ailleurs, cela fait au moins vingt ans que nous le vivons, sans qu’aucune de ses crises n’ait disloqué l’attelage. Et peut-être avons nous quelques atouts ? Une protection sociale (pour éviter des chocs trop importants) et un État (pour coordonner les ajustements) forts ? Les Anglo-saxons ne  désirent pas les acquérir. Ils espèrent donc notre échec ?
Compléments :
  • Ce qui rend acceptable le changement européen est probablement, donc, la protection sociale. Attention, à ne pas trop l’affaiblir ? Méfions-nous du conseil de l’économiste anglo-saxon pour qui ce système plombe notre efficacité économique ?
  • Histoire du système monétaire international.

Dette européenne

Le prix de la dette allemande et française est au plus bas. Remarques :
  • À qui profite le crime ? Qui achète cette dette ? Manœuvre des pays émergents pour maintenir l’euro à un cours élevé et rendre ses exportations sous compétitives, donc, à terme, détruire son tissu économique ?
  • Danger ? Si l’Europe fait comme la Grèce et l’Amérique et continue à vivre à crédit sans réforme structurelle, elle va connaître, comme la Grèce, des moments extrêmement désagréables ? 

Turquie européenne

L’Europe semble encourager la Turquie à la rejoindre. (Contradiction avec les positions officielles de l’Allemagne et de la France ?)
L’arrivée de la Turquie dans l’UE serait un changement intéressant. Ce serait de loin son membre le plus peuplé, donc celui qui aurait le plus de poids dans les délibérations de son parlement. Que dire de ses agriculteurs, fort nombreux ? Pourrait-il y avoir un risque de quelque effet pervers de type grec ou espagnol, suscité par l’exploitation par les marchés financiers d’une entrée un peu improvisée ?…
L’avenir est imprévisible. Et si c’était le principal intérêt d’une Turquie européenne ? Un grand moment d’incertitude et d’animation ? 

Sécession belge

Une grande majorité de la Flandre serait en faveur d’une dissolution du royaume.
The Economist y voit le sort de l’Europe. Même problème : « déficit démocratique ». Les Flamands ne peuvent que se lamenter des déficits wallons, mais n’ont aucun pouvoir sur eux, et les wallons ne peuvent rien faire contre les séparatistes flamands, parce que leur vote ne compte pas en Flandre. De même l’Allemagne ne peut imposer sa rigueur aux Grecs.
L’argument me semble fallacieux. Ce que l’on voit en Belgique ce sont deux communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’était la situation de l’Europe avant la construction européenne : hostilité.
Si les peuples ne veulent pas s’unir, aucun mécanisme ne pourra les y contraindre. L’Europe est une volonté d’union. 

Crise grecque ou allemande ?

L’Allemagne a un problème avec l’Europe. Les banques allemandes étant jusqu’au cou dans la dette grecque, il n’était pas question que l’Allemagne n’aide pas la Grèce. Les bruits bizarres qu’elle fait seraient les signes annonciateurs d’un changement, colossal :
  • L’Europe et l’euro ressemblaient trait pour trait à l’Allemagne. L’Allemagne y était donc comme un poisson dans l’eau, d’autant plus qu’elle y gagnait beaucoup (en 8 ans les exportations de l’Allemagne vers la zone euro seraient passées de 19 à 25% du PIB allemand !). Or, elle découvre qu’Europe et zone euro ne se dirigent pas vers ce modèle, qui ne marche pas.
  • Son modèle même est en crise. Or, elle veut conserver inchangé ce qui a fait sa grandeur (formation, industrie lourde, exportation), alors que la réforme est nécessaire.
L’Allemagne serait-elle en face d’un changement d’identité ? Ferait-elle ce que nous faisons tous dans ce cas : ultra-fondamentalisme ? Attribuer ses échecs à la trahison d’un modèle sanctifié ?

Rigueur ?

M.Zapatero, que The Economist trouvait velléitaire, décide d’un plan de rigueur. Coup de tonnerre. Les économistes pensent que la remise en ordre des finances publiques ne doit pas survenir trop tôt. Certains estiment que les mesures de secours à la Grèce vont durablement l’enfoncer dans l’hiver nucléaire. Mais le poids des dettes publiques inquiète. Que faire ?
L’idée qui guide ce qui suit vient de la physique. On n’a aucun moyen de savoir où ira une sonde interplanétaire laissée à ses propres moyens, le monde (et la physique newtonienne) est « chaotique ». Pour la maintenir sur la trajectoire désirée, il faut procéder à un contrôle permanent. Application :
  • Les économistes prétendent prévoir l’avenir, qu’il suffit de suivre leurs recommandations et leurs modèles pour connaître le succès. Mais si la physique ne peut donner la trajectoire d’une sonde, pourquoi l’économie, qui n’est pas une science, pourrait-elle prévoir quoi que ce soit ? A-t-on l’exemple d’un économiste qui ait fait une prévision juste ? Robert Shiller, qui pourrait presque entrer dans cette catégorie, pour avoir distingué les précédentes spéculations, observe lui aussi que le monde est « chaotique ». Futur insondable.
  • Mon expérience du changement me dit cependant que « quand on veut on peut ». Si l’on ne sait prévoir l’avenir, du moins peut-on, en partie, choisir le sien. D’ailleurs l’histoire de l’Estonie ou de l’Allemagne montrent que les nations peuvent se réformer, si elles le désirent.

Lorsque l’on regarde l’histoire récente, il me semble que les nations ont essayé de fixer le cours relatif de leurs monnaies. Peut-être avaient-elles des raisons fortes pour cela ? Cette stabilité serait-elle une condition nécessaire de crises moins violentes ? Alors, faut-il condamner les efforts de la zone euro comme donquichottesques, ou, au contraire, faire tout pour qu’ils réussissent, parce qu’elle est le creuset d’une économie durable ?

Compléments :
  • Hypothèse personnelle (biaisée certainement par mon métier). La zone euro tenterait d’acquérir des techniques de conduite du changement. C’est-à-dire chercherait à adapter son tissu social aux mouvements de l’économie, en abandonnant l’usage exclusif des mesures macroéconomiques.
  • Exemples d’événements imprévisibles qui peuvent brouiller toutes les prévisions : Greekman brothers.

    Nicolas le Grec ?

    Lors d’une formation récente, j’expliquais que les techniques de conduite du changement de Nicolas Sarkozy laissaient à désirer, mais qu’il était un animateur du changement exceptionnel. J’avais peut-être vu juste en pensant qu’il allait jouer un rôle décisif dans la réunion du week-end dernier.
    Un article du Guardian dit, effectivement, que le plan qui en sort est français :

    The Germans are sticklers for rigour, peer pressure and discipline, against coming to the aid of the stragglers, devoted to absolute independence for the central bank whose brief is confined to ensuring the stability of the currency and guarding against inflation.
    The French push a more political, expansive approach, arguing the euro rules be geared to economic growth and jobs, tighter co-ordination of national policies, and greater harmonisation of, for example, tax and spending policies.
    The Germans won in the 1990s when the euro rule book was being written. But yesterday’s game changer was a French script.
    In the fighting of the past several months, Chancellor Angela Merkel of Germany has won most of the battles, but has lost this particular war. Berlin dictated the terms for the €110bn euro Greek bailout agreed last week, but had to bow to the bailout itself, which it did not want. Ditto at the weekend.

    Angela Merkel, dont la faiblesse est la lenteur de décision, a-t-elle été prise de vitesse ? En tout cas, il se pourrait que la relation franco-allemande soit abîmée.

    Pauvre Angleterre ?

    Un de mes précédents billets disait que l’Angleterre devrait éviter le sort de la Grèce, grâce à son taux de change flottant.
    Elle en a habilement usé, puisque le taux de change effectif de la livre serait 25% plus bas que mi 2007. Ses exportateurs ont d’abord profité de cette baisse pour augmenter leurs prix, maintenant ils attendent que la demande s’affirme pour investir. Malheureusement voici la crise grecque et la chute de l’euro. (A lamentable legacy.)
    Une question me vient en tête : une telle politique monétaire est-elle habile ? Les Américains et les Anglais pensent relancer leur économie en nous exportant leur crise, mais si nous nous effondrons, ils risquent d’en pâtir, puisque nous demeurons leurs principaux clients…