Littérature grecque

ROMILLY (de), Jacqueline, Précis de littérature grecque, Quadrige, 2010. Histoire de la littérature grecque, d’Homère au 4ème siècle après JC.

Curieusement, je ne retiens pas grand-chose de ces pages, sinon qu’elles sont particulièrement agréables à lire. On nous a habitués à penser que l’histoire est faite par des génies, ici il n’y en a pas. Aucune œuvre ne prend de relief particulier. Même l’analyse de style, un tour de force, n’accouche que de citations pâlottes, à mon goût.
Comme toutes les pensées, la pensée grecque a suivi les événements plutôt qu’elle ne les a précédés. Elle a été une forme de rationalisation. Ce qu’elle a de plus remarquable est qu’elle a tout inventé : épopée (Homère), poésie, rhétorique, tragédie, comédie, étude historique et biographie, philosophie, roman.
Point commun, la raison ? Très tôt elle abandonne le mythe. Mais sa marque de fabrique est aussi, surtout ?, la liberté (politique). « L’hellénisme ne vit que de liberté. » Or :

La liberté politique disparut au profit d’une autocratie. La liberté philosophique et religieuse disparut sous l’autorité de l’Église. Et les deux pouvoirs furent unis, puisque l’empereur fut le chef de cette Église : les rangs d’où étaient sortis les martyrs fournirent de grands administrateurs.

Au soleil, à la joie de vivre, à la liberté de penser, de débattre et de créer, vient se substituer le noir tunnel du moyen-âge, boueux, pluvieux et totalitaire ? L’homme devient un animal craintif et dangereux ? 

Europe en faillite ?

Le poids de la dette est insupportable : Grèce et Irlande n’en peuvent plus. Ce sera bientôt le tour du Portugal.
  • Le correspondant européen de la BBC pousse l’Irlande (Ireland: Time for the Celtic rebel) à jouer de son pouvoir de nuisance pour renégocier ses dettes avec la méchante Europe. Et avec bonne conscience : ne remettent-elles pas en cause une activité qui redémarre grâce aux conditions exceptionnelles faites aux entreprises étrangères (notamment taux d’imposition de 12,5%) ? Ces conditions, elles, ne peuvent être discutées, elles font partie de la culture irlandaise !
  • Pour The Economist, la faillite est inévitable. Mais il faut prendre un minimum d’assurance que le système bancaire européen ne va pas s’effondrer… (Sovereign remedies)
Tout ceci est-il réellement sérieux, ou est-ce une posture de négociation ?
Mais ne serait-il pas temps que l’on se demande comment relancer l’activité de l’Europe, plutôt que de chercher comment ne pas respecter ses engagements ? 

N.Sarkozy le croisé ?

J’entendais, hier, dire que N.Sarkozy faisait référence au christianisme comme à un des piliers culturels de la France.
Je me suis demandé pourquoi il ne disait pas que notre histoire récente s’était aussi faite contre le christianisme et contre l’Église. D’ordinaire il est fier de notre école laïque. Ne vient-elle pas d’un mouvement, fondateur de notre République, qui a conduit à la « séparation de l’Église et de l’État » ?
D’ailleurs, nous n’avons pas encore renié les Lumières. Or, s’il y a « lumière » c’est qu’avant il y avait obscurité. Et si les philosophes des Lumières se sont appelés philosophes c’est en hommage à la Grèce antique. Ils voulaient fermer la triste et détestable parenthèse du très chrétien âge des ténèbres.
J’en étais là lorsqu’un sociologue interviewé par France Culture m’a montré que je m’égarais. N.Sarkozy voulait seulement susciter une réaction réflexe de la gauche, susceptible de lui aliéner une partie de l’électorat.
Mais, si cette tactique est éventée, ne peut-elle pas se retourner contre lui ? Par exemple, 
  • n’est-il pas dangereux, pour un homme au comportement de nouveau riche, et dont la vie privée est dissolue, d’évoquer la morale catholique ?
  • ne s’expose-t-il pas à un risque de licenciement pour faute grave ? Le rôle d’un président est-il de nous parler du passé, ou de nous proposer un avenir ?

Retraite et capitalisation

« la moitié des fonds des fonds de pension d’Europe continentale sont investis en obligations d’État ». Le phénomène est général. Il pose plusieurs intéressantes questions.
Est-il possible, dans ces conditions, à un pays de faire faillite (comme on le recommande à la Grèce, l’Irlande ou au Portugal) ? Le système par capitalisation en est venu à ressembler au système par répartition : une génération prête à la suivante, qui nourrit la première par l’intérêt qu’elle paie. (In debt to Grandpa)

Les politiques, Aristote

Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993.
Pour Aristote, ce qui rend l’homme humain, c’est la cité. C’est-à-dire un groupe suffisamment important pour vivre en autarcie, mais relativement restreint, et encadré par la loi, ou plutôt une juste constitution.
Le rôle de la cité est de rendre l’homme « heureux », ce qui exige une vie de loisirs. Pour cela il doit apprendre la « vertu ». Ceux dont la « nature » est favorable doivent être conduits à la vertu par des lois et par l’éducation (la première préoccupation du législateur). L’éducation forme les habitudes et la raison.
Le législateur, l’auteur de la constitution, a donc un rôle décisif dans le sain développement de la cité. Il doit veiller à l’avantage commun (pas à celui d’un groupe privilégié). Pour cela il lui faut adapter la forme constitutionnelle (royauté, aristocratie ou gouvernement constitutionnel) au nombre d’hommes de bien de la cité (un, un petit nombre, ou un grand nombre), et prendre garde d’éviter les dérives qui guettent chacun de ces régimes (respectivement tyrannie, oligarchie et démocratie). Par ailleurs, la cité et son environnement évoluent, le législateur doit veiller à faire évoluer sa constitution en fonction.
Point curieux : la terre est une imitation imparfaite du cosmos. C’est de cette imperfection que viennent nos malheurs, en particulier les vices et la non permanence de la cité. Mais c’est à elle que nous devons notre liberté. Sans elle nous serions des pantins !
Commentaires
Initialement j’ai considéré Aristote avec condescendance. N’était-il pas ridicule de dire que la femme, l’esclave ou l’artisan étaient inférieurs « par nature » ? Mais pas longtemps.
J’ai vite compris que s’il y avait des ridicules dans la pièce, c’étaient nous. Où avons-nous pu pécher que notre démocratie était le but ultime du monde ? Que le régime chinois, par exemple, incarnait le mal ? Chez Aristote, un régime politique doit être adapté aux caractéristiques d’une population. Et surtout il évolue sans cesse. D’ailleurs, qui dit que la démocratie est idéale ? Celle d’Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. Les bénéfices de la nôtre ne sont-ils pas aussi destinés à une classe de privilégiés ? Pire, vivons-nous dans une « démocratie » (Aristote aurait dit un régime constitutionnel), ou dans une oligarchie de « travailleurs riches » et d’intellectuels ? En déréglementant à tour de bras, en légiférant au fait divers, ne risquons nous pas de basculer dans un régime démagogique, dans lequel la société devient une « masse » animale ?  
En outre, ce qu’Aristote dit de la cité, de l’homme heureux… rejoint quasiment mot pour mot les travaux de sociologie moderne. En fait, Les politiques est un traité de conduite du changement.
Reste une question. Pourquoi, lui qui était le précepteur d’Alexandre, a-t-il écrit sur la cité, alors qu’Alexandre et son père, Philippe, l’ont éliminée de l’histoire ? Comme Gorbatchev, il n’a pas vu les conséquences du changement auquel il donnait la main ? A-t-il été victime de l’habitude : le philosophe grec réfléchissait par tradition à la cité idéale, peut-être justement parce qu’elle avait du plomb dans l’aile ? 
En tout cas, une fois de plus, il me semble que sans crise il n’y a pas de philosophie digne de ce nom.
Compléments :

Réforme des impôts

La France voudrait aligner son système d’imposition sur l’allemand. Officiellement, nos entreprises seraient défavorisées. Il se pourrait aussi que ce soit pour supprimer l’ISF et le bouclier fiscal.
Mais le système allemand semble aussi beaucoup plus complexe que le nôtre (déclarations d’impôts de 24 pages !), avec une TVA et une imposition du particulier plus élevée…
Et si notre gouvernement ne voulait toucher qu’à la fiscalité désavantageuse, et pas à l’avantageuse ? Et s’il voulait réduire les ressources de l’État au bénéfice de celles des entreprises et des fortunés ?
Si c’est le cas nous nous allons bientôt rivaliser avec les Grecs et les Irlandais en termes de rigueur… 

Changement en Allemagne

Allemagne et crise. 2 caractéristiques marquantes.
  • Kurzarbeit. Il permet à l’entreprise de payer l’employé à temps partiel, l’État prenant en charge ce qu’elle ne paie pas. Semble particulièrement habile : évite chômage et déqualification.
  • Paupérisation. 6,7m de travailleurs « mal payés ».

A vrai dire, on frôle même les abus et l’exploitation en ce qui concerne les temps partiels et les bas salaires. Postes en intérims, CDD, ou même les mini-jobs, ces emplois de quelques heures hebdomadaires rémunérés 400 euros par mois sans charges sociales pour le salarié ont été, ces dernières années, la règle pour un nombre important de travailleurs du tertiaire. [Les « mini-jobs » concernent encore 12 % de la population active.]

Mais, lumière au bout du tunnel ? Prise de conscience générale de la situation. Bientôt meilleurs salaires et meilleure protection sociale ? (L’article du Monde.)
Compléments :
  • Ce qui pourrait aussi être bon pour le reste de l’Europe. Beaucoup de nos problèmes viennent de la dégradation des salaires allemands (il faut rappeler que cela a conduit à une diminution de 20 % des salaires. Et que ceux-ci, depuis dix ans, ont globalement stagné en Allemagne, contrairement aux autres pays européens). D’ailleurs, si l’Allemagne se mettait à un peu plus consommer ça apporterait à la Grèce et à d’autres les moyens de rembourser leurs dettes… 

Fragile Europe

Pourquoi l’Irlande, la Grèce et le Portugal sont-ils à nouveau en situation difficile ?
Outre la dégradation de leurs comptes, Mme Merkel a laissé entendre que le futur système de contrôle de gestion des États européens ne rembourserait pas totalement les créditeurs d’un pays en difficulté. Ce qui a fait peur aux dits créditeurs…
Dilemme du prisonnier ? Mme Merkel est probablement plus préoccupée de l’opinion et de la cour suprême allemandes que des intérêts européens. Mais en cherchant à plaire aux siens, elle affaiblit les pays les plus fragiles de l’union, ce qui pourrait amener les Allemands (et quelques autres) à devoir les renflouer.
Compléments :

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l’équivalent du statu quo.
C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)
Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.
L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.
Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?
Compléments :

Chine et emprunt grec

La Chine veut acheter des emprunts grecs, contrairement au marché.
Explication : elle adopte une vision à long terme, contrairement au marché. D’ailleurs, elle a une force qu’il n’a pas : il sera sûrement plus difficile de ne pas rembourser ce qu’on lui doit, que ce qu’on doit à un acteur financier ordinaire. Dans ces conditions, les obligations grecques sont un excellent investissement. 
On apprend aussi que la Chine investit massivement en Grèce, un peu comme dans les pays sous-développés d’ailleurs. Ça ne semble avoir que des avantages : c’est un cheval de Troie dans la zone euro, cela lui permettra demain de diviser pour régner, cela élève le taux de l’euro…
Compléments :