L’UE plus utile que jamais

De plus en plus de voix réclament la disparition de l’UE. (Seul l’Etat nation peut sauver l’Europe | L’Europe décalée) Je me demande si, au contraire, elle n’a jamais été aussi utile.
  • L’Allemagne vient de nous rappeler à quel point elle est prompte à jouer les victimes et à accuser le reste du monde de ses maux. N’en est-il pas de même de la virginale Angleterre, grande donneuse de leçons, en particulier aux paresseux de l’Europe du Sud ? Que se passerait-il si ces nationalismes résurgents n’étaient pas tenus en respect ? (Ou, d’ailleurs, s’ils ne pouvaient pas s’en prendre à l’Europe ?)
  • Qu’arriverait-il à la Grèce si elle n’était pas contrainte par la rigueur européenne ? Elle aurait fait faillite pour protéger sa corruption ? (Pour sauver la Grèce, il faut la restructurer)
  • Et que feraient la Serbie et la Croatie s’ils n’avaient pas l’espoir de rejoindre l’UE ?
La raison d’être de l’UE, c’est la paix, et elle n’est pas obsolète. 

Pour sauver la Grèce, il faut la restructurer

Le gouvernement grec envisage une réorganisation de son pays qui ressemble à celle que réalisent périodiquement les entreprises.

Il s’agit de changer la constitution qui protège des fonctionnaires corrompus et des armateurs ; de mettre à la retraite les dits fonctionnaires, de les remplacer par les jeunes, qui sont chômeurs et bien formés – ce qui permettra aux impôts de rentrer ; de revoir le système judiciaire (qui protège les fraudeurs) ; de créer un cadastre ; de réduire le budget militaire (justifié par la peur d’une agression turque) ; d’imposer l’Église… La Grèce ou les écuries d’Augias – Coulisses de Bruxelles, UE
Dans ces conditions, les prêts européens sont l’investissement nécessaire à cette restructuration.

Si elle réussit, les économistes anglo-saxons, qui exigent la faillite de la Grèce n’auront plus qu’à manger leur chapeau. Voilà qui devrait motiver les Grecs.

Compléments :

Changement en Angleterre (suite)

Je suis toujours, d’un peu loin, les tribulations des réformes anglaises. Mon a priori d’amateurisme se renforce.
Dans le dernier épisode, les lib dem coulent la réforme du système de santé (NHS) de leurs partenaires de coalition conservateurs. Humiliés lors des précédentes élections, ils montrent à leur électorat qu’ils défendent encore la veuve et l’orphelin.
En France, comme en Angleterre, les réformes gouvernementales ne servent à rien ? Sinon à donner à nos élites l’illusion de leur efficacité ? Au mieux elles augmentent les handicaps du pays, et précipitent les crises (comme en Grèce) ?

Jean-Claude Trichet

L’économiste anglo-saxon n’a pas de mots assez durs pour Jean-Claude Trichet. En élevant ses taux, la BCE fait l’erreur de Roosevelt en 37, qui avait replongé l’Amérique dans la grande dépression.
Toujours est-il que, dans la tempête actuelle, c’est le seul qui tient un cap. Et ce cap est peut-être celui d’une Europe fédérale.
Nos politiques nous ont fait entrer dans l’euro pour nous forcer au changement. La Grèce et le Portugal, par exemple, sortaient de dictatures et estimaient que l’euro, c’était « jamais plus ça ». Aujourd’hui, nous réalisons que le changement est devant nous. Comment le mener ?
Si mes cours disent juste, pour faciliter le changement, il faut un objectif, une « structure cible ». Jean-Claude Trichet propose un ministère des finances de l’Union, qui décharge les ministères nationaux de ce qui touche aux finances à caractère européen, et mette sous tutelle les pays en difficulté (de même que l’Angleterre a nationalisé ses banques ?).
Mais il faut surtout un « donneur d’aide », un animateur du changement. C’est ce qui me semble manquer le plus aujourd’hui. Les irréprochables Allemands condamnent sans appel (jusqu’au concombre espagnol), le technocratique Trichet rêve d’un pouvoir centralisé.
Compléments :

Les sources culturelles de la confiance.

Sans confiance, il n’y a pas d’économie performante. Voici ce que disent des économistes (The Habsburg Empire and the long half-life of economic institutions | vox)

Nos résultats suggèrent que l’empire des Habsbourg est toujours visible dans les normes culturelles et les interactions entre les humains et leurs institutions étatiques, aujourd’hui. En comparant les individus à la gauche et à la droite de la frontière, disparue depuis longtemps des Habsbourg, les gens qui vivent dans des lieux qui ont été le territoire de l’empire Habsbourg ont une plus grande confiance en leurs courts et leur police. Cette différence de confiance se transforme aussi en une réelle différence dans la mesure dans laquelle des pots de vin doivent être payés à ces services publics locaux.  

Où les Habsbourg ont régné vivent des peuples qui ont confiance en leurs institutions.

La crise grecque semble venir d’un État totalement dysfonctionnel (La démocratie grecque en crise – Coulisses de Bruxelles, UE). Les fondateurs de la zone euro voulaient-ils nous rendre tous allemands, c’est-à-dire de nous faire absorber la culture de confiance des Habsbourg ?
Compléments :
  • Cette étude s’applique-t-elle à l’Espagne de Philippe II, et au sud de l’Italie ?

Espagne en faillite

L’inquiétude des économistes est qu’une faillite grecque et portugaise entraîne l’Espagne. L’Espagne est une grande économie, il serait difficile d’amortir sa chute. Mais jusqu’ici on pensait qu’il n’y aurait pas de problème espagnol.
Or, les Espagnols sont mécontents de leur pauvreté et veulent faire choir leur gouvernement. Rigueur impossible, faillite certaine ? Vont-ils créer une grande dépression ? (Spain troubles test market nerves) Mais le chômeur espagnol a-t-il d’autre moyen d’améliorer son sort que de menacer la planète d’une crise ?
Le phénomène rappelle l’analyse de Barry Eichengreen : les crises proviennent d’une divergence entre économie et démocratie. D’ailleurs, l’économie cherche les failles de la démocratie pour faire exploser les États et s’enrichir.
Est-ce une forme de lutte entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif ? Le chômeur espagnol demande une nouvelle répartition des richesses, les bénéficiaires de l’équilibre actuel la lui refusent, et, par le biais des mécanismes financiers, cherchent à accentuer leur avantage ?
Comment peut s’achever ce cercle vicieux ? Faut-il une crise qui affecte pauvres et riches pour susciter une prise de conscience collective de l’intérêt de la solidarité ?
Compléments :

DSK, France, Grèce et Europe

Le Washington Post ajoute aux informations de la radio française que DSK se trouvait dans une suite coûtant 3000$ la nuit… Qui la payait : lui ou le FMI ?
À court terme, les journalistes étrangers s’émeuvent moins des élections françaises que du sort de la Grèce (puis de l’Europe) : peut-elle se tirer du mauvais pas dans lequel elle est sans un FMI fort ? (Trouble at the IMF)
En attendant, il est curieux comme l’avenir du monde – et celui de la France – tient à peu de choses. C’est peut-être pour cela que les hommes politiques, en particulier, ne désespèrent jamais de leur sort, aussi inquiétant paraisse-t-il : un retournement est toujours possible. 

Dette grecque

Les Grecs ne pourront jamais payer leurs dettes, mais ils ne peuvent pas faire faillite sans faire s’effondrer le système bancaire allemand (notamment). On sortirait de l’aveuglement collectif, et on s’acheminerait vers une solution intermédiaire : défaut partiel, allongement de la maturité de la dette, transformation des obligations en « actions »… Latin lessons

Avenir de la zone euro

Deux opinions semblent s’affronter.

  • Les économistes anglo-saxons estiment que la zone euro ne peut qu’exploser. Raisonnement mathématique : Portugal, Irlande et Grèce ont une dette qui s’accroit plus vite que leurs revenus. Quant à l’Espagne, sa santé dépend de ses exportations et la rigueur de ses voisins ne peut que la condamner à la faillite (Europe’s industrial new orders: 3 very different stories | Angry Bear). À cela s’ajoute la volonté de la BCE d’augmenter son taux directeur, à contretemps. (Another year of living dangerously) Ils estiment que la rigueur est une mauvaise médecine et qu’il faut en revenir à Keynes. 
  • De l’autre, les continentaux semblent penser qu’il faut faire ce que l’on doit (rigueur) et ensuite on verra bien.
Qui a raison ? Je me demande si la première pensée n’a pas un bug. J’ai l’impression que l’économie fonctionne comme un trou noir, elle aspire la stimulation sans rien donner. Dans ce cas la pensée continentale serait plus juste : il faudra redémarrer l’économie à la manivelle. Mais la première théorie a alors probablement raison. On ne fera pas l’économie de nouvelles crises, donc ?

Compléments :

Incompétent gouvernement irlandais ?

L’Irlande pense que le prêt européen l’asphyxie. Son nouveau premier ministre était venu demander, au dernier sommet de la zone euro, un adoucissement des conditions qui lui sont faites. Il est parti bredouille, contrairement à la Grèce.
Ses électeurs vont certainement accuser une Europe jalouse de la liberté irlandaise. En fait, il semblerait plutôt que le dit premier ministre n’ait qu’à s’en prendre à lui-même : l’Europe ne lui aurait demandé que de faire le bon bruit, il n’aurait su que jouer les matamores. (Un de mes amis appelle cela une « crash stratégie ».)
Conséquence d’une alternance trop rare ? En 80 ans l’opposition irlandaise n’a quasiment jamais régné, pas étonnant qu’elle soit mal préparée. Il reste à espérer qu’elle sera capable d’apprendre…