Crise de l’euro et idéologie

La Grèce ne compte que pour 2,5% du PIB de la zone euro. Pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas réglé ce problème immédiatement ? Pourquoi est-elle sur le point de nous entraîner, selon l’expression anglo-saxonne, dans un Armageddon mondial ? se demande la presse étrangère. (Firefighting)

Nous sommes dirigés par des fantoches, répond-elle, en substance. Éternel drame de la démocratie.

Je n’en suis pas sûr. Nos politiques ont accompli le devoir que leur prescrit Aristote. À savoir « les législateurs (…) cherchent à créer chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons ». (Éthique à Nicomaque). En effet, ils ont répandu une théorie à laquelle ils croyaient : « le riche est créateur de valeur ».
La crise révèle une faille de cette théorie. La coupable Grèce peut faire capoter la vertueuse Allemagne. Le sort des riches et des pauvres est lié.
Mais, si le riche crée la valeur, tout impôt est scélérat ! entend-on en Allemagne, en Flandre et aux USA.

Or, il faut bien plus que de la vertu et du courage pour aller à l’encontre de l’idée fixe d’un peuple. 40 ans de propagande ? Armageddon ?…
Compléments :

L’euro, projet de droite

Le Guardian nous dit d’abandonner l’euro, il est de droite. (Why the euro is not worth saving | Mark Weisbrot). Arguments :

Non seulement l’Europe a sauvé les financiers de leurs crimes, avec l’argent du contribuable, mais elle prend excuse de l’endettement qui en a résulté pour liquider son système de protection social ; la BCE ne parle que d’inflation et se moque du chômage ou des pays faibles (contrairement au Fed) ; on force la Grèce à l’ajustement, alors que ses difficultés résultent de différences structurelles de productivité entre nations.
Pas convaincu. La zone euro est probablement ce que l’on en a fait. Elle est de droite, parce que gérée à droite.
Mais son projet est-il idiot ? Il semble bien que la régulation financière ne fonctionne pas, et débouche fatalement sur des crises désastreuses (Histoire du système monétaire international). L’expérimentation euro est probablement une façon de réguler sa zone par des ajustements structurels. Autrement dit la « conduite du changement » que je pratique dans les entreprises.

Est-ce un argument que l’Anglo-saxon peut entendre ? Il aime la « main invisible ». S’il soupçonne l’intervention humaine, il est inquiet pour sa liberté ?

Fin du laisser-faire ?

Lorsqu’un pays connaît une difficulté, on la met au compte d’un trop d’État, et on le condamne à la rigueur.

C’est curieux. Dans une telle situation, une entreprise ne réduit pas aveuglément ses coûts, mais cherche un « modèle économique » dont elle est sûre qu’il la sortira de sa mauvaise passe.
Cette idée est peut-être en train de gagner du terrain :
  • Un article sur la Grèce : « La Grèce et ses amis, devraient passer autant de temps et de réflexion à concevoir des éléments de stratégie de croissance à court et long terme, qu’ils en consacrent à mettre au point l’analyse de la dette du pays ». (Sea, ships and solar can get Greece growing – FT.com)
  • De même l’Angleterre découvre que relancer son industrie ferait beaucoup de bien à son emploi et à son économie. Malheureusement la situation est désespérée. Plus simple : développer le « high tech ». « Mais même cela demandera à l’État d’investir dans le capital humain et physique, et d’inciter le privé à faire de même. » (Less paper, more iron)

Confuse Grèce

Il y a quelques jours j’entendais un syndicaliste grec interviewé par la BBC dire que l’Europe n’avait pas d’autre choix que de sauver la Grèce. Alors à quoi bon la rigueur, il y aura toujours quelqu’un pour payer ses dettes.
Quant à The Economist, il se demande s’il y a un Grec pour racheter l’autre. Tous des assistés ?
Et la proposition d’assistance proposée par les banques françaises ? Une « machination ». Elle est dans leur intérêt, pas dans celui de la Grèce. (A bank bail-out by another name?)
Compléments :

Future crise européenne

Pour cause d’unification, l’Allemagne a dû réformer son système social, ce qui force aujourd’hui l’Europe à se réformer.
Ne rejoue-t-elle pas la même pièce avec l’énergie ? Soit elle parvient à créer une industrie de l’énergie renouvelable qui demande un réajustement à l’Europe. Soit elle ne parvient pas à remplacer ses centrales, ce qui, aussi, bouleverse l’Europe. Le pari antinucléaire de l’Allemagne du XXIe siècle – LeMonde.fr
Qui est-il le plus urgent d’encadrer ? La Grèce ou l’Allemagne ?

Domino grec

Après guerre, la Grèce est apparue un moment comme le domino qui pourrait faire tomber l’Europe chez les Soviétiques. Aujourd’hui, c’est la même chose, mais pour l’économie mondiale ?
Hasard ?
Est-ce lié ? Nos amis anglais procèdent à une dévaluation sans équivalent dans leur histoire de la Livre. (Billet)

Crise grecque

La Grèce s’agite. L’intelligentsia anglo-saxonne prédit la disparition de la zone euro. Avec raison ?
La Grèce est entrée dans l’euro pour être contrainte de se réformer. Le grand moment est arrivé. Cependant, elle ne pourra trouver de solution que si les « parties prenantes » de son sort sont convaincues de la gravité de la situation et de la détermination des concernés. La crise est une étape inévitable du changement. Je ne suis pas sûr que l’on puisse en dire beaucoup plus.
Compléments :