Perfide Germanie ?

Les marchés inquiets se précipitent sur la dette des Américains, Anglais et Allemands, entendais-je dire ce matin la BBC.
Du coup, ces pays paient leurs emprunts bien moins qu’ils ne le devraient.
Ce qui est curieux pour l’Amérique et surtout l’Angleterre, qui sont dans une situation plus préoccupante que celle de l’Europe, prise globalement. (Le déficit de la zone euro est de 4% contre 10 aux USA, et 8,5 à l’Angleterre – An unpalatable solution)
Quant à l’Allemagne, le statu quo lui est finalement extrêmement favorable. La panique actuelle abaisse le coût de sa dette, et dévalue sa monnaie. Si la Grèce n’existait pas le patron allemand devrait l’inventer ?
Compléments :
  • L’Allemagne a d’autant moins intérêt à une Europe unie que sa formidable économie ne le semble pas tant que cela (presque aucune croissance au précédent trimestre).

Rationalité des marchés

Les pays que les marchés pensent les plus certains de faire faillite : La Grèce, le Portugal et l’Irlande sont au sommet, plus risqués que le Venezuela et le Pakistan ; l’Espagne est moins sûre que l’Égypte révolutionnaire. (How much closer a union?)

Raison ? Cacophonie de la communication gouvernementale européenne.

Autrement dit la rationalité des marchés (dont on nous a rebattu les oreilles) est nulle. On les manipule par la propagande.  

Bénéfices de l'altruisme (suite)

Les États américains riches subventionnent les États pauvres dans des proportions étonnantes. S’il était un pays indépendant, le Nouveau Mexique, par exemple, aurait un rapport dette sur PIB de 260%. C’est bien plus terrible, et de très très loin que la Grèce (dont l’endettement serait de l’ordre de celui de la Virginie). (Greek Americans)

Dans les mêmes conditions, si vous donnez des noms différents aux gens (Allemands, Grecs…), vous avez une crise ; si vous leur donnez le même nom (Américains), pas de crise. Rationalité humaine. 

Taxe pour la fortune

Harald Hau, un économiste, remarque que le plan de secours de l’Europe à la Grèce est l’équivalent d’une subvention de 200md€ des contribuables pauvres, aux banques et aux riches qui les possèdent.

Selon lui il fallait laisser les banques périr de leurs erreurs. L’Etat y aurait alors investi. Cela aurait moins coûté, et aurait permis au contribuable d’entrer en partie dans ses fonds lors de la remise sur le marché après assainissement.

Pourquoi nos gouvernants n’ont-ils pas mieux défendu nos intérêts, ils étaient pourtant en position de force ?

Peur de faire le lit de Mme Le Pen ; pas les compétences de reprendre une banque ; le lobbying bancaire est irrésistible et fait la politique des États ; la BCE a été kidnappée par les banques.

Bientôt, une révolte des contribuables ? (Eurozone bailout: Taxpayer transfer to the wealthy?)

Systémique et crise de l’euro

Une modélisation grossière des événements du moment semble donner le schéma suivant.

Aux USA, les banques ont prêté aux individus insolvables, en Europe, elles ont prêté aux États insolvables.

Pour éviter un désastre (mais était-ce la seule solution ?), les États à peu près solvables se sont portés au secours de la finance en faillite. Les USA et les États de la zone euro sont donc maintenant endettés. Étrangement, ce n’est pas le modèle allemand qui nous a contaminés, mais le modèle grec.

Le système qui était cause de la crise est resté inchangé. Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut faire redémarrer notre économie ?

Compléments :

Grèce et contribuable français

Pourquoi la France déploie-t-elle tant d’énergie au secours de la Grèce ? Parce que son gouvernement préfère ses banques à ses contribuables.

  • Les premières sont menacées, un peu par la Grèce, beaucoup par l’Italie. 
  • Les seconds se pensent assistés, et n’ont pas compris que leur argent subventionnait des placements aventureux. (Bail-outs? Bof…)
Bref, c’est 15md de plus pour la dette française, selon François Fillon. « Nous étions au bord d’un gouffre, nous avons fait un grand pas en avant » ?

Compléments :
  • Dernière phrase : Félix Houphouët-Boigny.
  • L’article semble penser qu’il y a là une avenue pour le FN.
  • Exposition des banques françaises au risque italien : The road to Rome. « À la fin de l’année dernière les banques françaises détenaient près de 100Md€ de dette souveraine italienne (el leur exposition à l’Italie était environ quatre fois plus grande). »

Grèce irresponsable ?

Que faire si la Grèce ne se réforme que mollement, et connaît un déficit chronique ? Le système européen d’aide aux pays déficitaires récemment adopté masque le problème qui est au coeur de la crise de la zone euro.

Sachant qu’elle fait courir au monde un risque systémique, la Grèce est en situation de prise d’otages. Or, l’irresponsabilité est devenue un sport international.
Problème de l’agence, disent les économistes.

Que peut faire l’Europe, si la situation se présente ? Deux idées :
  • La méthode Badgehot. Les gouvernants grecs sont remplacés par des représentants de l’Europe. Le pays est remis en ordre, puis rendu à son fonctionnement habituel.
  • Une technique que j’ai utilisée pour des filiales de groupe. Les dirigeants de la filiale concernée doivent présenter un plan de redressement. Un animateur extérieur les aide à le construire. Ce faisant, il s’assure qu’ils savent le mettre en œuvre. Ensuite, il n’y a plus qu’à suivre la réalisation du plan d’action. 

La zone euro casse son thermomètre ?

Que signifient les décisions récemment prises par la zone euro ?

  • Elles veulent l’isoler des marchés. Première étape : la dette grecque est entre les mains des pouvoirs publics.
  • Mais la manœuvre n’est qu’incomplète : le Fonds de solidarité n’a pas les moyens d’isoler de plus grosses économies (Espagne, Italie, France). Pour cela, il lui faut un volume d’eurobonds susceptible de déclencher une attaque cardiaque massive chez le contribuable allemand (et peut être même français).
  • Ce n’est qu’un début. Il reste le problème sans lequel rien ne serait arrivé : l’anémie économique de la zone euro.
Sa résolution exige certainement une modification structurelle de la société européenne. Difficile de la voir réussir sans une crise grave, politique, comme le dit mon premier billet de la journée.

Bref, si la zone euro n’éclate pas, l’avenir européen est à une transformation sociale – bien plus qu’à un fédéralisme mollasson – difficilement imaginable aujourd’hui. Pour l’instant, nos gouvernements cherchent surtout à repousser le jour du jugement dernier.