La gloire de Gramsci

En me penchant sur le cas Eric Zemmour, j’ai découvert que, lui aussi, se réclamait de Gramsci. 

Gramsci a eu une gloire posthume extraordinaire. Leader communiste, mais non affilié à Staline, il a eu bien des difficultés avec Mussolini, ce qui a probablement abrégé sa vie. Ses théories ont d’abord été reprises, après guerre, par la gauche intellectuelle post moderniste avant d’être adoptées par l’extrême droite et la droite (M.Sarkozy, notamment). Ces dernières avaient constaté l’extraordinaire efficacité de cette méthode qui a radicalement changé notre façon de voir les choses (du moins ce que les philosophes appellent la « doxa »). 

Si j’ai bien compris, pour Gramsci, Marx a tort : le capitalisme n’a pas de faille de constitution. Comme on dit en physique, tous les régimes politiques sont des équilibres stables. Il faut donc les pousser dans la direction que l’on juge la bonne. Malheureusement, le peuple est trop bête pour comprendre son intérêt. Eh bien c’est par là qu’il faut agir ! Son « bon sens » le faisant aller à l’envers de ses intérêts, il faut en user habilement, pour l’amener là où il ne veut pas aller. 

A moins que l’on fasse endosser à Gramsci ses propres intentions ?

Gramsci trahi ?

Gramsci a eu un gros succès posthume, on s’est revendiqué de lui d’abord à gauche, puis à l’extrême droite. Ce qui nous permet de comprendre ce que l’on nous a raconté ces dernières années. Notamment ce fameux « bon sens » qui m’était si désagréable durant l’ère Sarkozy.

On a interprété la pensée de Gramsci ainsi, si j’ai bien compris. Le peuple ne peut pas comprendre son intérêt. Si l’on veut le faire changer (pour son bien, cela va sans dire), il faut donc instrumentaliser son « bon sens » pour le faire aller, sans qu’il s’en rende compte, là où il ne veut pas aller. Autrement dit, masquons nos intentions. C’est la post vérité.

Il est difficile de savoir ce que pensait Gramsci. Cette pensée était subtile, c’était un dirigeant du parti communiste italien opposé aux Bolchéviques, et en évolution permanente. Il a même refusé de laisser une synthèse de son oeuvre. Mais, je crois que c’était le contraire de ce qu’on lui a fait dire :

J’ai l’impression qu’il était proche de Proudhon. Tout d’abord, il estimait peu les intellectuels, qui n’avaient jamais rien apporté au peuple. Il espérait faire sortir du peuple, par l’éducation, d’autres intellectuels, qui défendraient les intérêts des leurs.

Les Gilets Jaunes seraient une application de ses idées  : une prise de conscience par le peuple qu’il s’est fait flouer. Ainsi que la réaction de l’intellectuel : il a dénoncé le Gilet Jaune comme un fasciste.

(France Culture : avoir raison avec Antonio Gramsci.)