Internet, défaite du marché ?

L’économiste juge que Google est un monopole dont on ferait bien de s’occuper.
Ce qui est curieux dans cette affaire est qu’à l’époque de la « Nouvelle économie », Internet était vu comme le don de Dieu à l’Humanité, annonce de la Victoire Finale, et imminente, du Marché. Or, la particularité d’Internet est d’installer des monopoles quasiment absolus.
Et si c’était cela le marché ? Des effets-réseaux tellement forts qu’ils donnent des vainqueurs absolus ?
Compléments :
  • Internet et ses effets vus par deux économistes : SHAPIRO, Carl, VARIAN, Hal R.,Information Rules: A Strategic Guide to the Network Economy, Harvard Business School Press, 1999.

Xoogle

Google se serait bureaucratisé et perdrait, en conséquence, ses employés. (Xoogle = ex Google.)
Cela expliquerait ses curieux projets (énergie éolienne, voiture sans pilote…) : ils cherchent à dérider ses cadres à haut potentiel. (How long will Google’s magic last?)
Compléments :
  • Soutien à une de mes vieilles théories : l’entreprise américaine devient bureaucratique en vieillissant ? Incapacité à créer une culture d’entreprise autre que taylorienne ? Malédiction de l’individualisme ?

Sortie de crise

Il y a quelques temps je lisais ce que disait un dirigeant de Google, qui encourageait son pays à développer les innovations américaines, plutôt que de défendre des secteurs économiques dépassés par la concurrence étrangère.
Je soupçonne effectivement que c’est comme cela que l’on sortira de la crise. Il faut regarder le savoir faire de chaque entreprise et nous demander ce qu’il a d’original et en quoi il pourrait être utile à l’homme, et, donc, que faire pour cela.
L’économie de marché, c’est l’échange. Plus je produis de choses originales, plus je peux échanger. Mais pour cela plus j’ai besoin que l’autre produise de choses que je ne sais pas produire – sinon il n’aura rien à échanger avec moi. Tout le monde y gagne. C’est magique. C’est ce qu’a découvert Jean-Baptiste Say il y a déjà fort longtemps.
Compléments :
  • Ce savoir-faire n’est pas forcément « l’innovation de rupture » à laquelle pense Google. Beaucoup de très grandes innovations ont été organisationnelles (comme la grande surface), et tout le succès allemand est basé sur une amélioration continue à petits incréments, qui finit par construire des avantages indestructibles.
  • SAY, Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.
Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.
(Google aurait emprunté l’expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Google investit dans le vent

Google investit dans l’industrie éolienne. Hier il avait des projets dans l’automobile. Quelle est la logique de cette stratégie ?
Les dirigeants de Google ne sont peut être simplement que des gens intelligents qui ont fait fortune très vite dans quelque chose qui ne leur a pas demandé une spécialisation forte, et qui n’a pas marqué leur personnalité. Maintenant, ils utilisent leur argent pour faire ce qui les stimule intellectuellement. De même que Bill Gates (qui lui a été beaucoup plus déformé par son expérience) cherche à réparer les problèmes du monde.
Compléments :
  • Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation. 

Microsoft et smartphone

Nouveau système d’exploitation pour « smartphone » de Microsoft. Le marché est énorme, mais Microsoft n’arrive pas à y pénétrer.
Une personne interviewée par la BBC ce matin ne semblait pas être épatée. Rien de neuf. De toute manière Microsoft n’a aucune chance de rattraper Apple, ou l’Android de Google. Il se bat au mieux pour un strapontin.
The Economist pense que Microsoft va finir par acheter RIM, qui produit le Blackberry.

Compléments :

  • Très intrigante idée : la stratégie de Microsoft a été le bundling, l’étendue d’une offre qui tuait tout adversaire qui n’en attaquait qu’une partie. Or, ce qui lui fait défaut aujourd’hui, dans le cas du Smartphone, est exactement le manque d’une telle offre. Ce bundling était-il la clé de voûte de l’édifice Microsoft, ce qui guidait son comportement ? Si oui, comment la recette a-t-elle pu être perdue ?

Net neutrality

Avant-hier, je parcours un article de The Economist sur une manip de Google et Verizon. Si je comprends bien, il s’agit de construire un Internet a plusieurs vitesses, de faire ce que les économistes appellent de la « discrimination » : mauvais service pour les pauvres, bon pour les riche. (Tristes) réflexions spontanées :
  • Hypocrisie anglo-saxonne : la devise de Google « don’t be evil » ne tient pas longtemps face à ses intérêts. Une fois de plus la fin justifie les moyens. Zéro de conscience.
  • Comment survivre dans un monde libéral où l’individu isolé doit faire face à des monstres comme Google, qui ont des moyens et des connaissances infiniment supérieurs aux siennes et qui peuvent le déposséder sans même qu’il s’en rende compte ?
Sur ce, hier, je tombe sur un article qui parle de manifestations contre cette manœuvre. Elles reprennent mon argument « don’t be evil », mais, plus subtilement, elles rappellent à Google qu’il doit son existence même à un Internet gratuit. Nouvelles réflexions :
  • Force de la démocratie américaine, qui s’est adaptée aux conditions du libéralisme.
  • Investissement que cela représente : le peuple doit avoir la capacité de décoder les manœuvres de multinationales peuplées d’équipes d’experts surpayés qui ne poursuivent qu’un intérêt unique, et ont une capacité au coup de Jarnac colossale (lobbying) ; il faut aussi que des gens veuillent bien se mobiliser et passer leur week-end à manifester.
Curieuse culture double : d’un côté l’intérêt aveugle et monomaniaque, de l’autre une abnégation totale, et une détermination toute aussi monomaniaque, le héros des films hollywoodiens et le Tea Party. 

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.
Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux.