Nouvelle vague

J’entendais l’autre jour Jean Rochefort parler avec émotion de l’impression que lui avait faite « A bout de souffle ». Renouvellement d’un cinéma qui n’avait plus rien à dire. Décidément, la nouvelle vague, qui me paraît terriblement ringarde, ridicule et datée, correspondait à quelque chose de vraiment important pour la jeune génération de l’époque.

Qu’est-ce que je lui reproche, d’ailleurs ? Je la soupçonne d’avoir appauvri le cinéma en laissant croire aux réalisateurs qu’ils pouvaient laisser libre cours à leur génie, sans contrainte et sans travail.

Curieusement, cette tendance n’a pas affecté les cinéastes de la nouvelle vague, en dehors de Godard. Des gens comme Truffaut ou Rohmer, par exemple, me semblent avoir produit une œuvre très classique. Peut-être ont-ils profité de la culture qu’ils avaient reçue, contre laquelle ils se sont révoltés, et qu’ils ont refusée à la génération suivante ?

Miss Blandish

Film de Robert Aldrich (Pas d’orchidées pour Miss Blandish, en fait). Étranges personnages. Bêtise à l’état pur. Par la moindre étincelle d’humanité. Un peu comme dans les films des frères Cohen, ou, différemment, chez Arnaud Desplechin. Ne sachant pas quoi penser, j’ai lu ce qu’écrivait Jean Tulard de Robert Aldrich (Dictionnaire du cinéma) :

Il fit des débuts fracassants. En trois films, les genres chers à Hollywood volaient en éclats.

Il n’y a pas de plus grand compliment que puisse faire un critique français à un réalisateur : bousculer les conventions, se jouer des règles de la tradition, les pervertir…

Curieusement, je trouve que l’œuvre des révolutionnaires (comme celle de Godard ou les premiers films d’Aldrich) fait son âge. Elle est marquée par son époque, et elle n’est même que cela : une révolte sans autre ambition que de dénoncer ce qui se faisait alors. Les chefs d’œuvre intemporels me paraissent avoir obéi aux règles. Serait-ce là l’utilité des conventions : transformer le talent en génie ?

Bellamy

Dernier film de Claude Chabrol.

Les films de Claude Chabrol me laissent curieusement indifférent. C’est pour cela que j’ai choisi ce film : j’avais besoin de couleur et de calme. Les affres du changement, c’est bon pour les autres.

Je n’ai pas été déçu. Mais quelque chose a fini par me surprendre. Ce téléfilm m’a semblé avoir 50 ans. La façon de parler de Depardieu m’a fait penser à Maigret. C’était frappant. D’ailleurs c’est une intrigue « psychologique » à la Simenon. Il ne se passe rien. Plus frappant : les rapports humains ne me semblent pas ceux auxquels je suis habitué. Il y a une sorte de déférence, de respect, qui s’est perdu.

J’ai regardé le dossier de presse. Effectivement, le film est un hommage à Simenon. Chabrol approche des 80 ans, ce qui peut expliquer qu’il soit attaché à un autre temps. Il parle :

« A un moment donné, Bellamy dit de son frère Jacques : « Je ne pouvais plus supporter son visage d’ange. » Bien entendu, il s’agit d’une projection de ce que lui-même n’est pas. Par la suite, c’est l’inverse qui se produit : Bellamy représente, aux yeux de son frère, une sorte d’ange que lui ne peut pas réussir à atteindre, ni à détruire. Car, si Jacques incarne la part d’ombre de leur fratrie, c’est parce que Bellamy a lui-même éteint sa part de lumière. »

Je n’avais pas saisi.