Viande de cheval et supply chain

On découvre dans des plats congelés de la viande qui ne devrait pas y être. En même temps, on s’étonne de la complexité des circuits d’approvisionnement. Et surtout, on constate que nos systèmes de contrôle européens ne fonctionnent pas.

Pourtant tout ceci est connu depuis longtemps, et décrit. Il est surprenant que l’on s’en étonne. Le principe même de la « globalisation » de ces 30 dernières années est de trouver des pays qui ne respectent pas nos droits de l’homme ou nos normes sanitaires, afin de réduire les coûts de fabrication des produits que nous consommons. Il en est d’ailleurs de même des normes environnementales (voir : Les conséquences imprévues du protocole de Kyoto ?). 

Globalisation : le reflux

Les banques, européennes notamment, reflueraient avec armes et bagages vers leur territoire national. Elles pourraient entraîner avec elles une partie de l’économie multinationale, dont le financement va se compliquer.

Raisons ? Tout d’abord, le retour à une gestion prudente rend insoutenable leur expansion internationale. Ensuite, les contribuables qui les ont renflouées pensent normal qu’elles financent leur économie, et achètent la dette de leur pays. (Article de The Economist : The retreat from everywhere)

Le protectionnisme a le vent en poupe ?

Ceci pose quelques questions :
  • Ce reflux, comme le flux, ne risque-t-il pas d’être trop brutal, et de laisser quelques pays fragiles le ventre en l’air ?
  • Que le repli soit brutal sous entend probablement que l’expansion des banques était peu saine, voire spéculative. Que nous n’ayons pas connu de croissance importante, même avant la crise, peut aussi signifier que leur argent ne servait à rien d’utile. 

Angleterre, propriété privée ?

La City of London (billet précédent) parle d’une alliance presque immédiate entre la noblesse et la nouvelle immigration financière. En lisant cette phrase, j’ai eu une idée extrêmement bizarre. Et si L’Angleterre était la propriété d’une classe minuscule ? Et si ces gens avaient trouvé un moyen extraordinairement intelligent d’entretenir leur fortune, et leurs propriétés, pour les siècles des siècles ?

Ils auraient fait de l’Angleterre un paradis des affaires qui aspire le talent et les capitaux étrangers : banquiers allemands, puis américains, oligarques russes, multinationales indiennes, dictateurs divers… Ces nouveaux arrivants ont signé un marché avec la haute société anglaise : la puissance d’une nation au service de leurs intérêts, en échange d’emplois extrêmement rémunérateurs. S’ils réussissent, ils sont anoblis.
Peut-être que The Economist voit juste lorsqu’il dit que la mission de La City est « de traire la globalisation ». Et si les locataires de l’île pillaient les ressources du monde et reversaient une quote-part du larcin aux propriétaires du lieu ?  
Compléments :

Efficacité syndicale : France et Allemagne

Gandrange… Les syndicalistes français parlent de « défendre l’emploi ». L’affaire me semble désespérée. Ma théorie.

  • Les patrons français, il y a déjà fort longtemps, ont choisi d’apporter les compétences de leurs entreprises et de leurs sous-traitants aux pays émergents, et de ne pas ou peu faire progresser le tissu économique national.  Les syndicats français, dont la seule arme est la nuisance, ont encouragé indirectement ce phénomène.
  • Par contre, l’Allemagne a cherché à protéger ses ressortissants. Elle a voulu leur permettre de compenser le handicap de leurs coûts salariaux par un niveau de savoir-faire inégalé. Elle a délocalisé, certes, mais seulement le strict minimum qu’elle jugeait à faible valeur ajoutée. Surtout, ses entreprises se protègent par une innovation incessante et des brevets.
Tentante explication culturelle : l’Allemagne se voit comme une « race » homogène, la France est toujours féodale

Les Français veulent une ligne Maginot ?

J’entendais ce matin France Culture dire que les « études qualitatives » faites par les candidats à la présidentielle montraient que le thème de la frontière était essentiel pour le Français. C’est de là que viendrait l’emportement de M.Sarkozy contre Schengen.

Curieusement, ce thème est très ancien. J’en parle d’ailleurs déjà dans Crise de la représentation politique. Voici ce que je tirais d’un ouvrage sur les transformations de la France :

[Le Français] perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.
Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’État providence pour Attac).

Malheureusement, jamais les Lignes Maginot, ou les grandes murailles n’ont réussi à garantir les civilisations des barbares. D’ailleurs, le Français ne veut pas se protéger de la globalisation, mais de ses effets nocifs. Pourquoi nos courageux futurs gouvernants ne s’attèleraient-ils pas à convaincre leurs confrères puissants de mettre un peu d’ordre mondial dans ce phénomène ?

Angleterre, nid de forbans ?

« Ce en quoi le pays est fort, ce sont les services financiers et c’est attirer les capitaux internationaux, en bref traire la globalisation ». Voici comment The Economist (This way, sir) caractérise l’économie anglaise.

Pour lui, l’industrie est morte, l’Angleterre n’a plus que la City. Conclusion : soutenons le gouvernement qui veut réduire les salaires des pauvres et les impôts des riches. C’est ainsi que l’on attirera les financiers et créera les meilleures conditions pour les affaires.

Les Anglais approuvent-ils cette vision de leur avenir ? Et, si, au contraire, c’était la City qui empêchait toute autre industrie de pousser en Angleterre ? D’ailleurs, le monde doit-il accepter de se faire « traire » par l’Angleterre ?

Globalisation et diffusion du modèle social européen

Radio, débat sur la globalisation. Dès que l’on parle globalisation, le Français est présenté comme une autruche, un ringard. Il va bien falloir qu’il comprenne qu’il doit abandonner ses avantages acquis de paresseux.

Mais les dits avantages acquis sont-ils contre nature ? Non seulement ils résultent de l’histoire et de l’aspiration d’une écrasante majorité des peuples concernés, mais les ressortissants des pays émergents les appellent de leurs voeux.

D’ailleurs, la globalisation est-elle synonyme d’une concurrence sans foi ni loi, qui nous ramènerait fatalement aux romans de Dickens ? Et la France est-elle sans pouvoir dans cette globalisation ?

N’est-elle pas un membre important de l’Europe, qui est elle-même la première puissance économique mondiale, et surtout une démocratie solide? Or, n’est-ce pas cela ce que le monde recherche : la recette du capitalisme et de la démocratie ? Pourquoi, alors, l’Europe, stimulée par notre pays, ne serait-elle pas le « donneur d’aide » du monde, et ne lui apporterait-elle pas le fruit de sa longue expérience ? 

Et la France ne possède-t-elle pas une ouverture d’esprit et des idéaux bien plus séduisants que le matérialisme méprisant de l’Europe du nord, médiocre et replié sur soi ? Et si la France redevenait le pourvoyeur des idées généreuses du monde ?

La globalisation joue pour Ponzi

Ponzi a le vent en poupe aux USA, au moins. Son terrain d’élection : la confiance. D’ailleurs les réseaux sociaux ont été une bénédiction pour lui. (Fleecing the flock)

Si j’en crois le billet précédent, la globalisation est naturellement favorable à l’escroc. Double effet : désir de gain rapide, et nécessité de se protéger. Dans ces conditions, nous sommes sans défense face à un ami qui veut nous enrichir… 

Globalisation, confiance et coût de transaction

« Seules les tribus rendues solidaires par un sentiment d’appartenance peuvent survivre dans le désert ». Remplacez désert par « économie globalisée » et cela décrit fort bien le monde moderne.

Partager une même culture est un facteur de confiance, qui abaisse le « coût de transaction ». Ce qui donne un avantage concurrentiel aux diasporas chinoises, indiennes, ou à l’Angleterre et ses colonies.  (The power of tribes)
La globalisation comme une agression permanente ? Seul moyen d’y résister, avoir / se faire des amis ?

Justification des gros salaires

Les gros salaires anglais sont attaqués de tous côtés. The Economist a trouvé un argument imparable pour les défendre. La globalisation. Il y a alignement des responsabilités et des rémunérations des patrons mondiaux.

En 12 ans, le salaire des patrons a triplé, mais est resté stable pour le reste de la population. (Bosses under fire) Pour elle, la croissance, c’est fini. Autre conséquence de la globalisation ?

Avec des défenseurs comme The Economist, le capitalisme n’a plus besoin d’ennemis.