La globalisation victime du virus ?

Les organismes internationaux de la santé s’inquiètent de la possibilité que la nouvelle variante du virus échappe aux vaccins, dit le Financial Times. 

Cela m’a fait penser à une opinion entendue au début de l’épidémie de Sida. Selon elle, tout se passerait comme pour les maladies vénériennes : on ne pourrait pas l’éliminer, mais on parviendrait à vivre avec. Effectivement, l’épidémie a été contrôlée, mais pas arrêtée. Et on y est arrivé en maintenant en vie ses victimes, mais, surtout, par un changement de comportement. 

Le ressort de la globalisation était le très faible coût du transport. Il permettait de mettre en concurrence les nations. Entre élevage, congélation, découpage, conditionnement, consommation, un poulet pouvait être transporté dans plusieurs pays. Aujourd’hui, dépendre d’approvisionnements étrangers devient dangereux. Le virus semble avoir trouvé le talon d’Achille de la globalisation. 

Pour éviter les effets des variants du virus sur le transport international, leurs conséquences, et, surtout, l’incertitude qu’ils créent, le circuit des échanges et des déplacements humains devrait être amené à évoluer radicalement dans les prochaines années. 

Panne de gaz

« Gas crunch » dit le Financial Times. L’offre ne suit pas la demande. Augmentation de prix sévères à prévoir pour les entreprises consommatrices de gaz et les ménages.

Décidément, cela n’arrête pas. 

Il est possible que cela signifie que les épidémies fassent faire à l’économie du yoyo, et qu’elle n’y soit pas adaptée. (D’autant que le yoyo encourage la spéculation ?) Il est aussi possible que la fameuse « supply chain » qui faisait des miracles pour répartir les productions de biens là où le marché donnait les prix les plus bas soit en train de montrer ses limites. D’autant que les nations semblent tendre à réserver leurs ressources pour leur propre industrie.

Faut-il, en urgence, repenser la « globalisation » ?

Le monde d'avant accélère

« Les investissements USA / Chine font mentir les tensions géopolitiques. Les chiffres montrent que les efforts de l’administration Trump pour découpler les économies ont échoué. » Disait le Financial Times. 

Le monde d’avant, celui de la globalisation et de la délocalisation, a des raisons qui n’ont pas été ébranlées ?

La globalisation a été mue par le phénomène de « l’oligarchie » au sens russe du terme. Quelques personnes bien placées ont livré les secrets de fabrique de l’Occident en échange d’un enrichissement rapide. Enrichissement auquel beaucoup de sans grades ont participé d’ailleurs. En remplaçant les salaires occidentaux par ceux des pays « hors économie de marché » on faisait apparaître immédiatement de grosses économies. Bien entendu, quand on arrivait sur le terrain, on découvrait qu’il n’y avait pas que le salaire qui comptait, il y avait aussi une connaissance tacite qui avait demandé des siècle à se constituer. Mais il était trop tard. De toute manière, entre temps, le tissu économique occidental avait perdu son savoir-faire. Et ceux qui avaient pris ces décisions avaient été promus. 

La globalisation correspond à la logique de l’économie de marché. Dans cette logique un pays en dehors de cette économie ne « vaut rien ». Il est donc normal qu’il soit envahi. Ensuite, selon le raisonnement de Jean-Baptiste Say, il se passe un phénomène vertueux : plus de gens échangent, et plus, individuellement, ils sont riches. Au lieu d’une économie de subsistance dans laquelle tout le monde fait la même chose, chacun se spécialise et profite de ce que les autres ont produit. 

Pour que cette logique marche, il ne faut pas que les nouveaux entrants dans l’économie de marché soient simplement « moins chers », cela tue l’échange, il faut qu’ils produisent du « différent ». La voiture chinoise, par exemple, doit correspondre à un segment de marché qui n’existait pas. Pour le moment, c’est là que le changement coince. 

Droits de l'homme pour un monde durable

La première revendication des séparatistes anglais fut de s’extraire de la cour de justice européenne des droits de l’homme. Voilà qui est étrange pour une nation occidentale, et, probablement, même, pour celle qui est à l’origine du concept. Nouvelle perfidie d’Albion ? 

Années 90. Ce qui frappait les entrepreneurs qui allaient en Chine, c’était les conditions de travail des indigènes. On m’a dit à cette époque que ce qui faisait l’intérêt économique de ce peuple n’était pas le bas coût du travail, mais le fait que la vie ne comptant pas, il ne fallait pas la protéger. Ce qui, pour une fonderie, changeait beaucoup de choses. 

Et si le véritable moteur de la globalisation avait été de fuir la contrainte des droits de l’homme ? Paradoxal : on n’a jamais parlé autant de droits de l’homme que ces 30 dernières années !

Et si notre virus venait de là ? Il ne faut pas demander à des humains rejetés par la société de respecter la nature ? Et si un monde durable commençait par les droits de l’homme ? Indignez-vous ?

Juste globalisation

Il y a globalisation et globalisation. Bébé et eau du bain. 

Les épidémies viennent de la globalisation, dit-on. Plutôt, elles sont causées par « une » globalisation. Celle que l’on dénonce depuis bien longtemps, et qui veut que l’on élève des poulets à un endroit, qu’on les congèle à un autre, qu’on les découpe dans un troisième, et qu’on les consomme dans un quatrième, avec des voyages en avion entre étapes. Et cela parce que le monde est guidé par la « valeur » que le « marché » attribue à ce qui fait notre vie. Ce qu’il appelle « arbitrage ». Dans cette logique, tout ce qui nous est essentiel, l’eau, l’air, l’équilibre des écosystèmes, l’amitié, le droit du poulet… n’a aucune valeur. 

Cela produit des « externalités négatives », reconnaît l’économie. La bonne gestion financière a pour conséquence des dettes colossales ! Et en termes de vie humaine ? 

Mais la globalisation, la vraie, c’est aussi l’entraide, la paix. Que la Chine permette à ses scientifiques de coopérer avec leurs collègues, et qu’elle ne cherche pas à envahir Taiwan. Et cela, on n’en a jamais eu plus besoin.

Déficit du commerce extérieur : une question d'exportations ?

Le déficit de la France se creuse. Sommes-nous de mauvais exportateurs ?

  1. Nous avons des super champions de l’export (Airbus, l’auto, le luxe, l’agro, l’armement, le tourisme – un export à l’envers, etc.). 
  2. Mais ce sont des multinationales, les PME exportent peu.  
  3. Notre déficit est nettement moins élevé que celui d’un pays qui n’a de leçons à recevoir de personne en termes de dynamisme entrepreneurial : les USA. 
  4. Et le coronavirus, comme d’habitude, rajoute une couche de complexité : il a attaqué ce que l’on exportait, et nous a forcés à importer ce que nous ne fabriquions pas. 

Voilà pourquoi on parle tant de souverainisme, et de circuits courts ? Si nos grandes entreprises achetaient à nos PME, nous n’aurions plus de déficit ? Qui sait ? 

  • C’est peut-être ce qui se passait jadis. 
  • Ce qui expliquerait que nos PME n’aient pas pris le réflexe export, plus généralement autonomie. Elles fournissaient nos multinationales.  

Conclusion ? Le déficit du commerce extérieur n’est peut être pas un problème d’exportation !

Années 20, années folles ?

L’année dernière, je me demandais si les années 20 seraient des « années folles ». 

Le puritanisme a envahi notre vie, qui est devenue bien triste. Allions-nous nous en libérer ? Espoir déçu. Au moins, une expression est venue nommer notre situation : « cancel culture ». La réaction s’organise ?

Ce qui n’était par prévu, c’était le virus. Pourtant, on nous l’annonçait depuis longtemps. Mais nous avons l’habitude de ne pas prendre au sérieux notre gouvernement. Nous le jugeons incompétent. Et nous pensons qu’un incompétent est incapable d’aucune prévision. Mais, s’agissait-il bien d’une prévision ?

Les agriculteurs ont de l’avance sur nous. Chaque année, ils sont victimes d’une maladie ou d’une autre. Quand on leur demande quelle en est la cause, ils répondent : « la globalisation et le changement climatique ». Ce que nous appelons des « années folles » ne l’ont peut être pas été pour la grande majorité de la population. Les dernières décennies auraient-elles étaient « folles » pour certains ? Les mêmes causes, les mêmes effets ?

Le paradoxe du coronavirus

Statistiques d’infection par le coronavirus. Curieusement, on a l’impression qu’il n’y a que les pays « développés » qui soient touchés. L’Afrique et l’Asie, en dehors de la Chine, de la Corée, du Japon et de Singapour, ne seraient pas contaminées.

Pas de contact avec la Chine ? Il n’y a que certains Chinois, qui voyagent dans certains pays, qui seraient infectés ? Où seules comptent les vies des citoyens des pays riches ?

Si c’était le cas, ce pourrait être un des bénéfices de la mondialisation. Car, alors, cela signifierait que, dès qu’une nation peut paralyser le système global, on devrait veiller à sa bonne santé…

M.Macron : une guerre de retard ?

Lorsqu’on lit l’histoire de M.Macron, on entend parler les hautes sphères du monde d’il y a vingt ans. (Et le gouvernement Sarkozy.)

Il est recalé deux fois à Normale Sup, mais il ne se laisse pas abattre, part à Sciences Po, réussit l’ENA, et grâce à son enthousiasme plus qu’à son intellect ?, termine 5ème, et entre à l’inspection des finances. De là il pénètre dans le nombre infime des puissants qui font la France, puis chez Rothschild, fréquente la jet set internationale, et c’est la Commission Attali, et le gouvernement. Conclusion ? J’ai travaillé dur, et j’ai réussi grâce à mon mérite. Et ce monde que j’ai trouvé est fort agréable. Pourquoi mangez-vous du pain (rassis) et pas de la brioche ?  C’est ce qu’écrivait l’oligarque de tous les pays, lorsqu’on lui parlait inégalité. Donc, ceux qui sont dans la mélasse ne sont pas méritants. Ou, comme M.Macron nous aime bien : les Français sont des attardés, qui n’ont pas compris les beautés des conseils d’administration.

Mais la globalisation, c’est fini, au moins pour quelques décennies. Le monde est aux mains des Xi, Poutine, Erdogan, Trump, Al Sissi et autres hommes forts de moindre renom. La clique à laquelle M.Macron rêvait d’appartenir n’existe plus ? M.Macron : comme tout bon Français, vous avez une guerre de retard ?

Globalisation et protectionnisme

M.Trump n’est pas un clown, disait un de mes précédents billets. Il représente un des principaux courants de pensée historiques. C’est l’anti globalisation, qui est associée aux très anciennes thèses dites « protectionnistes ».

Richesse et compétences des nations
Son idée est que les nations acquièrent des savoir-faire, tels que la fabrication textile, la construction d’avions, la conception de produits de luxe, grâce à un travail de la société long et complexe. Cela exige un investissement colossal. Ces savoir-faire sont quasiment impossibles à acquérir par d’autres. Comme le démontre la France, on ne crée pas des « champions nationaux » en un claquement de doigts. En nourrissant l’innovation, ces savoir-faire font la richesse d’une nation. Une simple observation peut convaincre de la force de ce point de vue : des continents entiers sont incapables de créer de nouvelles industries, en dépit de siècles d’efforts et parfois en ayant profité de mannes financières gigantesques (Arabie Saoudite, et, périodiquement, Amérique du sud), ils demeurent des fournisseurs de matière première.

L’innovation est un cercle vertueux. Car c’est aussi l’innovation qui fait que le pays demeure compétitif dans un de ses métiers culturels. Si l’industrie textile a disparu de France, ce n’est pas de la faute de salaires élevés, mais, plus probablement, du fait de l’incompétence des gestionnaires de ces filières, incapables de faire leur métier d’innovateur intelligent. La destruction créatrice de l’innovation ne remplace pas de vieux métiers, elle les rajeunit.

Le protectionnisme n’est pas une autarcie. Ses théoriciens expliquent que la création d’un nouveau savoir-faire est un exercice difficile. Comme une plante naissante, il faut le protéger du vent, de la concurrence. Mais, une fois que le savoir-faire est solide, il n’y a plus besoin de protection. On peut alors échanger les biens produits sans précaution. Et c’est dans l’intérêt de l’humanité.

Détail intéressant : l’innovation est une question de « cluster ». On parle de « copétition ». L’innovation est favorisée par la proximité d’entreprises qui sont stimulées les unes par les autres. Elles sont concurrentes tout en s’imitant. La globalisation est l’antithèse de ce creuset créatif.

Les principes de la globalisation
La globalisation des dernières décennies, avec sa fameuse « supply chain », a conduit à transférer ces savoir-faire dans les pays dits à « bas coûts ». Les pays d’origine ont perdu, peut-être définitivement, leurs compétences. Car ces compétences sont faites d’un écosystème difficilement concevable de petites entreprises complémentaires, et très fragiles.

La globalisation a pu avoir des motivations peu durables. En exploitant les différences de salaires entre nations, il était possible de gagner beaucoup, sans effort, sans innovation. Mais elle repose peut-être aussi sur des idées respectables. Lorsque la France et l’Angleterre (de Mme Thatcher) ont laissé sombrer des secteurs qu’ils jugeaient sans avenir, ils pensaient que l’argent qui les irriguait irait ailleurs, où il serait mieux employé. Il est possible que les chantres de la globalisation aient pensé de même. En poussant les vieilles industries à l’Est, cela ferait de la place aux industries de demain. L’expérience a échoué.

Dialectique du protectionnisme et de la globalisation
Il y a quelque-chose de mystérieux dans le capitalisme, c’est que certaines nations parviennent à créer des industries, et d’autres pas. Peut-être est-ce une question culturelle. Peut-être aussi que le temps de la création est passé. Pour autant, pouvons-nous laisser crever ceux qui ne parviennent pas à acquérir de compétences créatrices ?

La France et l’Allemagne produisent toutes les deux des voitures, sans que l’industrie de l’une ait tué celle de l’autre. Cela vient de ce que les savoir-faire sont différents et qu’ils correspondent à des besoins différents. Il pourrait en être de même pour le monde. Sans perdre nos compétences, nous pouvons les installer ailleurs. Avec un peu de chance, la culture locale en fera quelque-chose que nous ne savions pas faire. Et tout le monde y gagnera.