Curieux président

Il y a quelques temps, France Culture évoquait le président Giscard d’Estaing. Le sociologue Pierre Birnbaum rappelait qu’on lui devait une avalanche de réformes libérales. Une émission revenait sur la vie de Bocasa, empereur de Centre-Afrique, que V.Giscard d’Estaing appelait « cher parent », mais qu’il a fait renverser. (Une coutume familiale : Bocasa avait lui même renversé un de ses parents.) Ce dont Bocasa s’est vengé par « l’affaire des diamants », qui a fait le bonheur du Canard Enchaîné, et de ses lecteurs, qu’exaspérait M.Giscard d’Estaing. 

Je me souviens aussi que l’on disait que M.Giscard d’Estaing était très fier de descendre de Louis XV (ce qui, apparemment, était faux), et qu’il avait une attitude que la Reine d’Angleterre trouvait déplaisante.

Pour le libéralisme, M.Giscard d’Estaing a été un homme de son temps, pour le reste, aurait-il été victime d’une forme « d’hybris » ? 

Valéry Giscard d'Estaing

J’entendais dire que le collège unique a produit l’opposé de ce qui en était attendu. Cela m’a fait penser à « la misère de la petite bourgeoisie » de Bourdieu : le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing avait pour objet de faire du Français un petit propriétaire. Du coup nos concitoyens s’étaient trouvés dans des cages à lapin, et couverts de dettes. Il les avait transformés en forçats !
Valéry Giscard d’Estaing avait-il un plan machiavélique ? Ce que j’ai trouvé sur lui ne semble pas le prouver. Il paraît avoir voulu mettre la France à la page. Ce qui est surprenant, lorsque l’on considère l’image de grand seigneur d’un autre siècle que l’on a souvent de lui. Il a été probablement le plus grand réformateur de la 5ème République. Quant au collège unique, il dit avoir voulu donner au Français quelque chose qu’il désirait ardemment. Seulement, il a été trahi par la mise en oeuvre de la mesure. Car il voulait un enseignement de haut niveau.
Il oublie surtout que si le Français désirait que ses enfants fassent des études, ce n’était pas pour elles-mêmes, mais pour leurs débouchés. Or, le collège unique, puis l’enseignement supérieur pour tous, ne pouvaient que produire un excès d’offre pour certains postes et une insuffisance pour d’autres. C’était la certitude du chômage, et du déclassement.
Aucun changement n’est définitivement raté. Cependant, il serait tout de même bien que nos gouvernants envisagent de temps à autres les conséquences de leurs actes. Et mettent en place un processus de « mise en oeuvre du changement », du type de celui utilisé pour l’euro.

Quelle est la fonction de l'Académie française ?

​ »On ne guérit pas les plaies en les léchant avec une langue de bois. » Une citation de Valérie Giscard d’Estaing, que je dois à Jean-Jacques Auffrère.
Dire que cet homme (VGE) est académicien !, ai-je pensé. Mais l’Académie n’a-t-elle pas toujours été composée de beaucoup de gens qui avaient peu de rapport avec la langue française ? Voici ce que dit wikipedia :
L’Académie française rassemble des personnalités marquantes de la vie culturelle : poètes, romanciers, hommes de théâtre, critiques, philosophes, historiens et des scientifiques qui ont illustré la langue française, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes d’État et des dignitaires religieux.
Seulement, l’Académie sert-elle à quelque-chose sinon à flatter l’amour propre d’esprits de second ordre ? (Parmi lesquels une masse d’ex soixanthuitards.)

La mission qui lui est assignée dès l’origine , et qui sera précisée le 29 janvier 1635 par lettres patentes de Louis XIII, est de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous. Elle doit dans cet esprit commencer par composer un dictionnaire : la première édition du Dictionnaire de l’Académie française est publiée en 1694 et la neuvième est en cours d’élaboration.

Pour qui voter : Obama ou Romney ?

Dans quelques jours l’Amérique vote. Quel est le bon choix, dirait VGE ?

Obama, c’est la continuité. Un président froid, hautain, méprisant, dont les belles intentions ont lâché à la première escarmouche. Et qui a jugé indigne de lui de se salir pour les défendre.
Quant au programme de Romney, c’est le retour, sans complexe, à Thatcher et Reagan. En mieux. Si le libéralisme a connu la crise, c’est parce qu’il n’a pas été assez loin.
Mais ce n’est qu’un programme. Car « la fin justifie les moyens » définit Romney. Toute sa carrière d’investisseur, que l’honnêteté n’étouffe pas, puis de candidat président, qui renie son passé de gouverneur, le répète. Est-ce pour cela qu’il se préoccupe peu de connaître ses dossiers ? Le moyen étant secondaire, son étude l’est aussi ?
Mais quelle fin poursuit-il ? Son intellect apparemment approximatif lui fera-t-il prendre des décisions dangereuses pour la planète ? Romney, c’est l’incertitude.
Pourtant, il a un atout. Le grand problème actuel de l’Amérique, c’est la paralysie de son système politique. Démocrates et Républicains se haïssent. Or sans accord, il y a Armageddon fiscal. Et si le pragmatique Romney pouvait amener son camp, celui des faucons, à transiger ?
Mais, cela est-il dans notre intérêt ? Ne serait-il pas bon pour notre santé que l’Amérique et ses idéologies prennent un bouillon ?
Comme le dit Max Weber (Le savant et le politique), la science est incapable de nous dicter nos décisions (mais elle peut dire comment les réaliser). L’avenir est imprévisible. Il appartient à ceux qui ont un projet. L’art du politique est l’éthique de la responsabilité, qui justifie le moyen par la fin (Romney), plus que l’éthique de la conviction, l’éthique des valeurs (Obama). 

Aimons les animaux comme nous-mêmes

Apparemment notre opinion des hommes est la même que celle que nous avons des animaux.

Quand on n’aime pas les animaux, on n’aime pas non plus les immigrés, par exemple. (Seeing Others as Less-than-Human | Psychology Today). Deux applications me viennent en tête :
  • Dans ma jeunesse, Le Canard Enchainé appelait Valéry Giscard d’Estaing un « viandard », un chasseur qui tue pour tuer. Quelle opinion a-t-on de l’homme quand on est un viandard ? La même que celle qu’avaient les rois, eux aussi de grands chasseurs ?
  • J’ai toujours pensé qu’il y avait une place pour les animaux, et une place pour les hommes. Je ne suis pas pour la fraternisation… 

M.Hollande aussi dangereux que M.Mitterrand ?

Il est curieux que les sondages aient finalement si bien prévu les résultats de la présidentielle. De mon temps, on disait que l’intervalle de confiance d’un sondage était de 3,2% pour 1000 interviewés (et en plus avec 95% de probabilité, si mes souvenirs sont bons). De plus la méthode des quotas devrait introduire une incertitude supplémentaire. On aurait pu s’attendre à des fluctuations. Mais la tendance a été nette.

Ce qui est aussi curieux est la similitude des scores entre MM.Hollande et Mitterrand.
M.Giscard d’Estaing avait suscité une énorme haine, que l’on a probablement oubliée aujourd’hui. Mais M.Mitterrand représentait la certitude des chars soviétiques sur les Champs Élysées.
Aujourd’hui aussi, beaucoup de gens haïssent M.Sarkozy, à commencer par son propre camp. Du coup, il est tentant de penser que M.Hollande suscite les mêmes peurs que M.Mitterrand. Finalement, les temps changent peu, la plupart des opinions sont figées, seule une fraction de l’électorat fluctue ?

Compléments :
  • Dernier point intrigant concernant M.Sarkozy, ceux qui se reconnaissaient comme de son bord formulent des critiques effroyablement assassines à son endroit, tout en disant que l’on ne peut que voter pour lui : L’exemple suisse.

Campagne présidentielle : drame shakespearien ?

Et si les prochains débats politiques devenaient un combat à mort ? Un après l’autre, chaque candidat disjoncte. Mme Le Pen refuse de répondre à M.Mélenchon, qui refuse de voir des journalistes. Quant à M.Sarkozy, ses rencontres avec le peuple finissent souvent mal.

La force de M.Sarkozy est, pourtant, de chercher à détruire l’adversaire. Pour cela il attaque là où on ne l’attend pas, c’est-à-dire là où il est faible. Tout ce qui devrait être un handicap : bilan, rigueur intellectuelle, affaires qui s’empilent, faiblesse face à l’Allemagne… sont oubliées, et, d’une certaine façon, reprochées à l’adversaire. Même les règles sociales fondamentales (ne pas faire perdre la face à l’autre) sont prises à contre.
Mais il a une réelle faille. Il a une revanche à prendre sur la vie. Il rejoue sans cesse son Vietnam de Neuilly. Le replacer dans la situation qui l’a marqué et qu’il n’arrive pas à dépasser, le regarder de haut comme un inconvenant ?, lui ferait perdre tout contrôle de soi.
Pourquoi en arriver à de telles extrémités ? Faut-il tirer sur une ambulance ? Comme à l’époque de M.Giscard d’Estaing, même son camp le joue perdant, et le lâche.

Mais la pièce aurait-elle la fin qu’elle mérite sans un dernier acte sanglant? Le ressort du drame shakespearien est l’individu qui se révolte contre l’ordre social. Et finit broyé. N’y a-t-il pas quelque-chose de cela ici ?

Compléments :

Le changement comme discours politique

J’entendais la radio dire ce matin que parler de changement en politique était une banalité. (M.Hollande serait-il banal ?) La mode aurait été lancée par M.Giscard d’Estaing, en 1974.

Faut-il s’en réjouir ?
  • Édouard Balladur. Il veut créer une économie sur le modèle allemand. C’est-à-dire avec des interrelations capitalistiques entre entreprises, qui empêchent toute prise de participation inamicale (étrangère). Malheureusement l’entreprise française manque de fonds, et ce système de « noyaux durs » l’assèche un peu plus. Elle saisira la première occasion pour se libérer de ses liens et s’ouvrir en grand aux capitaux étrangers, sur le modèle américain. (Transformation de l’entreprise française)
  • Martine Aubry. Pour éliminer le chômage, elle veut faire travailler le Français 35h, 10% de moins qu’auparavant. Pour la mise au point du dispositif, elle compte sur une négociation entre acteurs locaux. Malheureusement, ils n’y sont pas préparés. Les acteurs les plus puissants impriment leur marque à la mise en œuvre de la loi. (Le changement de l’économie française)
  • Nicolas Sarkozy. 18 premiers mois de réformes. Nicolas Sarkozy attaque des « intérêts spéciaux » (grandes surfaces, taxis, syndicats, universités…). Tactique : les prendre de vitesse, et lâcher, en dernière minute, une concession qui leur permette de sauver la face. Résultat ? Ils résistent. Les délais donnés par notre président deviennent un piège. Les services de l’État, pour les tenir, cèdent aux exigences de ceux qu’ils devaient réformer. Mais ils leur demandent une concession, afin de sauver la face. (Les réformes ratées du président Sarkozy)

Déficit public et 3%

Un article de la Tribune raconte comment est née une loi de la nature. Celle qui veut qu’un déficit national n’excède pas 3% du PIB.
En 81, le président Mitterrand est assailli de demandes d’investissements. Il veut leur résister : le déficit de l’État augmente rapidement. Il demande à ce que des experts donnent un indicateur économique à ne pas enfreindre, qui lui permette de refuser les sollicitations. On confie la tâche à deux jeunes membres de l’administration. Ils finissent par choisir le rapport déficit / PIB, pour sa force marketing. Ils lui fixent 3%, un chiffre rond facile à respecter pour la France de l’époque. Les politiques s’emparent du chiffre, et du ratio. Ils contamineront ensuite l’Europe. Peut-être un jour le monde.
Cette histoire illustre, je crois, une théorie de l’économiste Thomas Schelling (Strategy of conflict) : celle des « points d’ancrage ». Deux personnes qui se cherchent ont de bonnes chances d’aller vers le même lieu. Notre culture nous fournit des points de repère communs. Peut-être que beaucoup de gens dans le monde voulaient un indicateur de vertu économique, que le rapport déficit / PIB allait de soi, et que les 3% correspondaient à un objectif en deçà duquel on pouvait se situer ?
Remarque : chaque ère a son point d’ancrage, sous V.Giscard d’Estaing le déficit devait ne pas dépasser 30mdF. 

Sarkozy rétrécit

Couverture de The Economist : Carla Bruni suivie par le bicorne de Napoléon sur deux jambes minuscules. Titre : « le président qui rétrécit ».
Notre président avait de grands projets, un moment il a beaucoup fait, aujourd’hui il demeure dans un mouvement frénétique, mais il n’en sort plus rien. Conclusion « Il ne se fera probablement beaucoup d’amis en étant ferme sur la réforme des retraites. Mais il perdra ceux qu’il a s’il échoue ». (Je t’aime, moi non plus.)
Compléments :
  • Quelques données sur les enjeux de la réforme des retraites : La France serait le pays où l’on reste le plus longtemps à la retraite. Le coût du système pour l’État serait aussi particulièrement élevé (mais nous sommes battus par les Italiens) : 12,5% du PIB contre 10,7% pour l’Allemagne. Mais les comparaisons sont difficiles : aux USA (6%) et en Angleterre (5,4%), les retraites plombent les comptes des entreprises (cf. GM, Royal Mail), et les économies des particuliers. Est-ce réellement efficace ? D’ailleurs, hors retraites, les Etats américains et anglais sont plus lourds que le nôtre. Inattendu. 
  • L’article développe un parallèle intriguant avec Valéry Giscard d’Estaing. Initialement populaire et réformateur, sa fin de mandat fut calamiteuse. Elle fut aussi marquée par une scission de son camp qui a précipité la victoire de l’opposition. Ce scénario pourrait-il se répéter ?