Obama réforme la banque

À la suite de sa perte de « super majorité », B.Obama a annoncé une réforme des banques. Il y aurait deux mesures :

  1. Faire payer les banques pour les frais de leur sauvetage. Ce qui rapporterait 117md$ sur 12 ans.
  2. Séparer les activités « sociales » des banques (activité de crédit nécessaires à l’économie) des autres, et interdire certaines de ces dernières (opérations de bourse pour leur propre compte, hedge funds, capital investissement).

Difficile de savoir quelles en seront les conséquences, d’autant plus que la compétence clé des banquiers est de contourner les règles, et que le traitement que le congrès fait subir aux lois semble plus motivé par l’intérêt de ses membres que par celui de la nation.

Cependant ces mesures paraissent aller dans le bon sens : le facteur principal de risque serait la complexité des établissements financiers, qui les rend incompréhensibles donc incontrôlables ; les simplifier diminuerait la menace qu’ils représentent. En fait, ce serait un retour à la législation post 29 dite Glass Steagall.

Jusque-là le gouvernement américain ne voulait pas s’y résoudre. D’ailleurs Larry Summers et Tim Geithner, conseiller du président et ministre des finances, mais aussi promoteur de la révocation de Glass Steagall et ancien lobbyiste de Goldman Sachs, n’approuveraient pas le projet de réforme. Autre signe positif ?

Compléments :

Chine et USA

Il semble y avoir désaccord entre économistes et gouvernants américains, les premiers voudraient que la Chine rapatrie ses capitaux et augmente le prix de sa monnaie, les seconds désirent que la Chine achète leur dette, ou, peut-être, ne pas la mécontenter.

L’idée des économistes est que, quelles que soient les fautes américaines, maintenir artificiellement basse sa monnaie joue contre la logique du marché mondial et n’est pas durable. En outre, si la Chine arrêtait d’acheter des bons du trésor américain, le dollar américain baisserait, ce qui serait bon pour les exportations du pays, et son inflation, qui allègerait ses dettes.

À son arrivée au ministère des finances, Tim Geithner semblait d’accord avec ce point de vue. Maintenant qu’il est en visite en Chine, il aurait changé d’avis. Signe de faiblesse ?

Si c’est le cas, très grave erreur, si j’en crois l’exemple de la France. Et nouvelle preuve du manque de courage du gouvernement américain ?

Compléments :

Crise et changement de culture

La presse anglo-saxonne découvre le rôle de la culture dans le changement.

  1. Il penserait que son salaire lui est dû quel que soit l’état des affaires de son entreprise. Justification ? Son diplôme, il possède une licence d’une université prestigieuse. J’observe un glissement de l’idéal américain, de l’entrepreneur au bureaucrate (dont le succès dépend plus de sa fortune que de son talent ?).
  2. La dernière flambée des résultats des banques (comptabilité créative, selon moi) aurait été motivée par le nécessaire maintien des bonus = motivations. Ce qui confirmerait mon intuition qu’il s’agit d’une amélioration sans lendemain.

he has internalized a worldview in which Wall Street is the central pillar of the American economy, the health of the economy depends on the health of a few major Wall Street banks, the importance of those banks justifies virtually any measures to protect them in their current form, large taxpayer subsidies to banks (and to bankers) are a necessary cost of those measures – and anyone who doesn’t understand these principles is a simple populist who just doesn’t understand the way the world really works.

Notre culture est ultralibérale

Il est de bon ton de dénoncer les méfaits de « l’ultralibéralisme ». Mais il y a peu de chances que rien de neuf n’émerge avant longtemps, tout simplement parce que l’ultralibéralisme a semblé avoir fait la démonstration de son efficacité pendant trois décennies, et que les dirigeants mondiaux sont donc issus d’une école ultralibérale. Ainsi Avoir soutenu la guerre en Irak, une voie d’avenir en Europe explique que les postes principaux de l’Europe de demain seront occupés par des pro-Bush (Blair, pour la présidence, Barroso, présidence de la commission, Rasmussen, OTAN) ; L’Etat français, dernier refuge de la « culture du résultat », par Michel Feher, rappelle que si le discours de Nicolas Sarkozy parle du « retour à l’Etat », ses actes sont classiques des convictions ultralibérales. C’est comme cela qu’il faut interpréter l’étonnant silence idéologique des partis d’opposition : ils ne sont pas « d’opposition » ?

Difficulté du changement : renoncer à ce à quoi l’on croit

Et maintenant cours de changement.

  • Problème qui se pose à toute conduite du changement : si le changement est aussi difficile, partout, c’est que ce qui doit changer est au plus profond de ce à quoi croient gouvernants et dirigeants. Plus la culture a vécu un long succès, plus elle demande de temps pour se transformer. Il a fallu plusieurs siècles à la Chine pour secouer ses certitudes, et elle n’est pas au bout du chemin (Chine et Occident : dialogue de sourds).
  • Les paroles, qui sont dirigées par une sorte d’adhésion à « l’opinion publique », contredisent les actes, qui sont dirigés par l’inconscient (un aperçu de la théorie d’Edgar Schein : Changement en Amérique (suite) et Nous sommes tous des hypocrites !).
  • Paradoxe : le dirigeant, dont l’incapacité à changer cause les difficultés de son organisation, les explique par la « résistance au changement » de celle-ci.

Voici une raison pour laquelle la crise pourrait durer longtemps : nos dirigeants (et la société dans son ensemble, probablement aussi) s’accrochent à un mode de pensée obsolète. C’est ainsi que le gouvernement américain déploie des trésors d’ingéniosité pour ne rien changer à son système financier (Chronique d’une crise annoncée).

Le renouvellement de ce socle de pensées prendra sûrement des années. Une génération ?

Changement : apprendre avec Obama

Depuis quelques semaines je commente des sources d’informations américaines, qui paraissent inquiètes quant à l’avenir des USA. J’étais curieux de savoir ce qu’en pensait The Economist.

Il y a accord. Oui, le gouvernement américain imprime de l’argent, oui les récents résultats « exceptionnels » des grandes banques sont conjoncturels et non récurrents ; oui, elles sont shootées au bonus et veulent rembourser l’aide de l’état pour pouvoir les toucher à nouveau ; Non, ce serait une mauvaise idée de le faire : elles ne sont pas guéries, et croire en leur bonne santé pousserait dans la tombe leur concurrentes. Mais on n’en tire aucune conséquence, seulement que la reprise sera longue et douloureuse.

À quelque chose malheur est bon. Je dis souvent qu’apprendre la conduite du changement c’est principalement apprendre à connaître les erreurs qui tuent le changement. Le gouvernement Obama nous donne une leçon :

La réforme des banques : l’exemple type du changement

Le problème qui se pose aujourd’hui au gouvernement américain (et au monde), c’est que l’économie des USA est aux mains de grandes banques qui sont en faillite inavouée, qui ont un comportement extrêmement dangereux (il est à l’origine de la crise), et qui ne cessent de grossir, rendant leur faillite inacceptable.

Le gouvernement doit donc réformer cette culture. Il pouvait le faire par la force, par nationalisation, et en remplaçant leur personnel (« nettoyage ethnique »), ou en les aidant à trouver un nouveau comportement qui ne compromette pas l’avenir de la planète. Ce comportement, évidemment, ne peut être imposé. C’est cela que l’on appelle un « changement ».

Bush et Paulson : l’erreur du débutant

Devant l’ampleur des dégâts qui s’annoncent, le précédent gouvernement décide de sauver son système financier. Avant qu’il le lui demande. Erreur : sauver quelqu’un contre son gré fait de lui un ennemi mortel. Leçon que la vie nous apprend.

Mais l’erreur est plus grave. Il a raté la possibilité de changer les banques. Une culture ne peut changer que si elle est soumise à une « anxiété de survie », et si on l’aide à combattre son « anxiété d’apprentissage ». Autrement dit sans crise, il n’y a pas de changement, c’est une leçon essentielle. Dès que la culture à réformer perçoit une crise, elle est ouverte à l’aide extérieure et prête à suivre ses recommandations pour peu qu’elles sachent le faire, et qu’elles ne lui soient pas inacceptables.

Obama et Geithner : on persévère

Le gouvernement Obama hérite de banques dangereusement fragiles, mais sur lesquelles il n’a plus aucun pouvoir. Nouvelle erreur de débutant : le passage en force. Pour satisfaire l’opinion, il s’en prend aux bonus des banquiers. Or, le bonus est, comme le rappelle The Economist, le principe même sur lequel une société comme Goldman Sachs s’est construite. C’est comme si on privait l’homme d’air. Et alors se passe ce qu’il se passe toujours dans ce cas : Goldman fait dire à la loi l’exact opposé de son esprit.

Quand on est face à plus fort que soi, on n’a qu’une solution : le judo. Entrer dans sa logique (celle du bonus), pour l’amener à réaliser le bien collectif. Ce qui n’est pas facile, je le concède.

Obama, Geithner et Bernanke : on s’enfonce

Que faire lorsque l’on n’a pas ce talent ? « Innover » selon la définition de Robert K.Merton. Tricher avec ce en quoi on croît le plus. Dans ce cas la victime est la démocratie. Sachant que sauver les banques est impopulaire, le patron de la Réserve fédérale et le ministre des finances font appel aux ressources de leur génie pour trouver de l’argent qui ne demande pas l’approbation du congrès.

Cela peut bien signifier violer quelques principes économiques. Généralement les économistes préfèrent les subventions publiques aux subventions cachées. M. Swagel dit que le Trésor en est venu à réaliser que sous-évaluer l’assurance des actifs bancaires soulevait moins d’opposition politique que surpayer ces actifs, justement parce que l’assurance est moins transparente. Le trésor se repose aussi sur la Réserve fédérale pour financer les actifs non liquides en imprimant de l’argent, parce que cela ne demande pas l’approbation du congrès (même si cela compromet l’indépendance de la Réserve fédérale).

Ils font ce que l’on reproche aux banques et à Enron : ils détournent l’esprit des règles de la démocratie pour faire ce qu’ils croient bon. Plus exactement, ils ne savent pas si c’est bon, mais ils ne voient pas comment faire autrement. C’est exactement pour cela qu’il n’est pas intelligent d’avoir débranché les mécanismes démocratiques : l’homme seul est idiot, le groupe est intelligent.

En tout cas, je me perds en conjectures quant à la probité intellectuelle d’un Obama, qui n’a que « démocratie » à la bouche et qui la trompe à la première occasion.

Et nous là dedans ?

Jean-Noël Cassan avait exhumé les travaux d’un « think tank » qui estimait que l’on allait vers des émeutes armées (ce qui avait été repris par le Monde). J’en doutais. Une fois de plus il est possible que j’aie eu tort. Dominique Moïsi, de Harvard, fait un parallèle entre la France de 89, et les USA d’aujourd’hui. La situation n’est peut-être pas aussi explosive, mais les paysans français n’étaient pas équipés de fusils d’assaut…

Si je suis cohérent avec moi-même, je crois que la seule option que nous ayons est de laisser l’Amérique apprendre de ses erreurs. Le jour où elle y sera disposée nous pourrons peut-être lui donner quelques conseils. En attendant, il faut les chercher, et, surtout, réfléchir à comment ne pas être entraîné par elle. (à suivre)

Compléments :

La créature du dr Geithner

La finance américaine à son sommet.

Le patron de la banque centrale américaine imprime massivement de l’argent, et le fait savoir, pour déclencher une grosse inflation qui va liquider les multiples dettes de la nation. Bien sûr, il pourrait y avoir quelques effets imprévus, comme ceux observés en Allemagne dans les années 30. Mais sans risques, où est le plaisir ? C’est un coup de poker, comme on les aime dans le nouveau monde.

Quand aux grandes banques, elles ont annoncé des résultats particulièrement bons. Mauvaise nouvelle ?

  1. Ils viennent des salles de marché, du « fixed income market », le marché obligataire, de la dette. Pourquoi ? Parce que la crise a liquidé leurs concurrents, les prix remontent ! C’est la rançon du monopole. Ces bénéfices vont leur permettre un tour de passe-passe d’anthologie :
  2. En annonçant leur bonne santé retrouvée, elles dénoncent celle de leurs consœurs, et précipitent leur faillite. Alors que le gouvernement essayait de les sauver. 2 autres effets vont dans le même sens :
  3. Elles vont rembourser les crédits apportés par le gouvernement. Les bonus sont de retour. L’agréable ce joint à l’utile : elles vont pouvoir recruter les équipes de leurs concurrentes.
  4. Le fait que leurs autres activités soient déficitaires signale non seulement que l’économie américaine va mal, mais aussi que les affaires de leurs concurrents (qui n’ont pas de salles de marché) aussi.

Curieux : le gouvernement américain a renfloué l’assureur AIG, pour qu’il puisse honorer ses promesses et payer, par exemple, 12md$ de primes d’assurance à Goldman Sachs. Ce faisant, il a sauvé ses principales banques des conséquences de leurs malversations. Et, aujourd’hui, elles profitent à plein de la crise qu’elles ont suscitée. (Bizarrement Henry Paulson, ancien ministre des finances américain avait été auparavant PDG de Goldman Sachs. Et le chef de cabinet de l’actuel ministre des finances était un lobbyiste de Goldman, qui a tué une tentative de réforme des bonus du sénateur Obama…)

Les apprentis sorciers du gouvernement américain auraient-ils créé une créature monstrueuse dont ils sont devenus les pantins ?

Sources :

Le plan Geithner

Trou noir expliquait que le plan de sauvetage des banques du ministre des finances américain permettait de sortir d’une faillite non annoncée le système financier tout en l’enrichissant aux dépends des Américains. Fouad Sassine a trouvé un article qui explique son mécanisme.

Les banques possèdent des actifs à risque qu’elles ne veulent pas évaluer, sous peine de se déclarer en faillite. Le plan propose la chose suivante : ces actifs vont être mis aux enchères, le gouvernement va fournir 85% des fonds nécessaires.

L’article donne l’exemple suivant (légérement aménagé) : soit une banque ayant 10m$ d’actifs à risque, valant en fait 2m$. Si une autre banque fait une enchère de 5m$ pour eux, elle paiera 750.000$ de sa poche. La première pourra mettre dans ses comptes 5m$, et la seconde aura fait un bénéfice de 1,25m$. Bien sûr le service lui sera rendu, par sa consœur, pour ses propres actifs à risque.

Suppose a bank is sitting on a $10 million package of collateralized debt obligations (CDOs) that was put together by, say, Countrywide out of junk mortgages. (…) this package may be worth at most only $2 million (…).

The bank now offers $3 million to buy back this mortgage. What the hell, the more they bid, the more they get from the government. So why not bid $5 million. (In practice, friendly banks may bid for each other’s junk CDOs.) The government – that is, the hapless FDIC – puts up 85 per cent of $5 million to buy this – namely, $4,250,000. The bank only needs to put up 15 per cent – namely, $750,000.

Here’s the rip-off as I see it. For an outlay of $750,000, the bank rids its books of a mortgage worth $2 million, for which it receives $4,250,000. It gets twice as much as the junk is worth.

Complément :

  • Une analyse qui semble montrer qu’il y aurait des effets beaucoup plus pervers.

Qui est Barak Obama ?

J’ai découvert par hasard que le Wikipedia anglais a consacré de véritables enquêtes à la famille Obama.

Il aurait des ancêtres du meilleur monde, un roi d’Angleterre, et un autre écossais (au 13ème siècle), notamment ; il est d’ailleurs apparenté d’assez près ou de plus loin avec un nombre surprenant de présidents. (Il n’est pas le seul dans ce cas, ce qui laisse penser que n’importe qui ne peut pas présider les USA.)

Son père semble avoir été une sorte d’ange déchu de l’élite dirigeante nigériane, et sa mère, docteur en anthropologie et fille d’une vice-présidente de banque, distante relation de Dick Cheney et d’Harry Truman, s’est battue sa vie durant pour le droit de la femme et autres défavorisés. Ce faisant elle aurait frayé avec le meilleur de la société américaine (dont la famille Geithner).

Il est tentant de voir en Obama le caractère de sa mère. Serait-il une sorte d’activiste d’ONG parvenu au sommet du plus puissant pays du monde ? Est-ce cette passion de l’utopie qui fait que certains lui reprochent (Que penser d’Obama ?) son manque d’intérêt pour la situation économique de son pays ? Est-ce l’explication de ses croisades pour rapprocher Islam et Occident ou éliminer la bombe atomique ? Ou est-il simplement un maître de la propagande, habile à détourner l’attention ?

En tout cas, comme sa mère, il semble s’être marié à un ressortissent d’une communauté opprimée. Comme elle, il n’est pas allé jusqu’à chercher un SDF.

Passe-passe

Illustration de ce qui précède : manœuvres du ministère américain des finances ?

Commentaires sur le rapport Warren au congrès américain, qui essaie de juger le dernier plan Geithner :

Il semble incompréhensible, et ne correspondre à aucune technique connue. Ce qui serait certain, par contre, est que Ben Bernanke et lui auraient investi 4.000 md$, alors qu’ils n’avaient une autorisation (plan Paulson) que pour 700.

Le ministère des finances est aussi opaque que possible pour gagner du temps pendant qu’il détourne des milliers de milliards des finances publiques à destination de ses amis arnaqueurs et des grandes banques

Compléments :

  • Je n’avais pas suivi les aventures du plan Paulson depuis les billets que je lui ai consacrés. Il semblait destiné à acheter les actifs toxiques des banques, une bonne idée à m’en croire (élimination d’ une source d’incertitude – And now the Great Depression). Mais l’article cité par le billet précédent m’apprend que ce plan aurait changé d’orientation et qu’il serait devenu une injection de fonds dans le capital des banques. Il me semble me souvenir que la théorie économique orthodoxe (Crise : les économistes en accusation) voulait qu’une telle injection fasse un miracle.

Trou noir

Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.

La chute de la République bananière, un cas

Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.

La Russie actuelle traverse cette phase.

L’Amérique comme application

La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.

Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.

Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs – par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.

Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.

Le scénario FMI

Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).

Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.

Le Scénario russe

Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l’intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?

L’abîme

Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.

Compléments :

Mais où va l’Amérique ?

Fouad Sassine, qui vit aux USA, me signale Counterpunch. L’article du jour (The Decade of Darkness) est effrayant.

La plongée semble sans fin, les principales banques du pays sont pourries au-delà de tout ordre de grandeur concevable ; le plan de sauvetage de Timothy Geithner serait une sorte d’incitation à une surenchère de nouvelles malversations ; comme en Angleterre les bons du trésor sur lesquels comptait l’état américain pour financer son déficit ne trouveraient plus preneur ; et lentement mais sûrement le statut de monnaie de réserve du dollar serait sapé.

J’avais déjà aperçu un article qui disait que la crise avait pris une pente plus dangereuse que celle des années 30 (A Tale of Two Depressions), mais on disait que, cette fois-ci, l’on avait fait ce qu’il fallait ; or le doute s’installe quant aux compétences du gouvernement américain (Obama cache la forêt ?).