MM. Onfray et Finkielkraut sont les seuls penseurs en activité, et ils sont de droite, disait Marcel Gauchet. Puis j’entends parler de plus en plus de penseurs de droite. Serait-on automatiquement qualifié « de droite » quand l’on essaie de penser ? Alors, dans ces conditions, qu’est-ce qu’être de gauche ? Avoir la foi ?
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Gauche autoritaire
Le principe de ce blog est le paradoxe, en voici un : pourquoi la gauche qui, en 68, dénonçait l’autorité, est, aujourd’hui qu’elle est au pouvoir, un utilisateur sans complexe de principes d’autorité ? (D’ailleurs, le fait qu’elle exerce « le pouvoir » ne contredit-il pas toutes ses thèses ?)
Et si c’était inhérent au pouvoir ? Hannah Arendt disait que le sénateur romain représentait l’autorité parce qu’il matérialisait les principes qui étaient à l’origine du succès de Rome. Elle pensait qu’il n’y avait rien de tel aujourd’hui. Je crois qu’elle s’est trompée. Après guerre, par exemple, il y’a eu l’autorité du technocrate, du scientifique, en bref de l’homme de raison. Parce que la raison était le fondement de notre société, et qu’elle était la cause de son succès.
Autour des années 60, il est possible qu’un autre modèle ait émergé. Il est lié à la massification de l’éducation supérieure. Avec elle triomphe une société d’intellectuels dont le métier est de brasser des idées. Le mot d’ordre : la culture. Ce que 68 a appelé « gauchistes » a été l’agent du changement. Il s’est opposé à une autorité, et non pas à L’autorité, au nom d’une autre autorité.
Aujourd’hui, le modèle 68 d’une société d’intellectuels est en faillite. Car elle n’a pas de pouvoir sur les événements. Or, le succès est la condition nécessaire de l’autorité… Il est probable que de nouvelles formes « d’autorité » doivent être en cours de formation.
Qu'est-ce que la gauche de progrès ?
« Gauche de progrès. » Le terme est probablement ancien, mais je ne l’ai remarqué que récemment. Décidément le discours politique me passe au dessus de la tête. Je me suis demandé : y aurait-il une gauche de la stagnation ? A moins que le progrès ne soit exclusivement de gauche ?
J’ai cherché une définition de « gauche de progrès » sur Internet. Je n’ai rien trouvé. J’ai cru comprendre que c’était la gauche non socialiste. Ce qui n’est pas une conjecture totalement idiote : le socialisme moderne est « postmoderniste« , donc anti-Lumières, donc anti-progrès.
Mais alors, pourquoi ne pas avoir fait un programme de ce mot ? N’y aurait-il pas ici un argument marketing redoutable : si nous sommes dans la panade, c’est du fait de vos croyances, vous partis de gouvernement ?… A moins que les politiques, de progrès ou non, n’aient aucune conviction ? Ils se paient de mots qui sonnent bien ? Comme Eichmann ?
Fortunée gauche
Fortune de Tony Blair ? Plus de 60m£. (Plus de 80m€.) Bill Clinton vaudrait 80m$. Quant à M.Schröder, le wikipedia allemand dit qu’il est consultant pour Ringier Publishing House, président de l’agence Harry Walker, membre et président du consortium du gazoduc NEGP Company, filiale de Gazprom, conseiller auprès de la Libyan Investment Authority, de la Banque Rothschild, et du ministère des affaires étrangères chinois, membre du conseil de la compagnie pétrolière russo-britannique TNK-BP. Et il gagnerait entre 50 et 75.000€ par conférence.
Ces conférences seraient le principal moyen d’enrichissement de ces gens. Elles rapportent beaucoup parce que des riches paient cher pour y assister. D’où une question. Ces trois hommes sont des modèles pour la gauche. (M.Blair serait le modèle de M.Macron ; M.Schröder est donné en exemple du courage en politique…) Surtout, ils ont démantelé l’Etat providence d’après guerre. Et si, comme hier les transfuges soviétiques, ils étaient accueillis à bras ouverts, et rémunérés, par les adversaires de leur camp ? Et si la guerre froide s’était poursuivie au sein de l’Occident et avait abouti à la liquidation du socialisme ?
Gauche de principe
France Culture et la position de la gauche concernant les réfugiés : nous devons les accueillir car la France a un principe : le droit d’asile. Et, en plus, cela divise la droite qui, elle, n’arrive pas à se mettre d’accord sur la question. Chouette ?
Attention, danger ? Où sont les principes de gauche lorsqu’il s’agit de droit du travail ? Y aurait-il des principes pour les étrangers, mais pas pour les Français, remarquerait un nationaliste ?
Mais ce n’est pas cela qui me frappe. C’est le parallèle avec ce que dit H.Arendt d’Eichmann. Eichmann confondait « penser » et trouver des « pensées ailées« , c’est à dire de belles phrases, qui rendaient heureux lorsqu’on les prononçait. Ainsi au moment de se faire pendre, il déclare qu’il est un « incroyant » (un courant à la mode en Allemagne, selon lequel il n’y avait pas d’au-delà) et, dans la foulée, que lui et ses bourreaux « se retrouveront« . En écoutant les débats de France Culture, je me demande si toute la pensée de gauche ne se ramène pas à chercher ce type de « pensée ailée », de principe d’autorité.
(Ce qui est paradoxal pour un mouvement qui est bâti sur le rejet de l’autorité.)
France éternelle ?
Ce blog m’a amené à deux constatations qui me plongent dans un abîme de perplexité.
- J’ai fini par rattacher les thèses de Nicolas Sarkozy à celles des Versaillais et de ce que René Rémond appelle la première droite. Celle qui s’est opposée à la révolution.
- Quant à la gauche et ses appels à la repentance, son obsession de la défense de « victimes » de la société, sans papiers, homosexuels, colonisés… elle fait penser à l’église catholique.
Pourtant, il n’y a apparemment aucun lien entre la France d’aujourd’hui et le passé !? Et s’il y avait une explication systémique ? Et si les mêmes causes produisaient les mêmes effets ?
- Les contre révolutionnaires étaient-ils des privilégiés avant d’être des nobles ? Quant à l’Eglise, exploitait-elle à son profit la mauvaise conscience qu’elle avait provoquée ? Les deux avaient en commun d’être des individualistes qui exploitaient une communauté.
- A-t-on la même chose aujourd’hui ? D’un côté des privilégiés, de l’autre des bien pensants ? Tous individualistes. Leur affrontement leur est bénéfique puisqu’ainsi ils ne laissent plus de place aux doléances d’une majorité qu’ils peuvent donc exploiter.
Ce n’est pas tout. Le dispositif fonctionnait aussi parce qu’il était contrebalancé par l’alliance du roi et du peuple, roi remplacé par un président, dans la 5ème République. Que le roi soit devenu individualiste depuis le départ de De Gaulle serait-il un facteur d’instabilité ?