Grandes manoeuvres

Je ne suis pas au courant de ce qu’il se passe au parlement. Nous traversons une période de chaos. C’est tout. Cultivons notre jardin. En tous cas, toutes les personnes que je rencontre paraissent abattues par le spectacle que donne notre personnel politique. Je ne pense pas avoir rencontré encore un tel état de dépression.

En les écoutant, je me suis demandé si ce n’était pas LFI qui faisait le spectacle. Et si l’inconnue qui a torpillé la loi Duplomb, ou le fameux Zucman, autre inconnu, étaient ses créatures ? A chaque fois, la manoeuvre est la même : une idée qui paraît un pur produit de l’orthodoxie de gauche, et qui est capable de séduire le bon sens populaire (manoeuvre « populiste »). Le Parti socialiste se retrouve alors contraint de censurer le gouvernement, s’il ne veut pas perdre la face.

Si cette hypothèse est juste, quel serait l’intérêt, pour LFI, de faire le lit de l’extrême droite ?

J’ai été surpris d’entendre qu’Hitler et Staline avaient une sympathie spontanée l’un pour l’autre. Ils avaient, apparemment, en commun la haine de la démocratie, ou du moins de la société occidentale de leur temps. (Une haine commune qui rapproche Poutine et Trump ?) Peut-être LFI est-il poussé par la volonté de « détruire le système » ?

Gérard Noiriel

J’ai trouvé intéressant son étude de l’immigration, ce qui m’a donné envie d’écouter l’émission A voix nue consacrée à Gérard Noiriel.

Bien que je ne sois pas un universitaire, nous semblons avoir beaucoup de choses en commun. Tout d’abord, un intérêt pour l’histoire et la méthode anthropologique, et aussi, peut-être, une forme de « révolte » au sens de Camus. Il y a encore un même intérêt pour Durkheim, Weber et Marc Bloch (qu’il a certainement bien mieux étudiés que moi). Mais un désaccord concernant Bourdieu et Foucault. Quoi que, pour ceux-ci, il dise avoir surtout apprécié leur révolte, et leur utilisation de la science comme art de combat. (J’ai appris que Bourdieu tenait la frustration qui avait orienté ses travaux des classes préparatoires aux grandes écoles.) Plutôt que d’adopter leur opinion, d’ailleurs, il a utilisé leurs outils.

Son travail de terrain, mais aussi l’expérience de ses origines modestes, paraissent l’avoir mis en porte-à-faux avec la gauche intellectuelle, milieu naturel de l’universitaire. Mais la nature du différend est difficile à comprendre, car son vocabulaire n’est pas le mien. Il parle « d’autonomie de la science », « d’intersectionnalité », de « tout est politique ». Il y est aussi question de « rapports de domination », ce qui est plus classique.

Je crois comprendre que ses enquêtes lui ont montré que la réalité était beaucoup plus complexe que les théories de la « gauche qui fait l’opinion », notamment en ce qui concerne la question de la « domination » ; que sa censure systématique de tout propos qui semble contredire sa ligne (« tout est politique »), que son instrumentalisation de la science (« autonomie de la science »), que le manque de subtilité de ces pratiques lui a aliéné l’opinion, qui a porté au pouvoir le « populisme ». Et que le phénomène a été détecté dès le début des années 2000 aux USA.

Pour l’heure, il cherche à montrer, grâce au spectacle, que les propos populistes sont infondés.

Ordre et contre-ordre

Pourquoi la France est-elle devenue ce qu’elle est ? Quelles sont les idées qui ont gouverné nos gouvernants ?

Je posais la question à un élu. Un élu, comme on les aime : jeune, issu de la société civile, ayant un travail et une famille, pas politique pour deux sous, sinon ayant une forte « conscience environnementale ». Bref, uniquement préoccupé d’intérêt général. Sa réponse m’a pris par surprise. Il a accusé la gauche, depuis 1981, « d’avoir transformé la France d’une société de service en une société de loisir ». Sa politique n’a été que « populisme », que « concessions », pour « capter des voix », comme le « bac pour tous ». D’ailleurs gauche et droite ont conjugué leurs forces pour détruire l’Education nationale. Actuellement, des « coupes budgétaires » apportées aux sections techniques auraient privilégié sport et intelligence artificielle au détriment de la culture. « On supprime la capacité à penser. »

Cela expliquerait-il les politiques récentes dont parlent de précédents billets ? Nos gouvernants ont décrété qu’il n’y avait plus rien à tirer du pays ? Qu’il fallait attendre l’aide de l’extérieur ? D’où « fin de la récréation », la « métropolisation » et le discours entendu à l’ère Sarkozy du politique – entrepreneur (ce qui m’avait étonné : pour moi, le politique et entrepreneur signifiait Mafia) ?

Différences irréconciliables

Pourquoi le parti socialiste veut-il faire tomber le gouvernement ? La lettre de mon député, dont je parlais précédemment, permet de faire quelques hypothèses.

Il pourrait y avoir un affrontement concernant la « valeur travail » et « le premier de cordée ».

Le gouvernement aurait tenté d’attaquer les acquis de la gauche : la réduction massive du temps de travail, le travail étant un mal. La gauche contre-attaquerait en s’en prenant au pilier de l’idéologie macronienne : c’est le riche qui crée la richesse, plus il est riche mieux c’est. Dent pour dent.

Tant que la droite et la gauche profiteront de la crise pour se porter des coups bas, le chaos est inévitable ?

Opinion publique

Surprise. Mon député m’écrit.

Un anthropologue qui a étudié l’assemblée disait que, au temps de l’enquête, le député « se faisait bouffer ». Il passait son temps à rendre service à l’électeur. Cette pratique a changé avec la génération Macron. L’électeur semble laisser l’élu indifférent. Ce blog parle de cette question de temps en temps. D’où ma surprise.

Que dit-il, ce député ? Qu’il faut être solidaire. C’est pourquoi il va faire tomber le gouvernement. Celui-ci s’en prenait aux congés des Français alors que l’impôt n’est plus progressif. Les citoyens qui gagnent plus de 60000€ par mois ont un traitement de faveur.

Il montre qu’il se dépense sans compter : 1210 amendements déposés ! 58 propositions de lois. La complexité administrative expliquée ? Et il inaugure des bâtiments.

Gauche et antisémitisme

Lorsque j’ai lu « gauche antisémite », j’ai cru que l’on faisait payer la monnaie de sa pièce à la gauche, qui traite si facilement ceux qui lui déplaisent de « Nazis ». Ainsi, aux USA, ceux qui s’opposent à la gauche sont les « pro life », ce qui fait implicitement de la gauche un parti d’assassins…

Dans ma jeunesse, elle était du côté du Juif, victime desdits Nazis. Elle multipliait les livres et les films sur la question juive. Les Palestiniens étaient des terroristes. Et l’on plaignait les Israéliens qui étaient venus chercher la paix en Palestine, après bien des malheurs, et qui y trouvaient la guerre. (cf. La Tour d’Ezra.) Comment imaginer un tel revirement ?

En fait, il semblerait qu’effectivement il y ait, à gauche, un courant antisémite persistant, qui ait précédé l’antisémitisme de droite et qui ait refait surface récemment :

le signe « juif » est un empêchement à la vie par la corruption ou la désagrégation qu’il génère. En 1870, la banque, l’agiotage et la Bourse dominés par les « Sémites » étaient un obstacle à l’existence sociale prolét-aryenne et à tout projet de refondation égalitaire. C’est au nom de l’humanisme émancipateur et de la morale anticapitaliste qu’agit la gauche antisémite du xixe siècle en ciblant ce qu’elle considère comme l’épicentre du mal. Un siècle plus tard, c’est toujours au nom de l’humanisme et désormais de l’antiracisme que l’on s’affirme antisioniste afin de libérer le monde de l’état-major de l’axe du mal. Dans un cas comme dans l’autre, la haine du Juif incarne la vertu

Les gauches antisémites

Marx était antisémite, apprend-on. Il en aurait voulu à la « judaïté », à la culture des Juifs.

Etrange affaire. La culture d’une communauté entrerait en conflit avec une idéologie ?

Gauche

« Les appels directs au peuple, par dessus les assemblées, ont toujours été envisagés avec réticence par les républicains et la gauche en particulier » (La constitution, Guy Carcassonne et Marc Guillaume).

Surprenant : la gauche n’est-elle pas le parti du peuple ? Apparemment, si elle n’aime pas le référendum, c’est qu’il fut utilisé par sa bête noire : le « populiste ».

Mais n’est-ce pas une exception qui confirme la règle ? D’ailleurs, il n’y a pas génération spontanée du populisme. Ne surgit-il pas en dernier ressort, lorsque plus rien ne va. En particulier que les partis politiques ont failli ?

De quoi « gauche » est-il le nom ?

Islamo-gauchisme

Drôle de terme, curieux phénomène. En quelque sorte, Charlie Hebdo soutient le Hamas. Une partie de la gauche est dans le camp d’un mouvement qui nie tout ce qu’elle défend, et qui veut sa mort. (Article.)

Cela mériterait une étude sérieuse, car cela semble un phénomène propre à la raison. Elle tend à se dérégler. C’est le phénomène « d’énantiodromie ».

C’est bien d’utiliser des mots compliqués, mais cela n’explique rien.

Dans ce cas, il semblerait, si je comprends bien l’article, que l’amour du Hamas vienne d’une haine de l’Occident, représenté par Israël.

Mais d’où vient cette haine ? Elle paraît remonter à l’après-guerre (post modernisme) et semble le fait des gosses de riches. Des gens qui veulent jouir de leurs privilèges, sans assumer leurs devoirs ? Ils se voient victimes et cherchent d’autres victimes de leurs parents, donc de l’Occident ?

Ce phénomène est irrationnel : on en arrive à nier ses propres valeurs, et même ses intérêts vitaux. Encore plus curieux, ce mal de déraison touche l’intellectuel, le professionnel de la raison.

Faut-il en appeler à Durkheim et à son suicide ? Une circonstance favorable au suicide est d’être le meilleur élève d’une culture donnée. L’intellectuel est un aliéné. Il perd le contact avec la réalité ? Son esprit s’enraye ? Jeu sans fin de Paul Watzlawick ? Et il finit par s’éliminer de lui même, à la façon des possédés de Dostoievski, emportant avec lui le mal qui nous rongeait ?

Mystérieux décidément. En tous cas, cela ne devrait-il pas amener les parents à se demander si la mode du bac+5 est bonne pour la santé mentale de leurs enfants ?

Antisémitisme de gauche

Les scores élevés sur la seconde dimension, nouvel antisémitisme, structuré par la critique d’Israël, vont de pair avec un niveau d’études et de revenus élevé (), un fort intérêt pour la politique, un positionnement politique de gauche ou d’extrême gauche (notamment une proximité affirmée avec les composantes de la NUPES – Insoumis, PS, EELV, PC), des scores particulièrement bas sur toutes les échelles de préjugés et d’autoritarisme, et l’absence d’affiliation religieuse () et ils sont associés à une image négative de la Palestine (0,44).

Telos

En fait, cet « antisémitisme » semble plutôt un anti sionisme. Curieusement il serait aussi anti palestinien. Serait-ce un anti-tout ? une forme de nihilisme ?

Ou une dérive de la bien-pensance ? Israël colonisateur occidental ?

Un moyen de se donner bonne conscience, à peu de frais : on attaque un ennemi qui ne vous veut pas de mal ? (Une tactique qui est peut-être plus dangereuse qu’on ne le pense : qui peut faire une différence entre le bon et le mauvais Occidental ?)

Mystérieux.