Civilisation de l’argent

Discussion avec une petite cousine (13 ans). Elle ne comprend pas pourquoi elle doit travailler sans être payée. Ce qui me frappe parce qu’un ami me disait il y a peu que son fils mettait ses mauvaises notes au compte de son absence de rémunération.

Mon père avait toute sa vie été infiniment reconnaissant à l’éducation nationale de lui avoir évité d’être un paysan corrézien, grâce à ses résultats exceptionnels au certificat d’études. Je me souviens aussi de Raymond Poulidor, un autre bon élève, qui racontait avoir pleuré lorsqu’il avait dû quitter l’école, après le dit certificat.

Et, en ces temps reculés, l’éducation signifiait l’accès au savoir qui permet de ne pas se laisser embobiner par ceux qui ont l’intérêt de nous asservir.

J’aurais du mal à expliquer ce qui s’est passé. Mais il est fascinant de constater que l’on peut s’endormir dans un monde et se réveiller, sans avoir rien vu arriver, dans un autre tout différent.

Ce qui est aussi curieux, c’est que les dits mondes semblent obéir à un petit nombre de modèles. Nous suivons avec une ou deux décennies de retard le modèle néo libéral, modèle qui était déjà présent dans l’Angleterre de la révolution industrielle : argent, individualisme, classes… D’ailleurs les théories économiques du 19ème, que Galbraith croyait définitivement ridiculisées, ont ré émergé, triomphales.

Ce qui est encore plus curieux, c’est qu’alors que nous y basculons, les Anglo-saxons, eux, voient la France comme un paradis perdu. J’entendais ce matin Axel Kahn dire que Gordon Brown jouait sa ré élection sur une sorte de copie du modèle français ; de même, aux USA, notre popularité est au plus haut…

Compléments :

La fin de l’inconscience ?

The long-lasting socio-political effects of the economic crisis. Avoir subi une crise (locale) dans sa jeunesse persuade du peu de pouvoir qu’a l’individu sur son destin, de l’importance de la chance dans le succès, et nous fait aimer la solidarité sociale. Il en est de même de notre attitude vis-à-vis de la prise de risque financier, de notre attrait ou non pour la bourse. Ayant connu une crise, notre prochaine élite sera-t-elle prudente ?

Ces observations expliquent assez bien notre histoire. Les générations issues de la crise de 29, du fascisme et des monstruosités de la seconde guerre mondiale attribuaient ces maux terrifiants au capitalisme (ce que l’on a aujourd’hui totalement oublié). Ils ont voulu créer un monde solidaire. Partout, ils ont installé des institutions que l’on ne peut qualifier que de « socialistes ». Et les Anglo-saxons étaient les socialistes en chef. Conséquence : prospérité, paix et ennui. Les générations qui sont nées alors ont cru que l’avenir était prévisible, qu’elles ne devaient leur succès qu’à leur effort personnel, et que le monde serait bien plus amusant si elles donnaient libre cours à leur génie. Le poids de l’état fût insupportable. Vint alors 68, qui est à la gauche ce que le libéralisme est à la droite : la revanche de l’individu sur la société.

Nos prochaines élites auront-elles donc plus de plomb dans la cervelle que les actuelles ?

Galbraith disait que les théories qui ont causé cette crise sont aussi vieilles que le capitalisme. Il les jugeait déjà ridicules et dépassées dans les années 50. Comment ont-elles pu résister à la grande crise et à la guerre ? De la même façon que l’armée allemande, sauvée par le pouvoir politique, a pu parler de « coup de poignard dans le dos » dans les années 20 : parce qu’elle n’avait pas été mise à genoux. À chaque crise, les classes dirigeantes sont protégées par le pouvoir. Or, elles ne se renouvellent pas, elles dirigent de père en fils (cf. la fin de l’ascenseur social français). Donc, elles n’apprennent pas. Pire, en Occident, l’élite passe ses années de formation dans des universités d’élite où elle est entre soi et se repaît de sa supériorité. Et quand il y a sélection, elle est basée sur le succès !

Compléments :

  • Ce qui compte dans la détermination des certitudes dont parle l’article sont nos années de formation aux règles de la société (de 18 à 25 ans).
  • Sur l’organisation socialiste et planifiante d’après guerre, en Amérique : L’ère de la planification.
  • Hayek voyait dans ce socialisme le germe du fascisme (le cas suédois étant particulièrement préoccupant) : HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • Sur l’impact de 68 sur les institutions sociales françaises : 68 : victoire de l’individualisme ?
  • Les radios libres ou gauchisme (le Rock) et capitalisme (la pub) main dans la main : Good morning England.
  • La crise profite au riche : Le pauvre s’appauvrit, Vainqueur de la crise: la grande Enterprise. Par ailleurs, depuis 20 ans, l’Amérique réforme le monde et crée crise sur crise, sans en tirer de grands enseignements : Consensus de Washington.

Web2.0 et France d’en bas

De temps à autres, je lis les commentaires qui sont faits sur les films d’Allociné, ou qui suivent des articles ou des billets de blogs de journalistes, en France. J’y vois une communauté de points de vue.

  1. Qu’il s’agisse de films ou de stratégie de constructeurs automobiles, le propos est riche et intéressant. C’est l’effet Wikipedia : l’information est bien meilleure que celle qu’apporte le journaliste ou le critique. En fait, elle vient de l’intérieur, elle ne s’appuie pas sur telle ou telle théorie, ou idée reçue : qu’il s’agisse d’un technicien ou d’un spectateur, il parle de ce qu’il connaît, du marché et du métier de l’automobile ou de ses sentiments.
  2. On en veut à l’élite française, réalisateurs ou critique « bobo », ou top management qui ressemble comme un frère au dirigeant financier américain (méconnaissance complète du métier de l’entreprise, vision comptable à court terme, zéro pointé en stratégie).

Je ne sais pas quelle est la représentativité de ces opinions, mais elles semblent indiquer qu’une partie de la France, plutôt cultivée, s’indigne de ses classes dirigeantes et du lavage de cerveau auquel elle est soumise. Cela rejoint d’ailleurs ce que disait Jean-François Kahn ce matin : il trouvait invraisemblable que l’intégralité des médias ait appelé à voter oui au dernier référendum européen, alors que 55% des Français ont voté non.

Il est tentant de voir derrière ces observations le modèle que Galbraith prête à l’économie, légèrement aménagé : une petite élite appuyée sur des moyens de propagande qui cherchent à courber l’opinion à ses intérêts.

Cette propagande ne serait pas totalement efficace : il existerait une opposition, majoritaire ?, mais surtout silencieuse, qui arriverait par moment à se mobiliser (le référendum). Et qui, d’ailleurs, le fait peut-être de manière négative, en n’achetant pas les journaux, en ne fréquentant pas les films français intello ou en ne participant pas aux élections.

C’est probablement l’idée qu’a Jean-François Kahn : il pense que la France ne veut pas d’une « alternance », mais d’une « alternative ». Gauche et droite représentent, à quelques subtilités près, de mêmes idées. Il faut renouveler tout cela, et peut-être demander son aide à la France du placard.

Retour à De Beers

Un commentaire concernant Prix du diamant s’étonne que je m’en prenne à la science économique. Après tout le monopole du diamant n’a-t-il pas un comportement de monopole ? Retour sur le comportement des monopoles :

  • Les livres d’économies ne parlent que d’un seul type de monopole : celui dont l’unique obsession est de gagner beaucoup d’argent. Tous les monopoles n’ont pas cet objectif. L’éducation nationale, l’hôpital ou l’armée sont des monopoles, mais ne cherchent pas à maximiser leurs revenus (le coût est une contrainte). Ils ont une autre mission que le profit, d’autres valeurs qui les guident. Du coup, comme je le fais remarquer régulièrement, ils sont efficaces économiquement parce que leurs personnels ne sont pas vénaux : leurs coûts de fonctionnement sont faibles.
  • Les monopoles du diamant eux aussi n’ont rien à voir avec les monopoles des livres de cours. Car ils font quelque chose de bizarre : au lieu d’agir sur l’offre, seulement, en réduisant leur production, ils interviennent sur la demande. Pour cela, ils investissent à très long terme dans une énorme campagne de marketing très subtile, qui va beaucoup plus loin que de la publicité explicite : elle a fait un usage massif des leaders d’opinion que sont les stars de cinéma (chaque idylle étant l’occasion d’un cadeau en diamants). Le monopole réel ne cherche donc pas à maximiser ses revenus à court terme, mais à assurer sa situation de monopole (à long terme) en manipulant les critères de décision implicites de la population, notre inconscient. C’est une forme de totalitarisme.

Il y a un peu plus d’une décennie, j’ai repéré un exemple du même type. Les chimistes allemands ont cherché des débouchés pour leur PVC. Ils ont visé le marché des fenêtres, qui alors étaient en bois. Ils n’ont pas fait que de la publicité, ils ont surtout voulu s’acquérir les bonnes grâces des architectes et des artisans (ils ont d’ailleurs transformé quelques-uns de ces derniers en fabricants de fenêtres en PVC). Dans le cadre d’une enquête, j’ai demandé à un échantillon du marché final (nous) quels étaient les critères de choix d’une fenêtre, et quel était le meilleur pour y répondre : bois ou PVC ? à chaque fois c’était le PVC. La bataille du bois était perdue. Curieusement, des amis m’ont expliqué ensuite que mes critères de choix n’étaient pas complets, qu’il manquait notamment des critères environnementaux, qui, eux, étaient massivement favorables au bois.

Compléments :

  • Ceci n’a rien de nouveau, ou de choquant, comme semble le penser le commentaire : ce n’est autre qu’une illustration parfaite de remarques faites il y a plus d’un demi siècle par l’économiste J.K Galbraith, qui fut le conseiller de plusieurs présidents américains, et n’a rien d’un anarchiste. D’ailleurs, mon propos n’est pas de dénoncer le comportement de l’économie, ou de tel ou tel monopole, mais d’identifier la logique de ce comportement, pour pouvoir agir en fonction.
  • Le monopole est un phénomène rare. Les entreprises tendent à se regrouper en oligopoles. Ces oligopoles parviennent à se coordonner, sans avoir besoin d’une entente formelle (cf. la stratégie moutonnière de l’industrie automobile). Un autre vieux classique de l’économie : The Logic of Collective Action.

Prochain système économique

Le keynésianisme, l’illusion selon laquelle l’état pouvait gérer, par ses dépenses et ses impôts, l’économie, a été remplacé par le monétarisme, l’illusion selon laquelle l’économe dépendait d’un taux d’intérêt fixé par une banque centrale indépendante. Cette dernière illusion ayant explosé avec les dernières bulles spéculatives on se demande quelle sera la prochaine mode.

Pour Paul Krugman (dans un billet déjà ancien The lessons of 1979-82), ce sera à nouveau le Keynésianisme. En effet, la prétendue victoire du monétarisme sur l’inflation des années 80, correctement analysée, fut un désastre. Puisque le monétarisme n’a pas gagné, alors le keynésianisme est victorieux.

Le jugement de J.Galbraith, dans L’économie en perspective, me semble plus juste. Déjà, il montre, comme P.Krugman, que le monétarisme n’a rien réussi. Par contre, il enterre le keynésianisme au motif qu’il n’est pas possible de gérer l’économie par des mesures macro-économiques (on doit la barrière entre micro et macro économie à Keynes). En effet, elles ne savent réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques. Elles se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.

Ceci signifie que l’économiste doit comprendre ce que dit ce blog à longueur de billets : quand on désire un changement, il ne faut pas se contenter de belles théories, il faut contrôler le changement, c’est-à-dire s’assurer que les moyens sont là qui vont le faire réussir. C’est pour cela que tout gouvernement est doté d’un « exécutif ».

La physique est d’accord. Elle sait que l’incertitude produit le chaos, et que pour l’éviter, il faut prévoir des mécanismes de contrôle (c’est l’automatique), aucune sonde spatiale ne suivrait sa route sans cela.

Le jour où l’économie aura compris cette simple vérité, elle sera devenue une science.

Compléments :

  • L’économie en perspective explique non seulement que l’économie classique est basée sur des hypothèses fausses, mais que si elle a eu une vie aussi longue, c’est parce qu’elle est favorable aux « puissants » (et aux économistes). D’ailleurs, chaque théorie économique a plus ou moins inconsciemment justifié les idées de classes dominantes ou montantes.
  • Contrôlez le changement !

Pourquoi des vacances ?

Certains ne semblent pas avoir besoin de vacances : les paysans, les chercheurs, les dirigeants, les gouvernants. Pourquoi ?

Contrairement au reste de la population, n’est-ce pas ceux qui subissent le moins de contraintes humaines ? Ils sont soumis à des contraintes (la nature et ses lois pour le paysan), certes, mais qui sont bien plus supportables que la routine taylorienne de l’ouvrier, ou le métro boulot dodo de l’employé ? Ce qui use l’homme, c’est le diktat des lois humaines, la robotisation de son existence ?

Si cette explication est correcte, les vacances permettraient de retrouver un peu de libre arbitre. Deux idées qui vont dans cette direction :

  1. Durkheim, dans son étude sur le suicide, note qu’on se suicide au rythme du calendrier de l’activité humaine. Sans que nous nous en rendions compte nos décisions sont contrôlées par les cycles sociaux.
  2. L’économiste Thorstein Veblen a étudié les classes supérieures américaines de la fin du 19ème siècle (The theory of the leisure class). C’étaient des classes oisives dont toute l’activité (à commencer par la consommation) était ostentatoire. Galbraith (The Industrial State) se demande où est maintenant cette classe. Il la retrouve dans les universités et à la tête des entreprises : elle a réussi à faire passer son oisiveté pour un travail.

Bureaucratique Amérique

J’entends M.Obama défendre sa réforme du système de santé américain et expliquer qu’elle ne signifie pas une intervention bureaucratique. Aux USA état = bureaucratie = gaspillage.

Ce qu’il y a de surprenant c’est qu’on m’a appris à l’Insead, à grands coups d’articles savants, que le mal des USA est la bureaucratie de ses entreprises. Les malheurs de GM viennent de nous rappeler cette simple vérité. Elles sont des monstres rigides, par nature tayloriens, qui ne résistent pas au changement. On rêvait de détruire la grande entreprise (Drucker en tête).

Celui qui fait fortune en Amérique c’est le fonctionnaire privé : grâce à ses diplômes, il est entré chez Goldman Sachs, y a fait carrière, est proche du sommet, et se répartit maintenant les bénéfices que la banque tire de l’exploitation de l’humanité.

Ce qu’il a d’extraordinaire dans cette histoire, c’est le retournement qui s’est produit en 15 ans. La grande entreprise a convaincu l’Amérique et ses universitaires qu’elle était le bien, et que le mal absolu c’était l’état, l’expression de la démocratie, qu’il fallait le détruire lui et ses contrôles.

Compléments :

Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs

Inquiétant article sur Goldman Sachs (Rolling Stone). Goldman Sachs a été un des grands acteurs du Crash de 29 (Galbraith lui dédie un chapitre). Après des décennies de calme, sa nature se réveille :
  • Lorsqu’arrive la bulle Internet, il est le leader de l’introduction en bourse des entreprises. Jusque-là seules celles qui sont rentables depuis plusieurs années sont candidates. Mais on tord le cou à cette règle. Et Goldman Sachs met au point des techniques frauduleuses pour faire exploser le cours des actions nouvelles et s’attirer des clients. La banque est condamnée, mais la pénalité est faible par rapport aux sommes colossales qu’elle a gagnées, pour des opérations qui n’auront été que du vent (Le Nasdaq perd 5000 milliards de $ à la suite de l’éclatement de la bulle Internet). L’aventure a donné à Goldman Sachs le goût des profits démesurés, dorénavant il va aller de bulle en bulle.
  • C’est à cette époque que M.Rubin, ancien dirigeant de Goldman Sachs et ministre des finances de M.Clinton, va procéder à la déréglementation des systèmes financiers dont nous ne nous sommes toujours pas relevés.
  • La bulle suivante est celle des subprimes. À nouveau, elle tient à une entorse à une règle prudentielle. Le procédé est beaucoup plus brillant que celui que j’avais entrevu. Il consiste à prêter à la terre entière, y compris aux insolvables, mais en se déchargeant du risque. On y parvient 1) par une titrisation qui masque le risqué par du non risqué 2) par une forme d’assurance nouvelle, le CDS, fournie par AIG. Mieux, le régulateur refuse de réguler le CDS, qui peut être consommé sans limites. Et quand l’affaire commence à mal tourner Goldman spécule contre ces produits !
  • Goldman se tourne vers les matières premières. Avec quelques amis, il fait exploser le prix du pétrole à un moment où l’offre est en croissance et la demande en baisse. Pendant la durée de la bulle, trois quarts des achats de matières premières auraient été faits à des fins spéculatives (avant d’être consommé le baril de pétrole était acheté 27 fois). À l’origine de la bulle, une manœuvre de la banque qui obtient une dérogation concernant une règle anti-spéculation datant de 1936. L’exercice aura fait beaucoup de victimes, et serait à l’origine d’une famine qui a touché cent millions de personnes.
  • Puis, c’est le sauvetage des banques par M.Paulson, ministre des finances et ancien P-DG de Goldman Sachs. Bizarrement, la seule grande banque que l’administration américaine laisse sombrer est Bear Sterns, un des principaux concurrents de Goldman Sachs. Par contre son assureur AIG est tiré d’affaires, ce qui permet à Goldman Sachs de couvrir ses pertes (13md$), la banque sera aussi gentiment renflouée par le contribuable.
  • Et l’avenir est riant. La prochaine spéculation semble devoir porter sur le marché des bons à émettre du carbone, que l’administration américaine essaie d’imposer. Goldman Sachs, qui d’ordinaire refuse toute réglementation, a mis son formidable pouvoir de persuasion au service de la promotion d’une politique anti-effet de serre hyper dirigiste.
  • Détail curieux : Goldman Sachs gagne beaucoup d’argent, mais ne paie pas d’impôts. Mais il n’y a rien d’exceptionnel, c’est aussi le cas des deux tiers des entreprises américaines.

Ce qui me fascine dans cet article, c’est que j’y vois le bombardier du film de Kubrick : le Dr Folamour. Goldman Sachs c’est une équipe de génies de la finance, seuls contre tous, qui mettent un talent et une énergie désespérés pour retourner tous les mécanismes de protection de la société, afin d’en tirer des bénéfices toujours plus gros (622.000$ par employé et par an en 2006, et 2009 devrait être bien meilleur). J’y entends aussi l’histoire d’Enron. Mais Goldman Sachs est infiniment plus fort et intelligent qu’Enron, et, surtout, il tire les ficelles de toutes les administrations depuis celle de Clinton : ses anciens employés sont à tous les postes d’importance (à commencer par la direction de l’organisme supposé le contrôler).

Goldman Sachs nous lance un formidable défi : nos réglementations seront impuissantes contre son génie. Il aura notre peau.

Compléments :
  • Sur Enron: EICHENWALD, Kurt,Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • Une autre chose qui me fascine : la similitude entre le comportement du Goldman de cet article et celui d’une cellule cancéreuse.

L’artisan résiste à la crise

C’est ce que semble dire un billet des Échos que m’envoie Thierry Samama.

Pourquoi : peu international, et très informellement adaptable : anticyclique car anti juste à temps, revenus et charge de travail (distribuée éventuellement à sa famille) fonction des circonstances.

Qu’en déduire ? Peut-être que l’artisan applique mieux la théorie économique que ceux qui s’en servent pour justifier leur enrichissement. En effet, comme dans la théorie de Knight, et contrairement au financier qui ne rend jamais ses bonus, l’artisan assure l’incertitude : l’excès des périodes fastes est réinvesti lors des périodes difficiles. C’est ce type de comportement qui justifie la possession des profits, et de l’entreprise.

Compléments :

  • À qui appartient le profit ?
  • Un complément ajouté avec retard. Autre explication possible : la théorie économique a été écrite en pensant à l’artisan (plus exactement au petit entrepreneur), et non à la grande entreprise. (En appui de cette idée : L’économie en perspective de J.Galbraith.)

TF1 et ARTE

Pourquoi les Français disent qu’ils préfèrent ARTE, mais regardent TF1 ? Application des théories d’Edgar Schein :
  1. Nos habitudes (regarder TF1) sont des « artefacts ».
  2. L’homme donne des explications de son comportement en ayant recours aux « valeurs officielles », à ce que notre culture nous dit être bien : regarder ARTE. Le paradoxe révèle qu’il y a anguille sous roche.
  3. En fait notre comportement obéit à des « hypothèses fondamentales » qui sont enfouies dans l’inconscient collectif.
La théorie de Galbraith dit que la communication joue sur les faiblesses de l’homme pour en faire un consommateur prévisible. En fait, ce n’est pas tant la publicité qui a cet effet que l’idéal anglo-saxon que diffuse la télévision. Alors nos hypothèses de base, inculquées par TF1, seraient liées à un style de vie, que nous ne pouvons vivre que sur TF1. A creuser.
Compléments :
  • Des effets délétères de la télévision.
  • Galbraith : L’ère de la planification.
  • D’une manière générale, l’entreprise moderne joue essentiellement sur les faiblesses humaines. C’est ainsi qu’elle nous transforme en obèses ou qu’elle force la dose de nicotine pour nous rendre dépendants de la cigarette (voir sur le sujet Révélations, le film de Michael Mann).