Stefan Zweig. La guérison par l’esprit.

Voici un livre étonnant. Des biographies écrites sur le mode de l’épopée. Comme si l’auteur avait partagé la vie des personnes dont il parle !

C’est l’histoire de Freud de son vivant, et de ceux qui l’ont précédé. Le choix de ces derniers est inattendu. Il s’agit de Mesmer et de Marie Baker-Eddy. le 1er était un médecin des Lumières, qui découvre le pouvoir de la suggestion. Il a un succès fou en un temps où le charlatanisme fait fureur. Il recherche l’appui de la science, mais elle ne le prend pas au sérieux.

La seconde est une sorte de malade imaginaire, qui a une révélation lorsqu’elle rencontre un lointain disciple de Mesmer. A 60 ans, elle révèle un sens des affaires exceptionnel. Elle crée une religion, un journal et fait une fortune colossale.

Quant à Freud, il arrive dans une société rationaliste qui nie la réalité de la nature humaine. Zweig le décrit comme un génie et un incorruptible.

Cependant Zweig conserve un esprit critique. Dès cette époque, il perçoit les torts de la psychiatrie  moderne. En particulier, une psychanalyse est une enquête complexe, pour la mener à bien, il faut avoir des dons exceptionnels. Très peu de gens peuvent donc être psychiatres. il remarque aussi que, paradoxalement, la psychanalyse peut faire plus de mal que de bien. En effet, l’homme a besoin d’un sens à sa vie. Ce sens est collectif, c’est celui que fournissent les religions. Or, la psychanalyse, en ramenant l’homme à son nombril, le sape.

Quelques citations :

Une certaine surestimation du sexuel domine donc peut-être son œuvre et sa thérapeutique, mais cette insistance particulière de Freud était historiquement la conséquence de la sous-estimation et de la dissimulation systématique de la sexualité par les autres pendant des dizaines d’années. On avait besoin d’exagération pour que la pensée pût conquérir l’époque ; en brisant la digue du silence.

Comme tout ce qui n’est qu’humain elle ne rend pas libre et joyeux. (La psychanalyse)

(L’humanité) C’est pourquoi la science peut sans cesse lui démontrer la puérilité de ses créations divines, toujours, pour ne pas tomber dans le nihilisme, sa joie de créer voudra donner un sens nouveau à l’univers, car cette joie de l’effort est déjà en elle-même le sens le plus profond de toute vie spirituelle.

(La psychanalyse) Elle analyse, sépare, divise, elle montre à toute vie son sens propre, mais elle ne sait pas regrouper ses 1000 et 1000 éléments et leur donner un sens commun. Pour être réellement créatrice, il faudrait que sa pensée, qui éclaire et décompose, fut complétée par une autre qui rassemblerait et ferait fusionner – après la psychanalyse la psychosynthèse – chose qui sera peut-être la science de demain.

Inconscient et changement : contre Freud

Freud dit que nous balançons ce qui nous déplaît dans notre inconscient. Pas d’accord :
Pour ma part, il me semble qu’il y a construction du conscient. Par nature, c’est l’inconscient qui pilote l’homme. Cependant, certaines choses « émergent » et deviennent conscientes. Elles font partie de notre « raison ». Nous mettons des mots sur notre impression. L’évolution de l’enfant me semble suivre ce principe. Initialement, il est totalement inconscient, progressivement, la conscience apparaît. Et le phénomène est probablement continu, jusqu’à la mort. 
Quelles sont les raisons de la raison ? Je soupçonne que c’est notre incapacité de résoudre seuls nos problèmes. La raison permet d’en parler et de les traiter en groupe. Ce serait une forme de souffrance qui ferait émerger la raison. D’où ma contre-interprétation de Freud. Quand il souffre trop, l’homme ne rejette pas le conscient dans l’inconscient, mais il refuse à l’inconscient de devenir conscient. C’est le déni. 
Faut être inconscient pour changer ?
Cette théorie a des implications majeures en termes de changement. C’est parce que l’enfant est inconscient qu’il peut subir les chocs violents de son éducation. C’est ainsi que l’on souffre « a posteriori » de son éducation, alors qu’aujourd’hui on profite de ses bénéfices. Quant à celui dont les études ont été ratées, lui ne souffre pas : l’échec est demeuré inconscient. 
L’éducation est essentiellement une question de raison. (Rien de neuf là-dedans. C’est tout le programme des Lumières et de la France républicaine.) Par conséquent, couper une partie de la population de l’éducation permet de la maintenir dans l’inconscient (l’enfance) et de lui faire subir de mauvais traitements, sans qu’elle s’en rende compte. C’est ce que je retiens, en particulier, des travaux de JB.Fressoz : le peuple a fait les frais de la mise au point de la technologie moderne par des fous-furieux.

Qu’est-ce qui passe, et ne passe pas, le mur de la raison ?
Question finale : pourquoi y a-t-il parfois passage de l’inconscient au conscient, d’autres fois non ?
Cela pourrait résulter du théorème des anxiétés d’Edgar Schein. Le passage inconscient / conscient est caractérisé par une anxiété de survie élevée. Mais il peut être bloqué par une anxiété d’apprentissage tout aussi élevée. Autrement dit, on ne sait pas par quel bout prendre le problème. Ou, plus exactement, puisque le mécanisme de résolution est collectif, on ne sait pas à qui on peut demander de l’aide (de nous aider à résoudre notre problème). 

Sommes-nous conditionnés par notre enfance ?

Un ami me demande (avec inquiétude !) si je crois que nous sommes conditionnés par notre enfance. 

Il me semble qu’il y a deux théories sur le sujet. Celle de Freud qui pense que oui. Quelque chose, qui vient des profondeurs de notre âge, et que nous avons rejeté dans notre inconscient, nous guide. Celle de Bateson, selon laquelle nous sommes l’émanation du système que nous constituons avec notre environnement. En quelque sorte, nous sommes un acteur dans une pièce de théâtre. Tant que les autres ne changeront pas de rôle, nous devrons suivre notre texte. (Plus exactement, nous sommes marqués par la pièce : si on nous en sort, nous cherchons à la reconstituer.)

J’ai fini par croire que l’effet Bateson est le plus fort des deux. Par exemple, ce blog tente de modéliser le comportement des hommes politiques, en particulier MM. Sarkozy, Obama ou Hollande (un exemple). Ce qui ressort de cette étude est que leur comportement est avant tout conditionné par le système auquel ils appartiennent. Ce système les a sélectionnés certainement, mais il les a aussi faits. La théorie de Freud est peut-être à l’oeuvre dans d’autres domaines, par exemple dans leur choix de compagnes. Mais est-ce le cas ? Ne sont-elles pas représentatives du milieu qu’ils fréquentent ? Je me demande si Freud ne s’adresse pas essentiellement à des cas pathologiques. Un choc initial tellement violent que l’individu est incapable de s’en relever l’espace d’une vie. A moins que ce choc soit un moteur pour la vie. Il donne l’énergie cinétique mais pas la trajectoire.

En conséquence, il me semble que si l’on veut modéliser un comportement, il ne faut pas aller chercher l’histoire de l’individu, mais plutôt essayer de comprendre à quel système il appartient. Il est probable qu’il reproduira ses codes.

Histoire de la conduite du changement

Les sciences modernes du changement entrent dans le domaine que l’on appelle « la psychologie sociale ».

  • La psychologie a connu plusieurs étapes. La première est celle de Freud (1856, 1939). Il s’intéresse à l’individu isolé. Puis arrive Gregory Bateson (1904, 1980). Cet anthropologue anglais explique que l’homme n’est pas isolé. Il appartient à une famille. Les relations qui s’y nouent jouent un rôle décisif sur l’individu (cf. double bind). Il va utiliser les outils de la systémique. Et fonder « l’école de Palo Alto ». Ses travaux sont appliqués aujourd’hui à beaucoup plus que la famille. D’eux vient notre « coaching » moderne. Cette école systémique parle de changement
  • Kurt Lewin (1890, 1947), Allemand émigré aux USA, élève de l’école de Gestalt de Berlin (psychologie de la forme), crée la psychologie sociale. De l’individu de Freud et de la famille de Bateson, elle passe à la société dans son ensemble, à une entreprise, par exemple. De l’examen du changement, on en vient à s’occuper de mon sujet : comment transformer, de manière délibérée, une organisation. La science qui étudie cette question s’appelle Organizational Development (développement des organisations). Elle date du début des années 50. Elle est enseignée dans les écoles de management.
(PS. Depuis j’ai écrit sur la vie de Kurt Lewin, et sur le changement vu par la systémique de Paul Watzlawick de Palo Alto.) 

Eloge de la dette

Et si la solution de notre crise était dans la définition de « dette » ? SARTHOU-LAJUS, Nathalie, Eloge de la dette, PUF, 2012.

Notre crise n’est pas financière. Elle est celle de notre représentation du monde, fondée sur la fiction du « self made man » : l’individu ne doit rien à personne. Et les conséquences de ce déni de réalité sont effroyables. La dette financière est la moindre d’entre elles. Car l’individu a besoin de la société pour être. Il n’y a pas de libéralisme sans société. Il n’y a pas de liberté sans dette.
Ce livre est une exploration de la signification de « dette » par différentes cultures, proches de la nôtre. Dommage que l’on n’y parle pas de science (en dehors de la psychologie de Freud). Car elle explique que, dans le monde, tout est interdépendant. A vrai dire, je ne l’ai pas bien compris. Son intérêt est peut être plus dans les métaphores, travaux et idées qu’il cite que dans l’interprétation qu’il en donne. Parmi ce que j’en retire, et qui n’y est peut-être pas :
  • Pourquoi la religion catholique prohibe-t-elle l’intérêt ? (Le marchand de Venise.) Parce que le prêt est un don. Et don de son être, plus que d’un bien matériel ou de son corps. Mais il crée la potentialité d’un contre-don. C’est malin : non seulement on retrouve ce que l’on a donné, mais on s’est fait un ami, quelqu’un sur qui compter. « Intérêt » du prêt ? Mécanisme d’assurance ? Bien entendu cela signifie qu’il y ait sens du devoir. Prêter est un acte d’amour, de foi en l’autre. (Serait-ce pour cela que notre Etat providence est en faillite : ceux qu’il aide ne lui en sont pas reconnaissant ?)
  • Une question que je me suis posée : l’individu demande des décennies d’apprentissage social. Autrement dit, il ne peut pas être « libre » par son seul effort. Alors, l’insistance de certains libéraux à ne rien donner aux pauvres fait-elle de ces derniers des sous-hommes ? Les prive-t-elle d’une part de leur humanité ? (Les esclaves seraient-ils la contrepartie de la démocratie ?)
  • Ce livre m’a aussi montré Dom Juan de Molière sous un jour nouveau. Ce n’est pas l’histoire d’un séducteur. C’est celle d’un homme qui refuse de payer ses dettes à la société. C’est le précurseur des banquiers, et des oligarques modernes. Mais, notre nature même est l’emprunt : nous devrons rendre notre âme ! Surtout l’homme et la société sont en perpétuel devenir. Ce qui requiert l’entraide. Donc nouvelles dettes. Il se trouve aussi que nous créons des dettes que l’on ne nous paiera pas. Car nous faisons l’avenir de nos enfants. Par conséquent, nier toute dette, c’est vivre dans l’instant. C’est la jouissance à la DSK comme seul moteur, « la fin de l’histoire » des libéraux, et l’ardoise qu’ils nous laissent.
  • Le plus curieux peut être est que certaines dettes sont infinies. La culpabilité qui en résulte est écrasante. Or, comble de l’irrationalité, il peut y avoir « grâce », abrogation. Mais est-ce un don gratuit ? Car elle suscite, chez l’âme bien  née, un élan de reconnaissance éternel. Contre don ? (Serait-cela la charité chrétienne ?)
En résumé, tout ceci semble dire que nous sommes une société de pauvres types, de comptables méprisables, au cœur sec. Nous avons fait du don et de la dette une question de calcul, alors que c’est une affaire d’amour et de désir irrationnel. Mais d’une irrationalité qui se révèle, a posteriori, infiniment plus rationnelle que le calcul. Ce faisant, nous avons construit un monde à notre image, désertique. Et sans lendemain.  

La raison dirige-t-elle l’homme ?

Penseur venu de wikipedia

Il est estimé, au moins en Occident, que la raison dirige ou devrait diriger l’individu.

Je ne le pense pas. Et je ne crois pas non plus à la théorie de Freud, qui veut que la raison rejette dans l’inconscient ce qui ne lui va pas.
Il me semble plutôt que l’inconscient pilote l’homme et que ce que nous appelons raison n’est là que pour rationaliser une décision qui a été prise sans elle. Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner semble confirmer ce point de vue : il y est dit que l’expérience montre que la partie « intelligente » du cerveau réagit une fois que nous avons pris une décision.
La démonstration de mathématique est un autre exemple de ce phénomène : elle part d’une intuition, qui est, ensuite, justifiée par le raisonnement. Il n’y a pas de méthode pour résoudre systématiquement un problème.
A quoi servirait la raison, alors ? Je formule deux hypothèses.
La première est que notre raison est un outil social. Elle nous permet de communiquer, d’être compris, et surtout de coordonner nos comportements collectifs à grande échelle (aujourd’hui à celle de la planète). Par contraste, « l’émotion », « l’empathie »… n’ont qu’un très court rayon d’action.
L’évolution de l’entreprise montre cette idée en action. Quand elle est petite, l’entreprise fonctionne à l’informel, à l’affect, comme une équipe sportive. Dès qu’elle s’étend, elle définit explicitement des lois, des règles, des normes. Elle invente, en particulier, le contrôle de gestion. C’est ce que montre fort bien l’évolution de General Motors sous le leadership d’Alfred Sloan.
La seconde est que la raison est un appel à l’aide. Lorsque notre inconscient est dépassé par une difficulté, il tente de la rendre consciente. Pour que nous puissions utiliser notre raison pour demander l’aide du groupe ?
Résumé de mes désaccords avec l’opinion dominante : la raison n’a pas été inventée pour guider l’individu, c’est une fonction sociale qui est dépendante de l’inconscient.
La raison individuelle a sans nul doute une influence sur l’homme : dans mon modèle, l’inconscient produit de la conscience qui peut arriver à son tour à modifier l’inconscient ; mais le procédé est lent, et intimement lié à la dimension sociale de la vie, puisque les outils du conscient sont construits par lui à partir de ce qu’il a compris de l’enseignement collectif. Mais c’est une conséquence imprévue de la fonction sociale de la raison. 

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.
L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).
Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l’individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C’est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).
Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…
L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.
Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.
Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir. 

A dangerous method

Film de David Cronenberg, 2011.

Époque où les très fortunés étaient cultivés, polyglottes et névrosés. Et où l’on créait des théories par rationalisation de son cas particulier.

Introduction à l’œuvre de Jung, Freud et Gross.

Esprit de contradiction ? Je n’aimais pas les premiers films de Cronenberg, mais je trouve qu’ils avaient quelque chose d’original – une sorte d’étrangeté malsaine – qui a disparu. Ses dernières productions semblent avoir perdu le souffle initial. Elles ont peut-être gagné un grand public ?

RP et manipulation

Ce qu’il y a de curieux dans l’histoire des relations publiques, c’est qu’on y parle immédiatement de manipulation. Un de ses pères fondateurs aurait même été un neveu de Freud, un certain Edward Bernays.
Comment la science peut-elle amener les masses où entreprises et gouvernements veulent qu’elles aillent ? se demande-t-on. Déjà, on repère la sensibilité de l’esprit humain aux émotions, aux images, à l’influence des leaders d’opinion.
Pourquoi l’entreprise n’a-t-elle pas cherché à s’adresser à la rationalité humaine ?
Parce que le capitalisme n’a pas attendu la révolution russe pour avoir mauvaise presse. Ses origines sont marquées par un affrontement avec syndicats et salariés. Inquiète pour sa situation, son élite dirigeante était prête à tous les coups. 
Que signifie que la publicité ressortisse toujours à de la manipulation ? Plus qu’un marché, le dirigeant nous voit comme une populace révolutionnaire qui en veut à ses richesses ?

Schopenhauer pour les nuls

Janaway, Christopher, Schopenhauer, A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2002.

Schopenhauer était-il un philosophe ? Christopher Janaway trouve beaucoup à redire à la rigueur de son raisonnement et à la solidité de sa métaphysique, et à sa tentative de rapprocher Kant et Platon.
Il paraît plutôt avoir été un grand écrivain, et un précurseur de la psychologie, qui a su formuler le malaise de son temps. Ses idées semblaient à tel point une évidence à la haute société viennoise que Freud s’est cru obligé de dire qu’il ne l’avait pas lu.
Pour Schopenhauer, le mal du monde c’est la « volonté » (de vivre) des êtres et des éléments qui le constituent et qui fait que nous nous jetons tous les uns contre les autres, et qu’un univers plus horrible ne pourrait pas exister. Pour l’homme cette volonté se trouve dans son inconscient, qui tire ses ficelles, et déforme sa perception. Et cet inconscient est obsédé par le sexe (i.e. par la reproduction).
Cette volonté aveugle nous enferme dans l’illusion de notre individualité, qui nous empêche de voir que nous appartenons à un tout. (Ce qui fait de l’empathie la plus grande vertu humaine.) Cependant nous entrapercevons parfois le monde tel qu’il est vraiment. L’art nous le montre. Il neutralise la « volonté » et nous ouvre les yeux sur la réalité. Certains, des saints, parviennent même à ne plus rien vouloir, donc à vivre cette réalité qui sous-tend nos illusions. C’est avant tout l’effet d’un violent accident de la vie (l’homme n’ayant pas de libre arbitre).

Commentaires :
Si l’œuvre de Schopenhauer a semblé évidente à ses contemporains, est-ce parce qu’il les a influencés ? Ou est-ce parce que la philosophie rationalise les idées de son époque ? D’ailleurs, pourquoi la très riche et très raffinée haute société à laquelle il appartenait a-t-elle pu produire une pensée aussi noire ? Élégant désespoir romantique de ceux qui ont tout ? Culture excessivement répressive, qui martyrise l’individu et fait de sa nature un mal ?…

Mais, au fond, Schopenhauer n’a-t-il pas raison ? Ne sommes nous pas victimes de la haine que nous nous portons ? Les milieux d’affaire anglo-saxons ont érigé la concurrence et l’égoïsme en dogme, les hommes politiques français sont aveuglés par leurs ambitions, au mépris de leurs nobles principes, les Allemands sont parvenus à un semblant d’union en déclarant la guerre au reste du monde. L’humanité est victime d’une malédiction : croire qu’il y a des bons et des mauvais… Malédiction ou bon sens ? La vie consomme ce qui lui est nécessaire. En l’épuisant, elle se force à se réinventer, non ?
Mais, l’homme ne peut-il arriver à comprendre que l’autre n’est pas un ennemi ? Dans l’adaptation nécessaire aux évolutions de notre environnement, l’union fait la force ; le groupe est d’autant plus fort que chacun de ses membres fait ce pour quoi il est doué, ce qu’il a envie de faire (volonté).
Compléments :
  • Le livre que cite Histoire du mariage remarque que les théories de Freud arrivent à une époque de répression sexuelle sans précédent. 
  • Curieux cheminement qui mène de Kant à Heidegger, en passant par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, notamment. Chacun emprunte à l’autre des idées qui semblent progressivement prendre la solidité d’une vérité scientifique. En même temps, on passe de systèmes fermés et logiques, à des travaux beaucoup moins préoccupés de consistance interne.