
Voici un livre étonnant. Des biographies écrites sur le mode de l’épopée. Comme si l’auteur avait partagé la vie des personnes dont il parle !
C’est l’histoire de Freud de son vivant, et de ceux qui l’ont précédé. Le choix de ces derniers est inattendu. Il s’agit de Mesmer et de Marie Baker-Eddy. le 1er était un médecin des Lumières, qui découvre le pouvoir de la suggestion. Il a un succès fou en un temps où le charlatanisme fait fureur. Il recherche l’appui de la science, mais elle ne le prend pas au sérieux.
La seconde est une sorte de malade imaginaire, qui a une révélation lorsqu’elle rencontre un lointain disciple de Mesmer. A 60 ans, elle révèle un sens des affaires exceptionnel. Elle crée une religion, un journal et fait une fortune colossale.
Quant à Freud, il arrive dans une société rationaliste qui nie la réalité de la nature humaine. Zweig le décrit comme un génie et un incorruptible.
Cependant Zweig conserve un esprit critique. Dès cette époque, il perçoit les torts de la psychiatrie moderne. En particulier, une psychanalyse est une enquête complexe, pour la mener à bien, il faut avoir des dons exceptionnels. Très peu de gens peuvent donc être psychiatres. il remarque aussi que, paradoxalement, la psychanalyse peut faire plus de mal que de bien. En effet, l’homme a besoin d’un sens à sa vie. Ce sens est collectif, c’est celui que fournissent les religions. Or, la psychanalyse, en ramenant l’homme à son nombril, le sape.
Quelques citations :
Une certaine surestimation du sexuel domine donc peut-être son œuvre et sa thérapeutique, mais cette insistance particulière de Freud était historiquement la conséquence de la sous-estimation et de la dissimulation systématique de la sexualité par les autres pendant des dizaines d’années. On avait besoin d’exagération pour que la pensée pût conquérir l’époque ; en brisant la digue du silence.
Comme tout ce qui n’est qu’humain elle ne rend pas libre et joyeux. (La psychanalyse)
(L’humanité) C’est pourquoi la science peut sans cesse lui démontrer la puérilité de ses créations divines, toujours, pour ne pas tomber dans le nihilisme, sa joie de créer voudra donner un sens nouveau à l’univers, car cette joie de l’effort est déjà en elle-même le sens le plus profond de toute vie spirituelle.
(La psychanalyse) Elle analyse, sépare, divise, elle montre à toute vie son sens propre, mais elle ne sait pas regrouper ses 1000 et 1000 éléments et leur donner un sens commun. Pour être réellement créatrice, il faudrait que sa pensée, qui éclaire et décompose, fut complétée par une autre qui rassemblerait et ferait fusionner – après la psychanalyse la psychosynthèse – chose qui sera peut-être la science de demain.



