Crise et culpabilité de l’Etat

Suite de la série la culpabilité de l’Etat. Pendant des années l’Etat a subventionné l’automobile en multipliant jupettes et baladurettes. Cette croissance artificielle a probablement encouragé les constructeurs français à ne pas changer. Pire, peut-être, à désinvestir. (J’ai entendu dire par l’auteur d’un rapport sur la santé de PSA, que la famille Peugeot avait prélevé 6md€ sur la société.) D’où un effet pro-cyclique : le parc étant neuf, le marché n’a pas de raisons d’acheter, et les constructeurs n’ayant pas été soumis à la concurrence n’ont pas eu de raison de maintenir à niveau leur outil de production et leur gamme.

Je me demande aussi, si avoir déréglementé les télécoms en pleine crise n’était pas une erreur. Logiquement cela devrait conduire à des plans de licenciement chez les concurrents de Free. A moins que les économies faites par les consommateurs ne créent de l’emploi ailleurs. Encore faut-il que cet argent ne soit pas économisé, et que cet « ailleurs » soit en France.

Tout le drame de la rigueur est peut-être dans ces exemples. Elle veut nous punir des erreurs que nous avons faites. Or, ces erreurs, aujourd’hui, seraient probablement les solutions à nos problèmes… Ne serait-il pas bon que nos gouvernants sortent d’un mode de prise de décision réflexe, essentiellement inspirée par des modes, et envisagent les conséquences à long terme de leur action, en particulier en prenant en compte leurs conséquences sur l’emploi ? Ne faudrait-il pas aussi qu’ils s’assurent que leurs décisions donnent ce qui était prévu ?

Les médias sociaux peuvent-ils révolutionner les modes de management des consultants ?

Le cas. La mode de management fait la fortune du consultant. Mode de management ? Un nouveau type de mission de conseil, qui se répand comme une traînée de poudre, parce qu’elle répond à un besoin fort de beaucoup d’entreprises.
Si Internet n’est qu’un média parmi d’autres, bien utilisé, il donne quand même un sacré coup de pouce à la diffusion de nouvelles idées. Rare cas de cordonnier bien chaussé !, Hervé Kabla prend pour exemple le livre qu’il a coordonné pour l’association Media Aces des professionnels des médias sociaux. Plus de vingt mille téléchargements !
Conseils ? Utiliser l’exemple de clients qui veulent ringardiser leur concurrence (cf. Free), viser des relais d’opinion, donner beaucoup (mais pas trop !). Un service particulièrement adapté au consultant et à ses modes : Slideshare, site de partage de présentations. 

Comment réussir un changement ? évaluer sa complexité

Il y a quelque chose de paradoxal dans notre façon nationale d’envisager le changement. Réussir le changement est probablement ce qu’il y a de plus important pour notre société. (« Le » et pas tel ou tel changement, c’est-à-dire maîtriser le processus générique de changement.) Or, nous nous entêtons à échouer, alors que bien faire ressortit au bon sens.

J’ai fini par comprendre que mes techniques, qui plaisent aux universitaires, ne sont pas adaptées au commun des dirigeants. Il faut faire plus simple et plus fondamental. Dans cette série de billets, je vais parler de l’évaluation de la complexité du changement. De quoi s’agit-il ?

Aujourd’hui, les entreprises sont terrorisées par le changement. Par exemple, Free a parlé de la stratégie qu’il met actuellement en œuvre il y a 2 ans, au moins. Qu’ont fait ses concurrents en attendant ? Je ne serais pas surpris que la réponse soit : rien. Et qu’ils ne fassent pas beaucoup plus aujourd’hui.

Du coup, que se passe-t-il ? Ce que les consultants appellent « the burning platform ». On ne saute d’une plate-forme pétrolière en feu que lorsque les flammes vous lèchent les pieds. Si bien que vous vous écrasez 40m plus bas.

Pourtant, même une impréparation aussi grossière n’a pas de raison d’être fatale. Dans cette série de billets je vais expliquer :
  1. Comment préparer un changement alors que les flammes vous lèchent les pieds, donc vite, bien et discrètement.
  2. Les 5 sujets qu’il faut examiner avant de sauter.   
  3. Comment une « évaluation de la complexité du changement » permet de se tirer honorablement d’affaire. 

L’art de la relation client : SFR

Ayant pensé me rapprocher d’un de mes partenaires, j’ai accepté son offre de grouper nos lignes téléphoniques. Puis, constatant que le rapprochement n’était pas pratique, je décide de récupérer ma ligne. Je remplis les documents que me donne SFR pour ce faire.
Surprise. Je reçois un SMS m’expliquant que je ne suis pas habilité à reprendre ma ligne. C’est un rien insultant. Puis une lettre me proposant de me rapprocher du titulaire de la dite ligne pour en savoir plus sur la question. Ce que je fais. Il n’a rien reçu, il ne sait rien. Il suppose que SFR doit être terrorisé par Free et prêt à tous les coups pendables pour garder ses clients.
Je trouve remarquable l’attention que SFR a pour ceux qui achètent ses produits. Cela m’a rappelé ce qu’en dit Jean-Claude Larréché : la seule relation client digne de ce nom est celle qui transforme votre client en vendeur de vos produits… (The momentum effect)
En faut-il beaucoup plus pour démontrer la situation de monopole des opérateurs mobiles, et notre essorage ? 

Free et l'art de la stratégie

Free pourrait illustrer quelques théories de l’art du management et de la stratégie, à commencer par l’attaque d’un concurrent installé.
  • Reengineering : la société est construite avec une offre bon marché en tête. Par conséquent, les structures de coût de ses concurrents, résultat des méandres de l’histoire et d’un bien confortable monopole, sont certainement beaucoup plus lourdes que les siennes.
  • Modèle économique : Free ne propose pas de terminal, alors que c’est le principe de l’offre concurrente. Faire d’une force de son ennemi une faiblesse est le sommet de l’art chinois de la guerre.
  • Analyse de la valeur : l’offre de Free est bâtie sur ce qui compte le plus pour les segments de marché visés.
  • Par ailleurs, comme le note Hervé Kabla, Free réussit un coup de pub habile, qui profitera certainement à toute sa gamme. (FreeMobile, la révolution du 10 janvier 2012)
Quant à ses concurrents, leurs lourdes organisations leur permettront-elles de réagir et de ne pas se faire dépecer ? En fait, il est possible que le mal que va leur faire Free n’est pas tant sa concurrence directe que le changement qu’il a opéré dans la perception de leurs prix et de leurs services par le marché (« Non, vous n’êtes pas des pigeons », la réponse de Bouygues à Free).
Finalement, si la téléphonie mobile pouvait devenir moins coûteuse, cela ferait du bien à beaucoup de familles modestes, et peut-être aussi au reste de l’économie. Des mérites du libéralisme ?