Moment France Télécom ?

Au début des années 2000, l’équipe qui dirigeait France Télécom semble avoir été convaincue que son mal venait de ses personnels. Il fallait en réduire le nombre. 

L’idée était curieuse, puisque France Télécom venait d’hériter de 70md€ de dettes de son ancien dirigeant. La question des personnels n’aurait pas dû lui sauter à l’esprit. 

Surtout, c’était l’époque du GAFA. L’innovation créait des entreprises comme Apple, qui valent des milliers de milliards, 100 fois la capitalisation d’Orange ! (Cette capitalisation représente 40% de ses dettes d’hier…)

Et si c’était le mal actuel de la France ? Obsession des retraites, des dépenses publiques… Vouloir réduire des dettes, alors qu’il faudrait augmenter les revenus ? 

Procès France Télécom : relisons Hannah Arendt ?

Procès France Télécom. Lourdes sanctions pour trois dirigeants.

A ses origines, ce blog a beaucoup parlé de France Télécom. Et ce pour s’insurger contre les techniques de changement qu’avait utilisées son management. Car, elles sont tout ce contre quoi je combats, et j’écris.

Elles viennent de très loin, et sont décrites, en long en large et en travers, dans les ouvrages des experts du management, au moins depuis les années 90. Leur objectif est de faire de l’entreprise un marché, c’est à dire de casser les liens sociaux qui font qu’une société est une société.

Ce qui est regrettable dans cette affaire est que l’on en a oublié le contexte :

  • Un premier dirigeant est pris d’une crise de folie, qui laisse l’entreprise avec 70md€ de dettes. Ce qui représente, tout de même, l’équivalent d’une année de collecte de l’impôt sur le revenu. (Voir, en page 10 de ce journal, un compte rendu d’une analyse d’Elie Cohen.)
  • L’Etat décide de soutenir l’entreprise. 
  • Un second dirigeant procède à une politique de réduction de coûts sauvage. (Alors que les problèmes de France Télécom n’ont rien à voir avec cette question : elle a payé un prix excessif pour des acquisitions de sociétés et de licences.)
  • Une troisième équipe étend les techniques appliquées aux prestataires à l’intérieur de l’entreprise. Etrangement, au moment où l’on ne parle que des innovations d’Apple et de la Silicon Valley, les dirigeants de France Télécom voient le salut dans la réduction de sa masse salariale !
  • Enfin, rien n’aurait été possible si les personnels de France Télécom n’avaient pas joué le jeu de la direction. Etrangement, alors qu’en France la grève semble une seconde nature, le tissu social n’a pas résisté. 

Et si l’on relisait Hannah Arendt ?

Le coupable, piège du changement ?

Pourquoi, depuis toujours, les changements échouent-ils si souvent ? Parce que la cause de ce qui ne va pas est évidente. Elle nous fascine. Le changement, c’est se faire justice. Règlement de compte. Malheureusement, le changement a besoin du coupable pour réussir. En effet, il occupe une fonction irremplaçable. Et un conflit interne fait perdre un temps précieux.

Le changement efficace, sans heurt, voit au delà de la culpabilité, il cherche la capacité à changer.

Exemple ? 
Enseignement qu’il faut tirer de la gestion de France Télécom ? Sa direction était persuadée qu’une administration encombrée de fonctionnaires inamovibles ne pouvait pas lutter contre la concurrence. Pendant qu’elle les affrontait, le GAFA apparaissait. Paradoxalement, alors que France Télécom avait, après guerre, été à la pointe du changement, il est devenu un suiveur, qui extrait une rente d’un monopole.

Harcèlement moral

D’anciens dirigeants de France Télécom, sont poursuivis pour harcèlement moral. Une première ? Il y a une loi : « Quiconque « harcèle autrui par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail » est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende, dit l’article 222-33-2 du code pénal. »
D’après ce qu’en dit Le Monde, les dits dirigeants avaient clairement expliqué qu’ils voulaient réduire de 20% les effectifs de la société. Et les traces qu’ils ont laissées semblent tout aussi clairement signifier qu’ils voulaient le faire par dégradation de leurs conditions de vie professionnelle. 
Ce qui est curieux, c’est qu’ils ne se soient pas demandé si, en dégradant les conditions de travail de leur société, ils n’allaient pas aussi dégrader sa performance. Il est vrai qu’à l’époque on disait que le changement, n’importe quel changement, était bon. Parce qu’il forçait à la remise en cause des routines.

Orange pas pressé

Suite de mes démêlés avec Orange. Ma messagerie professionnelle ne parvient plus à envoyer de mails. Je tente à nouveau d’appeler le SAV d’Orange. J’abandonne après une demi-heure d’attente. Pour Orange, le client ne compte pas. Je pense être objectif en disant ceci. 
Dès que j’ai un peu de temps, je vais envisager de changer de fournisseur. Je pourrais dores et déjà m’en passer et n’utiliser que mon abonnement téléphonique (qui, d’ailleurs, ne marche pas très bien).
Orange est probablement caractéristique des changements que doit subir notre pays. Originellement, ça a été un service public qui a mené honnêtement une mission de service publique : nous équiper de téléphones. Puis il s’est transformé en un monopole qui a exploité une rente. Cela aurait-il pu être évité par le législateur ? Ou ne peut-on que compter sur la destruction créatrice ?… 

Télécoms européennes : imminente consolidation massive ?

Hier j’entendais Stéphane Richard, d’Orange. Interview par France Culture. Il estime que la France, dans son ensemble (opérateurs et sous-traitance) a beaucoup plus perdu que gagné dans l’arrivée d’un 4ème opérateur. Surtout, il estime que l’Europe devrait en avoir 3 comme les USA ou la Chine, au lieu de 120… Si une consolidation d’une telle ampleur se fait, qui va survivre ? Les opérateurs des nations les plus protectionnistes, et les plus riches ?…

Causes structurelles du déficit français

Un précédent billet disait que les fonds destinés aux SDF ne leur parviennent pas. Dysfonctionnements. Et si la cause de nos déficits était là : une formidable désorganisation ?
Je me suis alors souvenu d’une phrase de Marc Bloch sur la France féodale : « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration ». (BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989.) Nos dysfonctionnements nous protègent, depuis le Moyen-âge, des coups de folie totalitaires de nos dirigeants.

France éternelle

Nous sommes dans un pays qui croit aux belles et nobles idées extraordinairement simplistes. Il n’a aucun sens des réalités. Par exemple, il y a peu, un ministre voulait supprimer le plus vieux métier du monde par décret. Et quel est le programme du PS, si l’on écoute son premier secrétaire ?

la limitation du cumul des mandats (la salle est en délire), le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales (longue ovation), le mariage et l’adoption à tous les couples (tonnerre d’applaudissements).

C’est certain qu’avec cela c’est la fin de la crise, et un monde durable.
Quand le dysfonctionnement ne joue plus, c’est la catastrophe. C’est France Télécom et ses 70md de dettes. C’est aussi Sciences Po, plus modestement.
Si les pays du nord sont plus efficaces que nous, c’est parce qu’ils sont démocratiques. Leurs dirigeants doivent défendre, et mettre au point, leurs décisions plus sérieusement que chez nous. L’inefficacité de la France est liée à sa croyance au dirigeant de droit divin.  

Le retour du service public?

La société cotée serait KO. Étonnant article de The Economist.

Elle est victime du court termisme, et des tendances prédatrices de ses dirigeants. Elle a été vaincue par les entreprises d’État, les sociétés familiales, et l’économie sociale. Ces organisations voient loin et ont emprunté aux entreprises cotées ce qu’elles ont de bon. Elles ont su s’adapter au changement. (The big engine that couldn’t)
Mais c’est le portrait même du modèle français d’après guerre ! Et c’est le constat d’échec de la déréglementation des années 90 ! Avons-nous été idiots de démanteler notre service public ? Les employés de France Télécom ont-ils souffert pour rien ?…
Pas si simple : notre modèle a été incapable de s’adapter au changement, contrairement à l’entreprise allemande. (Transformation de l’entreprise française) Notre haute fonction publique, qui se considère comme une élite intellectuelle, ne ferait-elle pas bien de se poser quelques questions ?
Compléments :

iFrustration

Mon iPhone est une source de frustrations.

  • Je m’attendais à ce qu’il suive la logique du web. Il a la sienne. Je me suis adapté.
  • Ses caractères sont trop petits pour mes vieux yeux. Mais je me suis adapté.
  • Son écran est hypersensible. Comment éviter les erreurs de manipulations, lorsque l’on a les bras encombrés, et que l’on se presse vers un rendez-vous ? Il faut apprendre à ne pas toucher l’écran.
  • Et puis, les services qui dépendent d’Internet sont accessibles de manière aléatoire. Problème d’opérateur ? Les mails sont relevés tout aussi aléatoirement, et impossible d’en envoyer un. En outre, le contenu du message n’est pas toujours chargé. Incompatibilité d’humeur entre SFR et Google (je n’ai pas ces problèmes avec Gmail) ? J’apprends à utiliser le Wifi des cafés…
Bref, Steve Jobs n’était pas un homme de perfection, ou il a été trahi par les siens, qui ne se sont pas associés aux opérateurs que méritait Apple… Ce qui revient au même.