France des droits de l’homme

La déclaration des droits de l’homme de 1789 aurait résulté de l’affrontement de deux courants. Le courant « libéral », celui de Locke issu de la révolution anglaise de 1688, et le courant « républicain », inspiré par Rousseau. C’est Locke qui aurait gagné (et notre déclaration serait, en fait, anglaise ?) (Emission.)

Mais l’affaire ne se serait pas arrêtée là. Il y eut une seconde manche. Les droits de l’homme, au moins au sens français, seraient contre-révolutionnaires ! Ils auraient été du bord de Rousseau : l’intérêt général doit contrôler les intérêts particuliers divergents que suscite le libéralisme. Cet intérêt général prenait, chez ces penseurs, la place de Dieu. C’aurait été l’oeuvre de Louis de Bonald et Joseph de Maistre, reprise par Auguste Comte et Emile Durkheim. (Emission.)

René Cassin

Voilà un homme remarquable. Grand juriste, ayant fait la guerre de quatorze, puis ayant été un des premiers à rejoindre de Gaulle, à qui il fut fort utile – car de Gaulle n’avait aucune légitimité. (Curieusement, c’est Churchill qui lui a donné cette légitimité, en le reconnaissant représentant de la France libre. Ensuite, comme dans les théories de Hume, c’est l’usage qui l’a définitivement installé dans son rôle.) Mais il teint aussi tête au général.

René Cassin fut surtout le combattant des droits de l’homme. Il pensait que la France, patrie des droits de l’homme, avait une mission, qui était d’en faire la promotion et de les défendre. En revanche, il estimait que le « droit d’autodétermination des peuples » avait été mélangé aux droits de l’homme, ce qui avait nuit aux deux causes.

Il était préoccupé que la culture des droits de l’homme s’installe dans les esprits des prochaines générations, par l’éducation. (Emission.) Ce qu’il ne semble pas avoir réussi. Les crises sont plus favorables aux droits de l’homme que la paix.

Qu’est-ce que les droits de l’homme, selon lui ? Un cas représentatif ? Les droits de l’homme auraient voulu que l’on se préoccupe de ce qu’Hitler faisait de ses citoyens. Si on l’avait fait, il n’y aurait pas eu de guerre.

Interpreneurs

Alors quelle stratégie pour l’UE (conférence du Commissariat au plan, suite) ?

Il me semble que l’on sort d’une phase libérale, Yang. On a cru à l’individu, au démiurge. Et celui-ci a le bec dans l’eau. Faire l’envers, c’est retrouver « l’intelligence collective ». C’est ce que dit Mark Carney, lorsqu’il suggère aux « puissances moyennes » de s’unir. C’est ce que mon association appelle « interpreneurs ». Appliquer son talent d’entrepreneur à son « écosystème ». « Faire ensemble autrement », dit l’agence de développement créée par un de nos membres.

Dores et déjà, il y a des bénéfices à récolter. Nos travaux montrent que nos entreprises et nos territoires ont un potentiel ignoré. En faisant la somme des opportunités identifiées, nous voyons que la post globalisation fait émerger des besoins qui créent des marchés nouveaux. Pour les exploiter, il faut le savoir-faire traditionnel de nos entreprises. Ce phénomène ressemble à la reconstruction d’après-guerre (potentiel de croissance économique comparable. ?) Cela exige que des acteurs éparpillés se fédèrent. Quand c’est le cas, voici ce que nous observons : un projet démarre par une initiative collective d’entreprises. Il est relayé par les élus. Ils orientent les services publics y compris ceux de l’État en sa faveur. D’où possibilité du réaménagement des territoires, sans appel aux fonds publics. En plus ce type de projet intéresse les fonds d’investissement (ils ont beaucoup de mal à trouver des placements).

Mais est-ce tout ? Et si l’on s’interrogeait sur notre histoire ? Et si nous n’avions pas eu tort de faire la promotion des droits de l’homme et de la raison ? Par exemple.

Crise d’adolescence

En assistant à la conférence du Commissariat au Plan (billets précédents), j’ai été frappé par ce que tous ces gens m’étaient familiers. Ils avaient beau être ministres, ils se comportaient comme les personnes avec lesquelles j’ai passé ma vie professionnelle.

Le début de la conférence était triomphal. Le ministre de l’économie, que d’ordinaire on ne voit pas, avait même modifié son agenda pour être présent. Et il est demeuré toute la séance. Mais le débat a quelque peu « cassé l’ambiance ». Et Nicolas Dufourcq, arrivé en claudiquant pour conclure, était désespéré. Comment avait-on pu être aussi idiots ? Pire : nous continuions à l’être. Aucune issue en vue. Si l’histoire peut être un guide, elle nous enseigne que notre situation s’achève par la guerre.

Cela m’a fait penser à Kurt Lewin. Selon lui, tout changement est un dégel. Nous sommes des robots, pilotés par des certitudes. Soudain, rien ne va plus. C’est le temps du changement. Ce qui demande de « dégeler » ses certitudes. Désarroi. J’ai eu l’impression que notre classe dirigeante, ou « élite », est en phase de « dégel ». Elle prend conscience que tout ce à quoi elle croyait est en échec. En voulant faire l’ange elle a fait la bête. « On est nuls » disait Nicolas Dufourcq.

J’ai aussi pensé que Donald Trump avait raison. L’Europe, Grande Bretagne en tête, est sortie de la guerre honteuse. Le temps de la puissance et de la folie guerrière était derrière elle. Elle a fait allégeance aux USA. De Gaulle fut la seule exception. Mais ses successeurs sont entrés dans le rang.

Devenir adulte ? Le nom du changement ?

Energie du désespoir

La semaine dernière, j’ai demandé autour de moi ce que l’on pensait de ce que j’avais compris du rapport du Commissariat au Plan. Réactions inattendues. Certains m’ont dit : ils veulent nous faire peur. Mais surtout, j’ai entendu : le rêve de nos gouvernants est de nous dissoudre dans l’Europe, et d’en prendre la tête. Avec une variante qui n’en est peut-être pas une, une telle Europe serait allemande. La cause de nos problèmes serait là : c’est parce qu’ils n’ont pas cru à notre économie nationale qu’elle s’est effondrée, et qu’elle nage dans le déficit. En particulier qu’ils ont laissé acheter ses « champions » par des nations étrangères. Et maintenant, c’est au tour de la France ?

Théorie du complot ? Mais ne mériterait-elle pas d’être juste ? Car nous pourrions en tirer un enseignement capital. On croit, paresseusement, au pouvoir de la raison. Mais quand un homme a une idée chevillée au corps, il ne la lâche jamais. A chaque fois qu’on le croit défait, il fait preuve « d’innovation ». Et cette innovation est de plus en plus violente et désespérée. Car ce qu’il joue est plus que sa vie. C’est la leçon que je tire de Tartuffe.

Troisième

Nicolas Dufourcq, en conclusion du débat organisé par le Commissariat au plan dont il a déjà été question, constatait que lorsqu’un Etat se retrouvait dans la situation dans laquelle la Chine met l’UE, il finissait par entrer en guerre.

Je n’ai pas pris cette opinion très au sérieux. Mais il se passe tout de même quelque-chose de curieux.

Depuis deux ans, au moins, l’armement paraît une planche de salut pour la PME lâchée par son donneur d’ordre, en particulier par les multinationales de l’automobile. Dernièrement, il est envisagé que le site que Bosch abandonne à Moulins pour relocaliser l’emploi en Allemagne soit converti en usine d’armement.

Alors, demain, un chômage massif, un gouvernement populiste, des usines d’armement… ?

Destruction créatrice

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de « destruction créatrice » ? S’est-on demandé dans le débat organisé par le Commissariat au plan. C’est fou ce que l’on en a entendu parler ces dernières décennies. A chaque fois que l’on se débarrassait d’un secteur économique, c’était pour faire la place à l’innovation, qui ne pouvait qu’être révolutionnaire.

Or, il se trouve que les interpreneurs voient la création à l’oeuvre ! Et, effectivement, elle correspond à une destruction, donc à une reconstruction.

Alors, pourquoi sommes-nous seuls à nous en rendre compte ? Une hypothèse :

Cette innovation provient de l’intérieur du pays, de l’entreprise traditionnelle. Or, le gouvernement l’a cherchée à l’étranger, il a pensé qu’il fallait copier ce qui se faisait ailleurs. En conséquence il a « désaménagé » le territoire, il l’a vidé de ses moyens. Et il semble bien le percevoir toujours comme un boulet.

Stratégie française

Lorsque j’ai parlé de la conférence du Commissariat au Plan (un billet précédent), on m’a demandé si le gouvernement avait une stratégie.

Je crois que oui. C’est l’Allemagne. Il s’agit de convaincre l’Allemagne qu’elle est menacée. Le rapport du Commissariat semblait avoir été écrit pour elle. Et ce de façon à ce qu’elle nous défende et applique le rapport Draghi, c’est à dire que l’UE « chasse en meute » et mutualise sa dette. Ce qui aurait l’avantage supplémentaire d’éviter à la France de s’occuper de ses propres dettes. Nous ne sommes pas des Grecs, tout de même.

Seulement, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un que les Allemands et les Européens craignent encore plus que la Chine et les USA, c’est la France…