Travail et origines

Travail : l’étymologie du mot peut-elle éclairer son sens ? Pour commencer, le fait que « travail » aurait pour origine le nom d’un instrument de torture ressortirait à la théorie du complot. Voici ce que dit le dictionnaire du CNRTL :

Il y aurait bien un « travail », issu du dit instrument, mais il aurait pour pluriel « travails » , et ce serait un « Appareil utilisé pour immobiliser les gros animaux domestiques quand ils doivent subir certaines opérations (ferrage, pansage, etc.). »

Quant à notre travail, « Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées. » Il est dit : « Jusqu’au déb. du xvies. travail est souvent associé à peine car le sens dominant est « fatigue, peine » qui peut avoir pour contrepartie une rétribution. Le sens de « activité professionnelle » devient très rare au xvies. pour revenir en force au xviies. sous l’infl. de travailler. »

Dans d’autres langues (work, werk…), travail viendrait du mot grec « ergon », qui lui-même viendrait de plus loin. « Ergon » aurait plusieurs sens : « action par opposition à inaction », « oeuvre, ouvrage », « travail accompli » et « chose, affaire ».

Ce qui ne nous fait pas tellement avancer ? En tous cas, si l’on revient à la définition de travail en physique, qui est proche de « Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées. », on peut se demander si le travail n’est pas le changement…

(Quant à Wikipedia, il confirme mes impressions : « Au sens économique usuel, le travail est l’activité rémunérée qui permet la production de biens et services. »)

Du français

Ecrire, c’est s’interroger sur le français. Je me penche sur le Grevisse et son bon usage. Ancienne édition.

Le français est une curieuse chose. On en est très fier. On a une académie. Alors qu’il est issu de l’argot infâme d’une sorte de lie de l’humanité (celui des troupes d’occupation de la Gaule) et qu’il est fait, en outre, essentiellement de mots importés de l’étranger. Et même de mots un temps français, mais qui nous sont revenus avec un sens différent de celui qu’il avait initialement (tenez et tennis ont la même origine, aussi bien que tonnelle (tuyau) et tunnel). Si bien qu’avec une même racine, on peut produire beaucoup de choses. Sans compter qu’on ne se prive pas de lui ajouter des pré ou postpositions (épouvantail = épouvante + « ail » : instrument) et de lui retirer des morceaux (accord est issu d’accorder). Ce qui me fait me demander si les bases du français ne sont pas plus pauvres qu’on ne le prétend.

Je lis aussi que l’argot moderne a fourni des mots tout à fait respectables : cambrioleur, maquiller, matois, narquois.

A cela s’ajoute des règles qui sont devenues incompréhensibles. Par exemple, on dit « quelque temps ». Parce que temps est « le temps », et, surtout que « quelque » a une acception que l’on n’utilise plus : « un certain ». Aujourd’hui on pourrait entendre « temps » comme « époques », comme dans « les temps modernes », et donc mettre « quelques » au pluriel, une forme qui lui est devenue naturelle.

Je m’interrogeais aussi sur l’art de la virgule. Il correspond pour beaucoup au « complément circonstanciel » (« s’il est en tête de phrase et s’il a une certaine étendue »). Je dois avouer que je n’ai toujours pas compris exactement ce qu’est ce complément qui peut être beaucoup de choses. (Je soupçonne que la forme ordinaire de la phrase est « sujet, verbe, compléments », et que le « complément circonstanciel inversé » est ce qui, éventuellement, précède le sujet. En revanche, s’il est court, comme « ici », il échapperait à la virgule.)

Je constate surtout que notre esprit déduit des règles de ce qu’il voit, et que ces règles peuvent être différentes de celles qui prévalaient jusque-là. Quant à la virgule, je la voyais comme une pause du discours.

Le français est-il adapté à notre société, peu éduquée pour cause de « massification » ? Faut-il s’occuper de l’adapter avant que les forces sociales anarchiques n’en fassent mauvais usage et n’en éliminent ce qu’il avait d’utile ?

Gaulois

La France est « l’Eldorado de l’aide à l’entreprise ». Seulement cette aide ne va pas à la PME. Complot ? Plus subtil :

Ces aides obéissent à une logique faite pour simplifier la vie de l’administration. Or, le patron de PME est convaincu qu’elles devraient être comme il les désire. Autrement, ce serait injuste, non ? Echec et mat.

Mon père disait que le « Français inventait les lois ». Tout le problème de notre pays semble là.

Scrabble woke

J’entendais que Woke entrait dans le dictionnaire. 

Le joueur de Scrabble aime le militantisme, et l’anglicisme. Cela permet de placer les lettres que le français utilisait peu. 

Le score de Scrabble reflète-t-il l’évolution de la société ? D’un côté la culture s’appauvrit, de l’autre des mots qui comptent beaucoup arrivent. Les seconds compensent la première ? C’est ça le progrès ? 

(Wok était déjà présent, mais Woke peut devenir wokisme ou wokismes, un scrabble en puissance, et 26 points que l’on peut placer, avec un rien de chance, sur deux « mots contre triple », soit 284 points. Reste à inventer Workisme ; cette fois on peut placer le k sur « mot compte double », et gagner 9 fois 36 + Scrabble = 374 points. Encore un petit effort ? )

Le français en perte de subtilité ?

Le Masque et la Plume, de France Inter, m’a fait découvrir le zeugma. C’est une figure de style que semble désapprouver l’émission. Cela ressemble à une faute de logique. Il s’agit d’attacher à un terme deux compléments qui ne correspondent pas au même sens du dit terme. Par exemple, « il descendit du train et son adversaire ».
Seulement, en regardant les exemples que donne wikipedia, je ne les trouve pas du tout maladroits. « Vêtu de probité candide et de lin blanc » (Victor Hugo, Booz endormi). Ce type de figure de style était courant jadis. En poursuivant l’article, je me rends compte qu’il existait un grand nombre de figures de style, anciennes. Elles transgressent la logique. Et ce pour la bonne raison que le sens est évident, et, mieux, qu’elles donnent un sens nouveau à la phrase.
Et si la logique était le degré 0 de l’intelligence ? Et si l’intelligence, c’était la liberté ? Celle de comprendre, et de jouer avec, les liens de complicité qui se créent spontanément entre les êtres humains ? 

Concubinage honnête

La disparition du mariage me pose un problème de vocabulaire désagréable : comment appeler la personne avec qui une autre personne vit ? Sans passer par ce type de périphrase.

Les Anglo-saxons semblent utiliser « partner », partenaire.

Le terme correct, en français, est concubin, mais il a une connotation péjorative. Le dictionnaire du CNRTL donne comme « quasi-synonymes » : amant(e), maîtresse, amie (fam.), compagnon, onne. (Compagne ?) Ce qui n’est pas mieux.

Curieux que notre langue ait autant de mal à s’adapter au changement… 

Faut-il protéger le français ?


Le français est assailli par l’anglais. Sujet d’une émissionde France Culture, dont j’ai entendu des bouts.

Est-ce un mal me suis-je demandé ? L’anglais ne nous envahit pas tant avec des mots issus de l’anglo-saxon, que de l’ancien français, voire du grec. Et puis il enlève un peu de rigidité à la langue. N’est-elle d’ailleurs pas le fruit de multiples influences, et le produit d’un latin populaire ?

Argument meilleur : absorber la langue de l’autre, c’est gober son idéologie. Est-ce certain ? En tout cas, il semble, effectivement, que parler une langue amène à adopter le comportement de ses locuteurs… (Trahi par les langues étrangères)

Défendons le français ? La meilleure défense n’est-elle pas l’offensive ? Le problème du français n’est-il pas, avant tout, qu’il y a manque de Français à admirer ? Notre langue n’est-elle pas une éponge parce que nous n’avons plus rien à dire ?