Marine en tête

Marine Le Pen dominerait ses concurrents au premier tour des élections présidentielles.
Elle obtiendrait 23% des votes, ce qui paraît élevé. D’ordinaire les sondages tendent à sous-estimer les voix du FN. Mais peut-être est-il devenu un parti convenable pour lequel on peut afficher son intention de vote ?
Comment les partis traditionnels vont-ils réagir ? Ça ne paraît pas très clair. Curieusement, la gauche, ordinairement le parti de la division, semble seule capable d’un minimum d’union.
Compléments :

Marine présidente ?

J’ai eu la surprise de trouver dans un journal une idée qui m’est venue il y a fort longtemps : la droite pourrait être éliminée au premier tour des présidentielles par le FN. Hypothèse improbable, mais certains hommes de droite la formulent.
Depuis sa création il semble à ce blog que nos partis politiques s’enferment dans un cercle vicieux. Le président mène une politique qui le fait exécrer. La gauche en déduit qu’elle n’a pas besoin de formuler un programme puisque la France va éjecter Sarkozy. (Peut-être d’ailleurs que l’écriture d’un programme est impossible ? Les divergences sont trop fortes chez les socialistes ? Ce qui les rapproche est inacceptable pour l’électeur ?…)  

Mme Le Pen pourrait résoudre la question. N’est-il pas mieux de voter pour l’original que pour la copie ? Avantage sur Sarkozy ? Et si la gauche est à nouveau divisée, les mêmes causes produiront les mêmes effets ? Mme Le Pen en tête au premier tour ? Un des partis traditionnels recevra-t-il à nouveau 80% des voix, au second, étouffant ainsi la voix de la protestation ? Pas sûr que certains n’aient pas envie de leur donner de nouveau une leçon qu’ils ne veulent pas entendre. Excellent score final du FN ?
Compléments :

Crise de la représentation politique

Il est bizarre que la France ne puisse être représentée que par des hommes politiques qui partagent si peu ses valeurs. Ils sont individualistes alors qu’elle est à tendance collectiviste. Mes réflexions successives me font retrouver le thème d’une étude ancienne : Crise de la représentation politique. D’où quelques questions bizarres :

  • Serait-ce la grand peur de l’Union soviétique qui a fait les trente glorieuses ? L’élite individualiste craignant pour sa survie a dû faire quelques concessions sociales ? Et elles lui ont beaucoup rapporté, comme le dit Galbraith ?
  • La non représentation de cette sorte « d’intérêt général » fait-il le lit des extrémistes : Tea party, FN, National socialisme, Communisme soviétique ? De Gaulle ou le Parti communiste chinois seraient-ils l’exception à cette règle ? La démocratie serait-elle le régime d’une élite individualiste dominant une masse muselée ? Un régime qui exprime réellement les aspirations générales est-il fatalement dirigiste ?…
Compléments :

Chambre de commerce contre gouvernement

La chambre de commerce aide massivement les Républicains. Profitant du fait que le système de financement de la dite chambre est opaque, M.Obama fait courir le bruit que ses donneurs sont étrangers et cherchent à déporter l’emploi américain. On croirait une tactique républicaine. M.Obama comprendrait-il enfin les règles de la politique ?
Et modèle d’avenir pour les chambres de commerce françaises ? Un système fonctionnant sur fonds propres et qui fait du lobbying en faveur des intérêts de ses adhérents ?
Compléments :
  • Je me demande si les intérêts de B.Obama et du Tea Party ne se rejoignent pas. Non seulement le Tea Party est un repoussoir pour l’électorat démocrate, susceptible de le faire voter lors des prochaines élections, mais un Tea Party fort signifie des Républicains divisés, et des candidats inéligibles. Mitterrand et le FN ?

Classes moyennes sans parti ?

Les classes moyennes anglaises ont été les victimes de la crise. Elles sont prises en sandwich entre les couches supérieures qui se sont considérablement enrichies, et les couches inférieures objet de toutes les attentions de l’État. Elles accusent les travaillistes de trahison.
Le hasard fait qu’on m’a parlé plusieurs fois, à peu d’intervalle, de gens qui se feraient payer au noir, des sommes importantes, pour ne pas perdre des allocations qui semblent couvrir énormément de choses (y compris le logement). J’en arrive à me demander s’il n’y a pas un fond de vérité dans des arguments que je croyais fous.
La gauche défend les « exclus », la droite l’économie, l’administration est protégée et possède ses syndicats ? Ça laisse un gros électorat potentiel au FN ou au Tea Party ?
Les classes moyennes auraient été les principales victimes du recul de l’État ? Mais alors, pourquoi n’en veulent-elles plus, ou n’appuient-elles pas les partis de gauche ? Parce que l’État sert de manière disproportionnée d’autres qu’elles ? Elles n’attendent plus le salut que de l’économie, et ne voteront que pour ceux qui sembleront capables de la faire marcher ?

En faveur des coalitions

Un nouveau billet favorable à un gouvernement de coalition (au sujet du probable revers électoral des démocrates aux prochaines élections américaines).
J’y vois un nouvel avantage (l’ancien est ici). Lorsqu’un parti politique gagne, non seulement il ne représente qu’une partie de l’électorat (souvent minoritaire), mais en plus il tend à être emporté par ses franges extrêmes. En France le gouvernement semble attiré par le FN, aux USA les démocrates d’extrême gauche sont plus dangereux pour le président que son opposition. Un gouvernement de coalition élimine ces risques. 

Front national

Je déjeune de temps à autres dans un restaurant du 5ème. Régulièrement, je me trouve à côté d’une table de gens bruyants qui, bien qu’à chaque fois différents, semblent se ressembler. Tous viennent d’une messe des environs, semblent issus de familles qui ont connu des jours meilleurs (on parle parfois d’un oncle ayant un château) et avoir une curieuse opinion sur la France.
Quelques idées retenues de mes bruyants derniers voisins. L’abbé Grégoire a assisté à (encouragé) la dispersion des restes des rois de Saint Denis par les révolutionnaires. Quelle honte que Nicolas Sarkozy soit aussi petit, cela force Carla à éviter les talons hauts, ce qui la fait paraître moins grande que les femmes des dirigeants africains. Par ailleurs, n’y a-t-il pas eu un mariage juif entre eux ? Les Africains en France ne travaillent pas, mais sont payés. Les banlieues pourraient détruire les monuments parisiens en trois heures (Notre Dame, notamment), avant que la police intervienne. Les immigrés ? Les mettre dans un bateau, et le couler. Sarkozy n’a pas remis en cause les lois socialistes.
Premier enseignement, les théories du FN sont beaucoup plus répandues que je ne pensais, et surtout dans des classes sociales inattendues.
Second enseignement : la bien pensance de gauche semble conçue comme un défi à l’électorat du FN, une sorte de formidable stimulant, qui jette de l’huile sur le feu. En particulier, j’ai appris que l’Éducation nationale avait fait passer Louis XIV en fin d’année, alors qu’elle consacrait beaucoup de temps à des royaumes africains (?!).

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.
L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.
La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.
C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

Crise de la représentation politique

« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?

Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.

Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).

L’inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.

Commentaire

Ce texte me pose une double question :

  • Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
  • Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.

Compléments :

  • Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

France : crise de gouvernance ?

La population française est étonnamment homogène par rapport à ce à quoi elle croit. Non seulement la scission gauche droite chère à nos politiques ne correspond à rien pour nous mais le portrait que font de nous les journalistes n’est pas ressemblant :

L’analyse des données laisse apparaître un espace triangulaire de consensus politique, dont les trois sommets sont le libéralisme culturel, le libéralisme économique (liberté des entreprises, réduction des taxes et des dépenses publiques) et la protection sociale (Sécurité sociale, emploi et revenus).

Nous sommes, aussi, en majorité, « progressistes » (droit des homosexuels, opposition à la peine de mort…), peu nationalistes, l’Europe ne nous menace pas (même lorsque nous votons contre).

Peut-être plus curieusement, les gouvernants comprennent ce que veut le peuple, et le FN est totalement hors cible (et il l’était déjà en 2002 lorsqu’il a mis KO Jospin). Alors pourquoi vote-t-on FN ? Pourquoi demande-t-on une législation répressive, plus de discipline à l’école ?…

Mauvaises solutions à de vrais problèmes : l’opinion perçoit, justement, que ce qui est important pour elle (l’éducation, l’emploi…) se désintègre, et que le gouvernement est incapable d’y remédier.

La baisse de soutien aux responsables politiques est due à une perte d’efficacité de l’action publique.

Résultat :

La capacité démocratique du régime s’est détériorée de manière substantielle au cours des vingt années étudiées.

Compléments :

  • Ce qu’on demande au gouvernement est compliqué :

Une forte majorité de français voulant à la fois des d’impôts moins élevés et le maintien des services publics et des prestations sociales, la marge de manœuvre s’avère pour le moins réduite. Un gouvernement de droite ayant pour objectif une baisse importante des impôts devra réduire les services publics et les prestations sociales, et se trouvera confronté à une opposition de gauche. De son côté un gouvernement de gauche voulant accroître – ou même seulement maintenir – le niveau de prestation sociale sans modifier les critères de distribution devra, compte tenu des évolutions démographiques et professionnelles, augmenter fortement les impôts et s’opposer ainsi à la formation de coalition d’opposition de droite.

  • Base de ce billet : BALME, richard, Convergences, fragmentation et majorités cycliques dans l’opinion publique ? (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).