Dédiabolisation

« Opposition constructive. » Apparemment, ce serait la ligne adoptée par le RN à la chambre. 

Le RN peut-il être une force politique comme les autres ? 

Il est devenu puissant, et semble disposer d’une base solide. Contrairement au NUPES, il se veut « force tranquille ». Mme Le Pen le dit, depuis toujours, parti « normal ». Elle pourrait être honnête. Seulement, au pouvoir, tout semble laisser penser qu’il déciderait d’une forme d’autarcie suicidaire. Et les états de service de son élite gouvernante ne sont pas rassurants. 

La question qui se pose est : représente-t-il « quelque-chose », autrement dit les valeurs d’une partie homogène de la France ? 

Une hypothèse serait qu’il ait une double identité. D’une part qu’il ait repris l’électorat du Parti communiste. Un parti qui n’était pas que révolutionnaire, mais qui était « productiviste » et travaillait de concert avec l’entreprise, quand elle fournissait de l’emploi. D’une autre, il pourrait représenter, quasiment à l’opposé, la France traditionaliste, du seizième arrondissement de Paris. 

C’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Comme le Parti communiste, l’exercice du pouvoir local pourrait-il le transformer ?

Candidate normale

Après avoir été le diable, Madame Le Pen est devenue une candidate « normale ». Désormais, les journaux comparent son programme à celui de M.Macron, à la façon de 60 millions de consommateurs. 

Or, ce n’est pas cela qu’attendent ses soutiens les plus anciens, et les plus actifs. Ils veulent qu’elle se comporte comme MM.Orban, Putin ou Erdogan. Ce que la démocratie réprouve.  

Il n’y a pas de certitude absolue qu’elle le fasse, bien sûr, mais la probabilité est non négligeable. Veut-on prendre ce risque ? Il est curieux qu’il n’y ait pas de débat sur ce sujet.

D’ailleurs, où sont les grands combattants de la liberté d’hier ? 

Sont-ils prêts à faire leur soumission, comme la SFIO en 40, ou jugent-ils que leur action pourrait être contre-productive ? 

(Dans tous les cas, si M.Macron survit à l’élection, il aura prouvé qu’il était le seul à tenir tête à l’extrême droite. Cela risque d’être un coup fatal porté à ce que la classe politique conservait de dignité.) 

L'invention du centre

Article d’analyse des régionales. « L’analyse de l’offre électorale pour ce premier tour des régionales confirme trois points : (1) la perte de centralité du PS à gauche, maintenant concurrencé par EELV ; (2) l’émergence d’un pôle centriste gouvernemental ; (3) le maintien d’un affrontement à droite entre l’alliance LR-UDI et le RN« .

M.Macron est-il le représentant de la mondialisation heureuse, comme on le lit, ou a-t-il fait renaître « le centre » ? Doit-on y voir la réapparition d’une caractéristique nationale propre, qu’elle se soit appelée radicalisme ou gaullisme ? Quant au RN, il semble un amalgame nouveau. Le camp des mécontents ?

Bataille des idées

Le RN aurait-il gagné la bataille des idées ? se demandait France Culture. Effectivement, ce sont les thèmes qu’il défend dont on parle. Paradoxe : l’intellectuel, le virtuose de l’idée, a perdu la bataille des idées ! 

Et c’est peut être bien plus lui qui a perdu, que le RN, qui a gagné. L’autorité intellectuelle est désormais disqualifiée. Nous avons, nous aussi, notre Fox News, mais ce n’est pas un média. C’est un ensemble d’organes d’expression diffus. 

Pourquoi le RN a-t-il gagné ? Parce que, tout simplement, contrairement à l’intellectuel, il raconte le monde tel qu’il est. Et beaucoup de gens s’y retrouvent. Et pas uniquement des déclassés, mais aussi de grands bourgeois, des militaires, des universitaires éminents, et des hommes politiques traditionnels, qui voient là un moyen de retrouver le pouvoir, la seule chose qui compte pour eux…

Pourquoi le RN est-il dangereux ? Parce qu’il suffit de tendre l’oreille à ce que l’on dit en famille, ou entre amis. Avec le diagnostic vient la solution, et celle-ci a un dénominateur commun : la haine. Et la haine nous serait fatale. Depuis des siècles notre pays, de défaite humiliante en défaite humiliante, s’effondre toujours plus. Aujourd’hui, avec ses dettes, ses champions des délocalisations, et sa haine fratricide, il est – fragile. Un épisode « nationaliste » et c’est le décrochage et la plongée dans l’abîme. 

Quelle est la solution ? Elle n’est pas dans la tchatche. On ne combat pas les idées du FN par des idées. Ceux qui votent FN n’écoutent pas les idées, ils en ont trop entendu. Ce qui alimente ce vote, c’est la colère. Il faut en couper les racines. C’est à dire, il faut réinstaller les conditions de la prospérité pour tous. C’est ce que fait Joe Biden aux USA. Mais attention, il faudra du temps pour que la haine s’atténue. Et, pendant tout ce temps, nous serons faibles. 

Et ensuite, il faudra s’intéresser à notre éducation, nationale : comment se fait-il qu’elle nous laisse croire que la haine puisse-t-être une solution aux problèmes de l’humanité ? Comment se fait-il qu’elle soit incapable de nous apprendre à penser ? 

Changement en France

Le RN pourrait-il gagner les présidentielles ? Il est le seul parti ayant un socle électoral solide et maintenant très important. En cela il est quasiment une exception mondiale. Ensuite, ses adversaires sont divisés, et, aussi bien à droite qu’à gauche, on peut être tenté de jouer avec le feu. 

Comment en est on arrivé là ? Cela viendrait d’un constat, dont les journaux ne se font pas l’écho : le pays s’est fracturé en communautés. Et ces communautés sont malheureuses. Et le gouvernement ? Une « élite » auto-proclamée de petits jeunes ridicules. 

La solution ? Remplacer cette bande de bras cassés par des gens sérieux. (Et l’homme politique traditionnel, fraichement « dégagé », n’entre pas dans cette catégorie.) Le généraux en retraite ne feraient donc que dire tout haut ce qu’une grande partie de la population pense tout bas. 

Bonne solution ? La particularité de la France est son mécanisme d’intégration, par l’emploi et par l’école. Ce sont eux qui ont failli, et qui ont créé la situation actuelle. Ce sont eux qu’il faut relancer. Et non faire appel à la légion. 

On ne joue pas avec l'extrêmisme

Donald Trump ne semble pas vouloir rentrer dans sa boîte. El il conserve énormément de partisans. Il a révélé que la population américaine pouvait être prise d’une haine irrationnelle, qui ne se calme pas facilement. (On dit même que le Parti Républicain devient fasciste.) Heureusement, l’Amérique est un pays riche et puissant. On peut imaginer qu’à coups de milliers de milliards la prospérité reviendra et que les rancoeurs s’éclipseront. 

Mais c’est aussi une leçon. En particulier pour les stratèges politiques. On ne peut pas jouer avec l’extrémisme. Car, le propre de l’extrémisme est l’irrationalité. Il déclenche chez l’homme des forces destructrices insoupçonnables en temps normal. En fait, il se nourrit de la crise, il la provoque. 

Le souverainisme, tombeur du FN ?

Le grand changement de 2020, c’est le souverainisme ! Conséquence inattendue du coronavirus ! 

Après les Russes, les Chinois, les Américains, les Anglais, et contrées de moindre notoriété, précédés par MM. Chevènement, Debray, et autres altermondialistes, nous avons découvert que la globalisation n’était pas bonne pour la santé, et pour l’économie. 

Mais, alors, c’est bon pour nous ! dirait le RN. Car le souverainisme, c’est notre programme ! Peut-être devrait-il tirer des leçons des mésaventures de M.Trump ?

  • On ne votait pas pour, mais contre. M.Trump, le RN ou le Brexit, sont des votes contestataires. Quand un parti de professionnels du gouvernement entend le message de l’électeur, celui-ci n’a plus besoin de faire appel à un apprenti-sorcier. 
  • Le RN a perdu son meilleur ami : l’intellectuel. Il tient les médias et fait les réputations. Il avait besoin du diable, RN ou M.Trump. Or, l’intellectuel est en voie de marginalisation. 

Qui a vécu du souverainisme, périra du souverainisme ?

L'étrange victoire du RN

Marine Le Pen, il y a quelques mois, appelait à la fermeture des frontières pour empêcher la propagation du virus. Elle disait s’opposer en cela à la gauche et à la droite qui, par idéologie, voulaient la liberté de mouvement. (Entendu chez France Culture.)

L’hésitation n’a pas été longue. Les frontières ont été fermées. Et on ne parle plus que de relocalisation. Voire de préférence territoriale (circuits courts) ! L’Etat intervient massivement dans l’économie. Quant à l’immigration, le sujet est prudemment étouffé.

Voilà qui doit déprimer Marine Le Pen. On lui a volé son programme.

Grande leçon : il y a ce que l’on dit, et ce que l’on fait. Les idéologies ne résistent pas longtemps aux intérêts ?

L'attrait de Marine

France Culture interviewait des explorateurs qui se sont aventurés dans les communes du FN. Cela m’a fait penser à un film de Rohmer. Arielle Dombasle est une Parisienne qui découvre la campagne et s’extasie « oh, une vache… ». Là, c’était plutôt « oh un Français ».
Qu’est-ce qui fait la séduction d’un maire FN ? Curieusement, ce sont des attentions infimes. Ses électeurs se sentent considérés ? C’est aussi quelqu’un qui est présent, que l’on voit (le maire ordinaire vivrait-il dans une tour d’ivoire ?). Le nouvel électeur FN n’a pas d’opinion politique très ferme, semble-t-il. Il illustre peut-être bien ce que dit mon cours sur la communication : votre communication est efficace, si elle donne de vous une image d’honnêteté. Il semble, effectivement, que ces nouveaux électeurs pensent que Marine et Marion « y croient ». Elles ont une fraîcheur bienvenue. Rien à voir avec le politicien frelaté. Et, peut-être, pour cela, ils leur pardonnent quelques errements ? 
Le plus surprenant, pour les participants de l’émission, était qu’une jeune homosexuelle puisse voter FN. Explication : quand elle cherche du travail, on lui préfère des Roumains. Ce qu’exprimait aussi l’interview était à quel point les journalistes de France Culture, eux, sont attachés aux idées. Rassurez-nous, Marine Le Pen n’a renoncé qu’en apparence aux thèses de son père, disaient-ils. Elle valse bien avec des Nazis, à Vienne. C’est bien le Diable, cette femme ! Mais est-ce important pour celui qui est en difficulté ? Et s’il préférait un Satan qui a de l’empathie, à une machine intellectuelle qui le méprise ?

2015 : diabolisation et laïcité

Diabolisation et laïcité, mots de 2015. On parle de « diabolisation » du FN, et on se demande si c’est efficace ou non. La laïcité est la solution au malaise du pays dit notre gouvernement. 
Curieusement ceux qui utilisent ces termes ne semblent pas comprendre qu’ils sont incompatibles.
Parler du diable, c’est nier la raison. C’est surtout un anti humanisme. Car c’est croire qu’il y a des bons et des méchants. Or, connaissez vous des gens qui se pensent « méchants » ? Vous est-il passé par la tête que vous pourriez être un méchant ? Donc, le seul moyen de savoir qui est quoi, c’est le jugement de Dieu, la guerre. Voilà pourquoi nos sociétés ont inventé la laïcité. La laïcité c’est poser en principe que l’homme est un miracle de la création. Pour protéger ce trésor, il faut éviter qu’il en vienne aux mains pour cause idéologique. Les croyances inaccessibles à la raison doivent rester à la maison. 
C’est peut être en France que ce changement a le moins bien réussi.