Honte à moi. Paresse intellectuelle. Jusqu’ici Jordan Bardella n’était qu’un mot qui passait de temps à autres dans la presse. Pas besoin de s’en préoccuper avant les prochaines présidentielles. Et d’ici là…
J’ai essayé de me renseigner. Service minimum. J’ai lu Wikipedia et écouté la BBC, qui lui consacrait un « profile ».
Qu’en ressort-il ? Absolument rien à lui reprocher. Impeccable. Il n’est même pas atteint par l’antisémitisme de gauche, dirait un mauvais esprit. L’histoire que l’on entend est que Mme Le Pen l’a choisi pour changer l’image de son parti. Et elle a réussi. Peut-on le lui reprocher ? C’est ce que tout le monde fait. Cela s’appelle le marketing.
Là où l’on pourrait soupçonner de la désinformation concerne son passé : on entend dire qu’il appartiendrait à une famille immigrée de Saint-Denis, qui, comme chacun sait, serait un lieu de non-droit. En fait, il est, comme beaucoup, de « troisième génération ». C’est surtout le fils d’un entrepreneur à l’aise, apparemment. Il a obtenu la mention très bien au bac, et a été collé à Science po. Il a très tôt milité, et, probablement pour cette raison, vite abandonné des études supérieures. Autrement dit, c’est un profil Sarkozy. De Saint-Denis, et en moins agité.
Ce que disait la BBC, et ce dont je n’étais pas conscient, car ça n’apparaît pas dans la presse que je lis ou dans le discours des politiques ordinaires, c’est qu’une grosse partie de la population est touchée par la hausse des prix. Se trouverait-on dans la situation américaine ? Une économie qui semble aller bien, mais qui continue à ne pas profiter à beaucoup de citoyens ? Une de mes récentes interviewées me disait que le prix moyen d’achat d’un article textile était de 14,5€ et que tant que le niveau de vie ne remonterait pas, il n’y en aurait que pour la « fast fashion » chinoise. (Paradoxalement les normes environnementales sont tellement lourdes qu’elles ont l’effet inverse de celui désiré : elles coulent les petits producteurs français.)
A cela s’ajoute une autre de mes découvertes récentes. On me parle d’une administration devenue kafkaïenne. Elle rend fou, au moins, les entrepreneurs et ceux qui veulent les aider. Sa complexité se prêterait à une forme de détournement de fonds publics. Cela tiendrait à ce qu’il y aurait eu une vague de « centralisation », me dit-on. De quoi s’agit-il ? Un train de réformes dont on n’aurait pas conscience ? D’où la frustration de M.Macron, qui ne parvient pas à faire passer ce qu’il croit bon, mais qui serait vécu comme un cauchemar par une partie de la nation ?
En tous cas, un journaliste qui a fait le tour des QG de campagne lors des précédentes présidentielles, pour le compte de la ruralité, m’a dit avoir été extrêmement impressionné par la pertinence de l’analyse du FN. Il était le seul à connaître la réalité de ce que sont devenus les territoires ruraux. Ce qui l’inquiétait, visiblement.
La BBC expliquait que M.Macron avait fait le calcul qu’au premier tour l’électeur exprimerait son mécontentement, mais qu’au second la peur du FN le ferait se ressaisir. Scénario Trump. D’un côté le FN « diabolisé » fait trembler, de l’autre il paraît à un électeur qui n’en finit pas de subir de mauvaises nouvelles la seule alternative à la surdité des politiciens ? Comme M.Macron un temps ?