Chine : 15 jours pour 30 étages

Imminent écrasement de l’économie mondiale par la Chine ? Ce faisant va-t-elle la rendre durable ? Voilà ce que je me suis dit en lisant l’histoire (Meet the Man Who Built a 30-Story Building in 15 Days | Wired Design | Wired.com) d’une entreprise chinoise qui construit des immeubles de 30 étages en 15 jours, résistants aux séismes, et qui le fait de manière bien plus écologique que par les techniques traditionnelles.

Comment cela ? En préfabriqué, méthode Eiffel. C’est un mécano fabriqué en usine. Presque que des avantages : une structure légère, ce qui économise du matériau, une qualité qui peut être contrôlée (problème chinois), une quasi absence de risques pour les ouvriers (autre problème chinois)… Un seul inconvénient : pas très beau, et pas très bien fichu à l’intérieur. C’est une amélioration nette par rapport à la construction ordinaire émergente, mais ce ne serait pas acceptable pour un développé.
Tout de même, n’est-ce pas comme cela que la Chine va conquérir le monde ? Partout, elle s’empare du savoir-faire occidental, quitte à acheter ses entreprises (Volvo, Visteon…), et lui applique ses moyens financiers sans fond et l’effet d’échelle de son énorme marché intérieur. Plus personne ne peut alors se mesurer aux entreprises chinoises, ce qui est déjà le cas dans le domaine du solaire ou des télécoms (Huawei).
Et cette croissance semble devoir être verte, une préoccupation forte du pays.
Venu du wikipedia chinois
A quoi ressemblerait un monde chinois ?
Voici mon interprétation de GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999 :
Durant son histoire, la Chine paraît avoir suivi un mouvement double : expansion, puis repli sur soi (et dislocation, avant de redémarrer un cycle). Elle a aussi anesthésié les pays environnants, en les rendant dépendants d’elle, et de ses cadeaux, et en exerçant une fascination culturelle sur eux (elle élevait à sa cour les enfants de leurs chefs).
Par contraste, si l’on prend la Grèce comme ancêtre de l’Occident démocratique, son développement paraît caractérisé par une expansion continue, jusqu’à épuisement des ressources naturelles (les terres, pour les Grecs – si j’en crois Moses Finley).
Bref, un monde chinois serait peut-être une forme de décroissance durable.  

Le mal a-t-il du bon ?

Nous sommes minés par la conscience du mal, disait un précédent billet. Notre société est fondée sur ce principe, et, littéralement, nous en crevons.

Mais le mal n’a-t-il que des défauts ? Sauf peut-être chez quelques tribus vivant en harmonie avec leur écosystème, l’histoire de l’espèce humaine n’a été que successions de croissance et de décroissance. Par exemple, Moses Finley semble croire que la survie de la Grèce ne tenait qu’à une conquête territoriale continue, qui devait bien s’arrêter un jour. Il est possible qu’il en ait été de même pour Rome.

Ce que la révolution industrielle semble avoir eu de vraiment nouveau, c’est qu’elle a été le point de départ d’une croissance sans à-coup de la population, non marquée par les usuelles épidémies et autres drames naturels.

Bref, le mal peut avoir eu du bon. Dans un premier temps, un repli sur soi était peut-être nécessaire, l’expansion étant devenue impossible. Dans un second, le mal tel que le conçoit le protestantisme a conduit à sortir la démographie humaine de ses cycles malthusiens.

Maintenant, nous sommes arrivés au bout de la logique du mal, il va falloir trouver une autre idée. (à suivre)