Angela la terrible

La nouvelle du week-end, ce n’est pas M.Fillon. C’est Mme Merkel. Elle reste à la tête de l’Allemagne.
Xexit. L’Angleterre et les USA refusent la concurrence internationale et parlent de relance. L’Europe continentale va demeurer sous l’emprise de la rigueur. Et l’immigration de l’Europe de l’Est, refusée par l’Angleterre, va devoir se rabattre ailleurs. Au même moment, les taux d’intérêt montent et la dette de la France s’alourdit. M.Fillon a choisi de plonger, pour prendre de la vitesse. 
Ce qui ne tue pas renforce. Il va falloir du talent pour éviter que la recherche de compétitivité ne produise beaucoup de perdants, qui réclament une fermeture des frontières. Le Frexit de Mme Le Pen. L’avenir de l’Europe, c’est maintenant ?

Bipartisme

J’entends beaucoup de gens dire leur hostilité à la notion de primaire. Mais cela nous évite de nous retrouver, à l’élection, face à des candidats rejetés par l’électorat. Le plus curieux est à quel point nous devenons similaires aux USA. Le bipartisme s’est installé progressivement. Et maintenant nous avons des primaires. Quelles peuvent en être les conséquences ? 
En 2005. M.Bayrou l’aurait emporté face à M.Sarkozy et Mme Royal. Mais il ne pouvait pas passer le premier tour des élections. Peut-être parce qu’il n’a pas vu arriver M.Fillon, M.Juppé a oublié ce précédent. Il est possible que la France préférerait être gouvernée au centre, mais le bipartisme l’amène soit à droite (on parle d’un électorat de « notables » en ce qui concerne M.Fillon) soit à gauche. 
En est-il de même aux USA ? Une différence entre eux et nous est l’indépendance de leurs élus (sénateurs notamment). Ils se déterminent en grande partie en fonction de leur intérêt propre. Il n’y a pas réellement de parti (au sens parti communiste du terme). Allons-nous bouger dans cette direction ? Le bipartisme n’existe pas ?

Vive les sondages

François Fillon vainqueur des primaires, nous dit-on. Et si c’était faux ? Et si les sondages étaient les réels vainqueurs ?  Personne n’ayant vu arriver M.Fillon, M.Juppé a parlé à l’électorat du second tour, et M.Sarkozy a voulu discréditer M.Juppé. 
Et de trois, après le Brexit et M.Trump ? Et si nous entrions dans une époque où il est impossible de croire personne ?

Suicidaire UMP ?

Et si l’UMP avait lu l’un de mes cours ? Les organisations résistent au changement par un comportement suicidaire, disent-ils. Le passage aux actes est fréquent. Ce qui est surprenant.

Voici comment je vois le drame de l’UMP. Pour Jean-François Copé, la fin justifie les moyens. En manipulant ces derniers, il a retourné un sort défavorable. François Fillon sait avoir l’opinion pour lui. Il se sent victime d’une injustice. Il veut se venger. Quant à Alain Juppé, il défend l’intérêt général. Mais cela ne lui donne pas l’énergie, que possède la vengeance, de déplacer les montagnes.

Un ancien billet constatait que le principe du parti gaulliste était le « mâle dominant ». Un processus ressemblant à celui du PC chinois le dote d’un dirigeant à vie. Mais ça ne marche plus. L’UMP a cédé aux tentations de la démocratie. Il a été conquis par le modèle de factions de la IIIème République, que de Gaulle avait voulu éliminer. Il lui reprochait une instabilité maladive.

De Gaulle aurait-il été trahi par les siens ?  Par Sarkozy en particulier ? Chirac ne lui disait-il pas qu’il « divisait » ? Et s’il avait divisé son propre parti ? N’a-t-il pas intérêt à ce qu’il soit inconsolable sans lui ? Mais, un UMP éclaté est-il réellement dans son intérêt ? Un suicidaire de plus ?

Commentaire ultérieur (28 novembre).
M.Sarkozy semble avoir lu ce billet. Il serait intervenu. Il aurait convaincu les frères ennemis de ne pas disloquer son bien. Tout ce petit monde paraît, finalement, bien plus calculateur que suicidaire. 

Comment peut-on être socialiste ?

L’autre jour M.Fillon disait que si notre gouvernement n’a rien à déclarer, c’est parce qu’il ne s’est pas préparé à gouverner. C’est probablement juste, mais il y a tout aussi probablement quelque chose de plus fondamental dans le fait qu’à chaque fois que nous élisons un gouvernement socialiste, il fait de l’ultralibéralisme.

Les nobles principes socialistes sont un redoutable moyen de gagner le pouvoir, mais ils ne sont pas une pratique. Au pied du mur, le maçon socialiste est lâché par ses idées. Il est contraint à la politique de la tête vide. Il doit faire appel à ce qui lui reste quand il a tout oublié : sa culture, son « bon sens ». Et elle est de sa classe : libérale et bourgeoise. Le socialiste est un Sarkozy à discours humain.
Que pourrait faire le gouvernement pour aligner ses actes et ses paroles ? M’imiter. Mon métier est d’aider des entreprises à mettre en œuvre leurs décisions. Pour cela, je ne dois pas le faire à ma manière, celle que j’emploierais si je les dirigeais, mais à la leur.
Qu’est-ce que cela signifie pour le gouvernement français ? D’abord dire quel objectif il poursuit, et ensuite trouver comment y arriver de manière socialiste. Au préalable, il doit s’être convaincu que le socialisme n’est pas du vent. Mais, est-il capable de lier son sort à un tel acte de foi ?
L’acte de foi suscite l’euphorie.
(wikipedia)

M.Fillon augmente l’âge de la retraite

J’entends M.Fillon parler d’aligner l’âge de la retraite française sur l’allemande (bientôt 67 ans). 2 questions :
  • Pourquoi nous dit-on que la Grèce va bien alors qu’elle va mal, mais, en même temps, brutalise-t-on un votant qui tremble déjà pour son poste, et qui va devoir le défendre 5 ans de plus ? Tentative pour susciter une réaction de gauche qui affolerait les marchés ?
  • Y a-t-il un projet d’alignement sur l’Allemagne ? Imaginons que la situation de l’État doive se charger des dettes des banques, nous annoncera-t-il qu’il est devenu trop gros et qu’il va lui falloir subir une réforme à la grecque ? (Ou encore à l’Anglaise.)
Compléments :
  • Réponses de gauche, plus subtiles que je ne le dis ?

Grèce et contribuable français

Pourquoi la France déploie-t-elle tant d’énergie au secours de la Grèce ? Parce que son gouvernement préfère ses banques à ses contribuables.

  • Les premières sont menacées, un peu par la Grèce, beaucoup par l’Italie. 
  • Les seconds se pensent assistés, et n’ont pas compris que leur argent subventionnait des placements aventureux. (Bail-outs? Bof…)
Bref, c’est 15md de plus pour la dette française, selon François Fillon. « Nous étions au bord d’un gouffre, nous avons fait un grand pas en avant » ?

Compléments :
  • Dernière phrase : Félix Houphouët-Boigny.
  • L’article semble penser qu’il y a là une avenue pour le FN.
  • Exposition des banques françaises au risque italien : The road to Rome. « À la fin de l’année dernière les banques françaises détenaient près de 100Md€ de dette souveraine italienne (el leur exposition à l’Italie était environ quatre fois plus grande). »

Politique française

The Economist pense que la droite française s’est repliée en ordre de bataille. Et que M.Fillon vise les élections de 2017. D’ailleurs, en remettant l’UMP à M.Copé, M.Sarkozy a divisé ses rivaux.
Mais pourquoi ne s’uniraient-ils, comme l’ont fait MM.Brown et Blair, en se partageant le pouvoir ?
Compléments :
  • Quant à la gauche, elle semble plus divisée que jamais. Il est vrai qu’elle avait envisagé de réfléchir à un programme. Tout était certainement préférable à cette perspective effrayante. 

Élections régionales (suite)

Un complément à mon billet précédent :

Le résultat des régionales serait aussi une question d’hommes. Ceux du PS sont forts en région, faibles nationalement. C’est le contraire pour l’UMP.

Il y aurait en outre une question de tactique, M.Fillon se serait habilement placé dans la roue de M.Sarkozy, qui essuierait la bourrasque.

Le temps court du mandat présidentiel combiné avec ce que l’on a appelé « l’hyperprésidence » exposent davantage le président de la République. Celui-ci, d’ailleurs, n’est plus protégé comme il l’était traditionnellement sous la Ve République par le premier ministre. On assiste à une quasi-inversion : le président est au premier plan de la gestion de multiples dossiers, et c’est lui qui cristallise les mouvements d’humeur, alors que le premier ministre est davantage épargné. S’y ajoute le fait que le mode d’exercice de la fonction par Nicolas Sarkozy peut provoquer un trouble qui n’est pas essentiel mais qui peut brouiller les repères de certains électeurs de droite.

Il reste que l’électeur chercherait une « troisième » voie, hors des partis actuels. (Mais comment y parvenir : ceux-ci semblent sourds à l’appel, et vouloir tuer toute velléité de concurrence ?)

Patrick Le Galès

Patrick Le Galès, directeur de recherche au CEVIPOF (CNRS et Sciences Po), fait un exposé à l’Université de Beaune des Chambres d’agriculture. L’histoire de France récente se serait faite en trois cycles : l’État jacobin centralisateur, 40 ans de décentralisation, nouvelle centralisation qui verrait l’État procéder à un « assèchement financier » du pays, avec pour devise « que le meilleur gagne ». Plus d’exception française : les pays européens vivraient les mêmes difficultés, et suivraient les mêmes modes. Personne ne sait ce qui va en sortir : « on est tous perdus ».

Far West

  • L’État ancien issu de la Révolution, centralisé, très présent dans les départements, avec ses corps de fonctionnaires appliquant la politique publique, ses élus forts mais sans moyens d’action, sa surreprésentation du rural… a subi une décentralisation de 40 ans, qui émerge en 82/83. Une nouvelle loi traitant de décentralisation apparaît alors tous les 5 ans. Mais l’État n’est pas capable de trancher : départements (ancien), villes et régions (nouveau), cohabitent. Résultat : ça a été à la fois « l’âge d’or des territoires », noyés de personnels et d’argent, et un grand moment de « bricolage », chaque entité locale s’adaptant à sa mode.
  • Années 70 / 80, montée des régionalismes, partout en Europe. Vague d’échecs des réformes publiques. On se demande : « les sociétés sont-elles encore gouvernables ? ». Chaque gouvernement cherche à compenser sa perte de pouvoir, à sa façon : la France arrose les résistants d’argent et s’endette, l’Angleterre décrète le règne du marché, les Belges optent pour le fédéralisme, l’Italie ne fait rien et sombre dans la crise.
  • Aujourd’hui les pays européens se serviraient de laboratoires les uns aux autres. Ce qui plaît chez l’un est adapté par tous. Le gouvernement Fillon appliquerait une recette anglaise, un nouveau type de centralisation. Il s’agirait de réduire massivement la dette nationale, dont la culpabilité serait attribuée aux régions. Or, l’État sait qu’il est face à plus fort que lui. La solution anglaise consiste à ne plus négocier, à ne plus se préoccuper du local (liquidation des ministères et des corps qui géraient le territoire – santé, agriculture, équipement), à tout mettre dans un paquet, dont on réduit les ressources financières (LOLF, RGPP, le ministère des finances étant la machine infernale d’assèchement des ressources du territoire). Privé d’air, il doit se réformer. Pour mieux régner, on le divise, en favorisant des différences de traitement qui provoquent les haines fratricides. On ajoute à cela un pilotage par indicateurs, et un dispositif de contrôle régional. Les agences jouent un rôle déterminant. Dirigées par des hauts fonctionnaires que l’on déplace à volonté, elles ont une mission unique qu’elles poursuivent avec détermination.

Qui émergera de ce chaos ? Ce n’est plus la légitimité démocratique qui donne le pouvoir mais la « capacité politique publique », la capacité de tirer les marrons du feu, d’obtenir des résultats. C’est le Far West ? En tout cas, il devrait en sortir une « mosaïque » de solutions fruits des circonstances locales particulières. Et chaque niveau de l’organisation sociale (local, régional, national, européen) aura sa mosaïque.

Commentaire

En termes de conduite du changement, ceci correspond à :

  1. Une stratégie de passage en force : le gouvernement impose ses réformes contre la volonté de tout ou partie de la nation. En particulier, il ne les explique pas.
  2. D’où « résistance au changement ».
  3. Le gouvernement « l’achète », d’où augmentation de la dette du pays.
  4. Ce n’est pas durable, il trouve plus efficace : « diviser pour régner », utiliser les failles de la société pour la disloquer. Elle ne résiste plus.

Y avait-il un autre moyen de faire ? Comme l’explique ce blog et les sciences humaines, les groupes sociaux ont des mécanismes internes de transformation. La résistance au changement les révèle : quand on la rencontre, il faut interpréter sa logique et agir en fonction. Ainsi on peut transformer l’organisation, sans la démolir et sans se ruiner.

En attendant que le gouvernement découvre cette loi de la nature, que devons-nous faire ? Deux stratégies :

  1. jouer l’oligarque et exploiter le chaos que créent les réformes ;
  2. prendre le contre-pied de l’effet qu’elles tentent de susciter : préserver le lien social de la dislocation.

Compléments :

  • Google et Microsoft III donne des exemples d’application des deux techniques de changement : individualiste (diviser pour régner) et sociale (l’union fait la force).
  • Il n’est pas surprenant que notre gouvernement copie l’Angleterre : ce pays a porté l’art de « diviser pour régner » à sa perfection. C’est ainsi qu’il a fait s’entretuer les populations qu’il avait colonisées. Un exemple récent : le Waziristan, bastion du pouvoir taliban : The last frontier.
  • Les résistances organisationnelles au changement.