New Fabris et révolution

Revue de presse de ce matin par France Culture : menace de dynamitage d’une usine par son personnel, qui demande une prime de licenciement en échange du bâtiment.

La presse étrangère est atterrée : décidément le Français ne saura jamais bien se comporter. C’est un incorrigible révolutionnaire. Juste, avec une erreur cependant : le caractère révolutionnaire français n’est pas le fait du seul peuple, mais celui de la société :

  1. La presse note a) que la prise d’otages paie et b) que ces mouvements violents viennent de l’absence de syndicats puissants. En effet (cf. l’Assemblée nationale, les pavés et les CRS), les corps intermédiaires ont beaucoup de mal à survivre dans notre pays. En ce qui concerne les syndicats, leur affaiblissement est en partie à porter au compte des gouvernants et des dirigeants, qui pensaient que le syndicat agitait le peuple. Ils avaient pris le symptôme pour la cause.
  2. Tout ceci est connu des dirigeants. Certains ont tellement peur du mouvement social qu’ils préfèrent la faillite que de l’affronter. La plupart des autres arrivent à le dégoupiller. Ce qui n’est pas difficile : les revendications des employés sont sues de tous, très tôt, et il est possible de les satisfaire à coût faible, pour peu que l’on soit prêt à discuter (je me demande d’ailleurs si ce n’est pas la revendication essentielle des employés : faire l’objet d’un minimum de considération).

Je ne connais rien au problème, mais il me semble autant porter la marque d’un management peu éclairé que d’un peuple irresponsable.

Compléments :

  • Sociologie des syndicats explique l’évolution du syndicalisme en France.
  • La stratégie française est totalement rationnelle en ce qu’elle conduit à une modification des comportements managériaux dans un sens favorable à l’intérêt de l’employé. Plus généralement, la revanche est une stratégie sociale rationnelle : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Comment éviter de tels incidents (exploités avec complaisance par la presse étrangère), qui nuisent à l’image de la France ? Il faut probablement prendre à contre-pieds les tendances « libérales », qui avaient le vent en poupe ces derniers temps, et qui installaient la lutte des classes au sein de l’entreprise. Il faut reconstruire un minimum de tissu social entre dirigeants et employés.

Paix chinoise

Thème récurrent chez les économistes anglo-saxons : la Chine doit consommer pour relancer l’économie américaine. C’est dans son intérêt bien compris. D’ailleurs son obstination à accumuler est coupable de la crise. Imparable ?

Que devient l’Amérique si la Chine ne l’aide pas ? Selon les économistes, au moins une décennie de sur-place (scénario de la crise japonaise). Faute d’avoir appliqué à son système bancaire le traitement de cheval suédois, il demeurera fragile et ne pourra alimenter l’économie.

Il n’y a là un problème pour la Chine que si elle adopte la logique économique américaine, de la course à l’enrichissement matériel. Et si la Chine refusait cette logique ?

  • Les règles du capitalisme sont culturelles, celles de l’Occident et du monde anglo-saxon. La Chine ne sera qu’un joueur maladroit tant qu’elle n’aura pas imposé son propre jeu, venu de sa culture.
  • Pourquoi acheter des bons du trésor américain, sinon pour augmenter artificiellement le prix du dollar, et rendre artificiellement performantes ses exportations ? Prendre les barbares américains, et accessoirement occidentaux, au piège de leur crise, n’est-ce pas un moyen de les mettre hors d’état de nuire ?
  • La décennie perdue ne lui permettrait-elle pas d’imposer un modèle qui semble poindre, centré sur elle et débarrassé de tout risque (ce qu’elle cherche à faire en achetant ses sources d’approvisionnement) ? Retour au modèle antique d’une Chine qui domine une périphérie anesthésiée qu’elle a corrompue ?

Compléments :

  • La Chine pourrait désirer se venger, parce que l’Occident l’a dépecée, avec beaucoup moins d’élégance que les Mongoles (qu’elle a absorbés), et surtout avec un total mépris pour ce à quoi elle tient le plus : sa culture. GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
  • La vengeance est d’ailleurs recommandée par les scientifiques : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Si nous ne nous sommes pas vengés des fauteurs de crise, c’est probablement parce qu’ils sont au pouvoir, et qu’ils nous ont convaincus qu’ils étaient notre seul recours (Géniale droite).

Peut-on être courageux dans un monde de lâches ?

La question que pose Banquier = danger ? Quand tous prennent leurs jambes à leur cou, celui qui reste ne peut qu’être balayé. La sélection naturelle donnerait-elle l’avantage au couard ? Plus probablement à l’intelligence. L’exemple du banquier.

  • À partir du moment où les banques mettent en faillite les entreprises à faible trésorerie (et déclenchent une cascade de faillites, l’économie étant interdépendante), il devient dangereux de prêter. Mais la faiblesse de la trésorerie d’une entreprise ne signifie pas forcément qu’elle n’est pas saine. Trésorerie mal gérée, plus souvent. Si le banquier explique à l’entreprise comment mieux s’occuper de ses fonds, il diminue, à faible coût, les risques de l’entreprise. Récompense immanente : il conserve ses clients, et en trouve de nouveaux.
  • C’est probablement de tels mécanismes qui font que la sélection naturelle, qui joue apparemment sur le court terme, ait favorisé le développement de réflexes à long terme (nous mourrons parfois pour des idées !).

Compléments :

  • La banque se réinvente.
  • SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002. (Autre exemple d’actes à long terme encouragés par la sélection naturelle.)

Blog vengeur

Ce blog doit à Hervé Kabla son existence. Hervé est un jeune collègue de Dassault Systèmes entr’aperçu avant mon départ, et que j’ai retrouvé récemment, métamorphosé en pape du Corporate Blogging. Il est étonnamment convaincant : bien plus convaincant que le pourtant redoutable Loïc Lemeur, rencontré quelques années auparavant ! Maintenant que ce blog est né, comment vais-je l’orienter ?

  • J’ai jeté un coup d’oeil aux blogs à succès qu’Hervé m’a indiqués. Ils me semblent beaucoup plus agréables que le mien. Mais comment sont choisis leurs sujets ? La publicité qui va avec pourrait-elle les influencer ?
  • J’ai observé qu’au coeur de tout changement, il semblait y avoir une alternative, un choix entre une solution de facilité, ne demandant pas d’effort intellectuel, mais moralement peu satisfaisante, et une solution plus douloureuse et compliquée, mais qui donne un résultat durable. La sélection naturelle semble un mécanisme à court terme. Pourtant, elle fait triompher des comportements qui voient loin (solution douloureuse). Exemple. Notre propension à la vengeance ne nous rapporte que des ennuis, mais elle décourage les contrevenants potentiels, et rend la société sûre. Elle profite donc à des humains que nous ne connaîtrons jamais. C’est pour cela que ce blog tend à dire ce que je pense. Il prétend à une gloire posthume !

Références :

  • Sur l’intérêt économique de se venger : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Sur Hervé Kabla : Blog buster