FED et Summers

M.Summers renonce à être président de la banque centrale américaine, disait une nouvelle du FT, hier. Apparemment, certains élus démocrates lui reprochent son rôle dans la déréglementation des marchés financiers, cause de la crise qui s’en est suivie. Ce blog partage leur point de vue. M.Summers est un homme de gauche qui a mené des réformes ultralibérales. En cela, il est l’exemple de ce qui s’est fait partout à l’Ouest. De l’Allemagne à l’Angleterre, le scénario a été le même.

Mais la morale est mauvaise conseillère. Peut-être a-t-il appris de ses erreurs ? Eh puis, comme le montre l’exemple du nettoyage opéré par les Vikings en Normandie, il n’y a jamais mieux qu’un criminel pour vous débarrasser des criminels.

France désemparée, Inde libérale, Chine belliqueuse, calotte fondante…

The Economist félicite la France. Finies les fanfaronnades, son gouvernement embrasse la raison économique. Encore faut-il qu’il passe à l’action immédiatement. Mais peut-être avec un peu moins de brutalité qu’au Portugal, qui se révolte contre la rigueur. L’Inde, aussi, se libéralise. Moins de subventions pour le diesel, les investissements étrangers sont autorisés, la grande distribution internationale va rationaliser le marché indien. Des myriades de petits boutiquiers inefficaces vont mordre la poussière. (On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs ?)

Les banques centrales ont fait ce qu’attendait d’elles le marché, à savoir exprimer clairement leurs intentions. La FED attaque le chômage, et la BCE défend l’euro. Mais le journal n’est pas satisfait des gouvernants européens. Ils se sont embarqués dans la construction d’une Europe utopique, alors qu’ils devraient se préoccuper des besoins immédiats de l’économie. Et ce n’est pas mieux aux USA. On s’insulte entre prétendants à la présidence, ce qui ne présage rien de bon quand au désamorçage de la bombe budgétaire de fin d’année. Et Romney fait gaffe sur gaffe. Mais cela affecte moins l’électorat que la santé de l’économie. (Je m’interroge : ne serait-il pas utile de chercher une explication à ses gaffes : travestit-il la réalité pour faire plaisir à son public du moment ? Est-il idiot, ou incapable de préparer un dossier ? Demain, prendra-t-il des décisions sans comprendre ce qu’il fait ?…)

La Chine et le Japon vont-ils entrer en guerre pour des îlots inhabités ? Parallèle avec l’Allemagne d’avant guerres, puissance montante et revancharde ?

Grand chambardement dans l’industrie du transport. Internet a remplacé la voiture dans la culture occidentale. Ce n’est plus la bagnole qui fait l’homme. Les émergents continueront à s’équiper, certes, mais vont vite suffoquer sous les embouteillages d’un monde hyperurbanisé. Bref, l’avenir serait à la voiture sans chauffeur, au partage, au vélib et au transport en commun.

EADS va-t-il s’unir à BAE ? Cela dépend des gouvernements européens. Pour ma part, je me demande si ce n’est pas un marché de dupes. Et si le patron d’EADS voulait surtout devenir gros ? Et si, pour cela, il absorbait un BAE vacillant et survalorisé ? D’ailleurs, qu’un si gros morceau de l’industrie aéronautique européenne soit entre les mains d’une seule entreprise n’est-il pas dangereux ? Et si elle faisait faillite ?… Ici, comme pour sa politique économique, notre gouvernement semble désemparé. Se fait-il rouler dans la farine ? En est-il réduit à adopter les idées de ceux qui en ont ? Patrons ici, économistes libéraux, là ?

Pour finir, la calotte glacière bat tous les records de fonte estivale. Le climat mondial pourrait en être bouleversé. Mais rien ne s’est encore passé. L’économie va-t-elle profiter du dégel ? Le comportement des éléments est trop incertain pour cela.  

Amérique éternelle

« L’histoire financière de l’Amérique a été celle d’une succession de batailles perdues contre la dette et l’inflation » dit une revue de livre.

Et cela s’est fait par une série d’innovations qui ont permis de contourner l’esprit de la morale que l’Amérique s’était donnée. « La ruée vers l’or a créé une alternative à la notion puritaine de travail et d’épargne, qui avait caractérisé les débuts de la nation ». « La loi sur le cours légal, sous Abraham Lincoln, a pavé la voie à l’acceptation du déficit. Les mœurs monétaires se sont encore plus relâchées dans les années 20 avec l’explosion du crédit à la consommation (lié au développement de l’automobile) et de l’investissement spéculatif, alimenté par la dette ».

Un certain nombre de thèmes reviennent. Exubérance irrationnelle des marchés financiers, amenant à intervalle régulier le développement puis l’éclatement de bulles spéculatives de crédit. L’instabilité (et le pouvoir politique) des banques, et l’inconscience fiscale des États. La répugnance à la fois du gouvernement fédéral et de celui des États de collecter suffisamment d’impôts pour financer leurs engagements. La tentation de recourir à l’inflation comme solution des déficits publics et de laisser la dette croître plus vite que l’économie. (…) La faillite était utilisée pour favoriser les affaires des aventuriers de la fin du 19ème siècle, de la même façon qu’elle a été employée au profit d’objectifs politiques, avec General Motors et Chrysler. (…) le Fed a servi la Maison blanche et les grandes banques avant de servir le peuple – par exemple en fournissant régulièrement des liquidités pour stabiliser les marchés financiers sous couvert de sauver l’économie réelle. (…) Dès la fin des années 70, le logement a commencé à remplacer la défense comme moteur de croissance. Bien vite, le mythe que l’on n’a jamais suffisamment de quoi que ce soit s’était enraciné. Progressivement, la politique visant à rendre le logement plus accessible est devenue une entreprise géante englobant 1500 organisations publiques et privées. (L’auteur) n’est pas le seul à se demander comment l’économie américaine va faire sans un marché du logement florissant.

Peut-être a-t-on là une application d’une théorie de Durkheim ? Quand on est innovant on l’est pour le bien et pour le mal. Quand l’Amérique ne trouve pas de moyens honnêtes de se développer elle en cherche d’autres ?

Attaque de la banque centrale

Amusante vidéo. La politique de la banque centrale américaine nuit à tous. Elle est dirigée par Goldman Sachs. Obama diffère de Bush en ce qu’il veut couler le monde, pas seulement les USA. 
Y aurait-il un mouvement de rejet de la banque centrale indépendante, une des grandes inventions de la mode monétariste ? (Fin de siecle.)
Compléments :

Banques centrales

D’anciens billets se demandaient si l’on n’allait pas sortir de l’ère de la banque centrale indépendante, qui règle l’économie par une saine politique monétaire. Point :
  • Ce serait ce qui se passerait pour la FED, qui perdrait de son indépendance et s’occuperait de plus en plus de réglementation.
  • Le cas de la BCE est plus curieux. Récemment, j’avais l’impression qu’elle tendait à faire la même politique de « quantitative easing » (absorber les obligations des Etats) que la FED, qu’elle se transformait même en une sorte de FED, et que la zone euro allait avoir une politique à l’Américaine (euro faible, notamment). Mais l’arrivée d’un gouverneur allemand pourrait la ramener à son état initial. Crise en perspective ? 

Réforme bancaire aux USA

Un des feuilletons de ce blog : comment contrôler le danger financier américain ? Point d’étape :
Il semblerait que l’on s’oriente vers un suivi par la Réserve Fédérale des établissements les plus dangereux. En cas de risque de faillite, l’établissement serait découpé en morceaux et remis en ordre (les actionnaires, en particulier, essuieraient les pertes). Ces grands établissements alimenteraient, aussi, ce qui semble un fonds d’assurance. Enfin les échanges de produits dérivés, aujourd’hui difficiles à connaître, se feraient par le biais d’une chambre de compensation.
Commentaire :
Nombre d’économistes pensaient que le système financier américain aurait dû subir ce traitement lors de la crise. Mais le gouvernement américain a choisi de le renflouer sans contrepartie, d’où réémergence des comportements criminels antérieurs. Or, le combat n’est pas perdu. Le législateur semble se préparer à utiliser les prochaines crises pour faire entrer, les uns après les autres, les contrevenants dans le rang. Le procédé n’est peut-être pas idiot : une crise imprévue n’est pas un bon moment de réforme. En agissant en deux temps le gouvernement américain peut avoir évité une crise dévastatrice, sans pour autant avoir renoncé à civiliser le système financier.
Encore faut-il que le nouveau mécanisme d’intervention soit bien conçu.
Compléments :

Anton Brender

Interview d’Anton Brender, professeur d’économie à Dauphine, par les Enjeux Internationaux de France Culture : BCE et banques.

La BCE a prêté beaucoup d’argent aux banques (400md€ à 1%). Était-ce une bonne idée ? L’interview modélise simplement ce qui s’est passé.

En bref, les organismes financiers se retrouvent, lors de la crise, avec des actifs dangereux. Pour éviter la faillite du système les banques centrales leur font des crédits extrêmement favorables afin qu’elles constituent les garanties qu’elles avaient oublié de prendre en contrepartie des actifs risqués. La BCE pouvait-elle faire autrement ?

L’interviewer semble ne pas partager son point de vue. Il est vrai que

  1. c’est la mauvaise gestion des banques qui est en cause,
  2. les taux faibles des banques centrales sont utilisés pour spéculer (pas seulement pour constituer des garanties),
  3. les banques n’assument pas leur rôle qui est d’alimenter le marché en crédit,
  4. elles utilisent les bénéfices réalisés pour verser d’énormes bonus à leurs personnels.
  5. Parmi les solutions à la crise, la recapitalisation des banques n’était pas la seule. On a parlé alors de la méthode « bagehot », une remise en état des banques par les gouvernements. Ils les rendaient au privé une fois assainies et ayant retrouvé leur fonction économique.

Mais les banques centrales pouvaient elles avoir ce rôle ? Anton Brender a probablement raison de dire que l’on respecte la logique du système. Mais est-il favorable aux intérêts de la société ? Ne faudrait-il pas, alors, le corriger ? En particulier, quid du dogme d’une économie régulée par des banques centrales indépendantes ?

Compléments :

  • Autre billet sur l’avenir sombre des banques centrales : Ça va péter ?
  • Atmosphère spéculative : Bubble warning.
  • Le système financier, aurait-il été capturé par ses membres pour qu’il servent leurs intérêts, au lieu de remplir son rôle social ?

Changement en Amérique (nouvelle suite)

Le ministère des finances américain (qui a l’air de faire l’unanimité de l’élite économique démocrate nobélisée contre lui) inépuisable source d’exemples de techniques de changement ?

Nous tendons à aller là où il y a le moins de résistance. Le phénomène est bien connu chez les commerciaux : ils défendent les intérêts de leurs clients plutôt que ceux de leur employeur, parce que c’est plus facile ainsi. Le ministère des finances est pris entre des banques dont la logique est le profit et un congrès qui veut punir le banquier. Sa stratégie est donc de donner de l’argent aux banques sans en parler au congrès. Dans cette manœuvre il semble que la Réserve fédérale soit un outil qui tombe à pic : elle est indépendante, elle fait ce qu’elle veut (mais elle est de mèche avec le ministère des finances), comme la BCE en Europe.

Compléments :

  • La créature du dr Geithner
  • Un article qui va un cran plus loin que mon application d’Edgar Schein précédente et qui dit que l’équipe Obama ne peut pas imaginer d’autre idée que d’utiliser les grandes banques américaines pour alimenter l’économie. Il donne aussi une liste d’économistes contestataires.

De l’utilité de l’État

Dans The beginning of the end game (www.voxeu.org), Daniel Gros et Stefano Micossi observent que la banque centrale américaine, la FED, a nationalisé le système financier américain. Devant l’énormité des moyens nécessaires, elle a dû demander l’aide de l’Etat. Perte d’indépendance.

  • J’observe que durant quelques décennies les hommes d’affaires anglo-saxons se sont demandé à quoi servait l’Etat. Quand ils ne voulaient pas l’éliminer, ils pensaient qu’il serait bien mieux entre leurs mains. Aujourd’hui ils découvrent son rôle : sauver leurs entreprises de leurs erreurs. Eux qui se croyaient indépendants du monde, c’est parce qu’ils ont pris la planète en otage qu’elle vient à leur secours.
  • D’où question inattendue : certaines nations européennes (Allemagne, Belgique, Grande Bretagne) seraient trop petites pour sauver leur principale banque ! L’article conclut qu’il va falloir passer au niveau supranational : la BCE doit se préparer à jouer le rôle de la FED.

Ce qui laisse l’Angleterre en dehors du système. Un encouragement à y entrer ?