Big Facebook is watching you

Facebook serait utilisé pour sélectionner (éliminer) des jurés, lors des procès américains.
Quelle est la corrélation entre ce que l’on peut interpréter de Facebook et l’aptitude d’une personne à en juger une autre ?
Surtout, le modèle économique de Facebook semble devoir être celui de l’exploitation des données personnelles. Ne se prête-t-il pas naturellement à des applications contraires aux intérêts des membres de Facebook ? Contradiction fatale ? (La seule rumeur n’est-elle pas suffisante, d’ailleurs, pour causer des dommages irréparables à la réputation de Facebook ?)

Interrogé par Le Monde, M. Appelbaum met en garde les jeunes étrangers qui racontent leur vie avec insouciance sur les réseaux sociaux: « Si vous êtes sur Facebook, bienvenue dans le monde de l’hégémonie américaine! » Il rappelle que le business model de ces entreprises est fondé sur le stockage et l’analyse des données personnelles de leurs utilisateurs, puis il raconte une anecdote : un jour, il se rendit dans les locaux de Facebook en Californie pour un entretien d’embauche (qui n’aboutit pas). Là, il bavarda par hasard avec un homme disant travailler pour une agence fédérale qui était en train d’installer un système d’inspection des serveurs de Facebook. (Article.)

Goldman Sachs et Facebook

Facebook a de bonnes chances d’être une bulle. Mais Goldman peut avoir bien fait d’y investir : elle a gagnée une lucrative entrée en bourse. (Is Facebook really worth $50 billion?)
C’est un retour aux origines pour Goldman Sachs dont la fortune a commencé avec la bulle Internet, durant laquelle cette banque a réussi à nous faire croire que les start up Internet étaient d’une valeur énorme.   

Goldman Sachs innove

Goldman Sachs apporte 1,5md€ à Facebook. En fait, ce montant est rassemblé par 500 investisseurs représentés par Goldman Sachs. Ce qui permet à Facebook de dépasser le nombre d’actionnaires qui exigerait une entrée en bourse, sans avoir à entrer en bourse.
Décidément la compétence clé de Goldman Sachs est bien « l’innovation », c’est-à-dire trahir l’esprit des lois en respectant leur lettre. 

Facebook connect

Si je comprends bien, Facebook désire proposer une carte d’identité aux utilisateurs d’Internet.
Facebook connect est un bouton que n’importe quel site web peut afficher et qui permet à quelqu’un qui veut l’utiliser de se faire connaître comme s’il arrivait chez Facebook.
Est-ce un moyen pour Facebook de conjurer « la malédiction de la dérivée seconde », dont parle Hervé Kabla ? Ainsi, le nombre de comptes Facebook ne serait plus limité que par le nombre d’utilisateurs d’Internet ?
En tout cas, protéger autant de comptes est une énorme responsabilité (de l’ordre d’un pourcent des utilisateurs de Facebook auraient déjà rencontré des problèmes de sécurité).

Internet et innovation

L’histoire récente d’Internet est celle de toute découverte de l’humanité, du feu jusqu’à l’énergie nucléaire : que peut-on en faire de bien, en en évitant les dangers ? L’apprentissage se faisant à tâtons.
Les derniers épisodes sont marqués par le problème de la confidentialité de l’information, qui est depuis toujours lié au modèle économique d’Internet. Lors de la bulle Internet on appelait cela la question de « l’infomédiaire ». Celui qui possédait des données sur une personne possédait une partie de son patrimoine. En effet, cette information trahissait certainement les goûts de la personne et permettait donc de savoir quoi lui vendre. Il semblerait que l’intérêt de Facebook pour le mail vienne de là : le mail serait porteur de plus d’informations commercialement utiles que ce qu’il possède déjà.
Compléments :
  • Sur les infomédiaires : voir les travaux de John Hagel. Mon expérience avec Amazon USA montre que l’idée d’infomédiaire peut être qualitativement pertinente : les suggestions de livres qu’il fait sont judicieuses. (Malheureusement, j’achète chez Amazon France, qui visiblement possède peu de lecteurs qui me ressemblent.)
  • J’ai découvert que Facebook permettait de suivre ce que font ses proches distants, sans les bombarder de mails. Un publicitaire m’expliquait que c’était la raison pour laquelle les grands parents s’intéressaient à Internet : rester en contact avec leurs petits-enfants. Mais est-ce que ceux-ci sont d’accord ? Dans la vie hors ligne on peut tenir des conversations différentes, voire contradictoires, à différents types de personnes. Ne plus pouvoir le faire ne risque-t-il pas de limiter Facebook, par exemple, à des échanges aseptisés ? Mais peut-être y aura-t-il application du « paradoxe du décolleté » dont me parlait un conducteur de taxi, lors d’une discussion philosophique. La femme qui le porte ne conçoit que la séduction qu’elle exerce sur sa cible, non le regard concupiscent du libidineux. Le membre de Facebook ne concevra-t-il toujours que des conséquences favorables à ses écrits ?

Facebook

Parmi les révisions de fin d’année, il a celle de l’histoire de Facebook telle que racontée par The social network.
Si je comprends bien le film, le fondateur de Facebook vole l’idée à d’autres étudiants de Harvard. Or, cette idée est principalement d’utiliser la notoriété de Harvard. Ce qui me semble déjà un vol.
Mécontents, ils rencontrent le président de Harvard, Larry Summers (le grand déréglementeur), en lui demandant de faire appliquer le code de bonne conduite de Harvard. En gros, il leur répond que Facebook n’a aucun avenir, d’aller chercher d’autres innovations ailleurs : Harvard en est plein.
Drôle d’image d’une certaine société américaine : la science ne sert plus qu’à gagner de l’argent, et tous les coups sont permis, il n’y a plus de règles et de morale.

Sophisme de l’actionnaire

Un dirigeant fondateur de société me dit du mal de ses actionnaires. Pourquoi auraient-ils droit aux revenus de l’entreprise alors qu’ils n’y travaillent pas ?
Une histoire similaire serait arrivée chez Facebook. Son fondateur avait donné 30% de la société en échange de 1000$ à un ami. Mais, qu’était cet argent en comparaison des nuits et des jours que consacraient au projet Mark Zuckerberg et ses premiers collaborateurs, et surtout de son potentiel (si j’en crois The social network) ?
Pendant des années on nous a dit que l’entreprise devait maximiser les gains de l’actionnaire. Ça nous est apparu comme évident. Mais, au fond, ça ne l’est pas du tout. L’intuition commune est que l’entreprise appartient à celui qui « crée de la valeur », qui lui apporte son génie, les plus belles années de sa vie, pas son argent.
Ce doit être cela un sophisme : il parle à la raison, et la raison est aisément manipulable si elle n’est pas appuyée sur l’expérience.
Compléments :
  • Marx disait que le capitaliste était un exploiteur. Les beaux esprits l’approuvaient. Puis l’université américaine a présenté la thèse inverse. Ils ont gobé sans broncher.
  • Ma solution au divorce entre membre de la société et actionnaire est de démontrer l’utilité de l’actionnaire. Un actionnaire (de petite entreprise) doit être un conseiller et un vendeur, avec un gros carnet d’adresses. C’est d’ailleurs comme ceci que se présentent les fonds d’investissement américains.  L’investisseur doit s’investir dans l’entreprise. 

The social network

Film de David Fincher, 2010.

Rencontre inattendue entre deux populations qui semblent appartenir à des ères différentes, mais ont en commun un intellect dont le développement s’est arrêté très tôt. D’un côté la faune des start ups. De l’autre la haute société anglo-saxonne et ses rites d’un autre âge. Chacun se croit distingué par les dieux et n’a que mépris pour le reste du monde.

Excellent reportage.