Olivier Ezratty, l’homme qui lit jusqu’aux reliures des formulaires d’introduction en bourse, analyse celui de Facebook. (Petit décryptage de l’IPO de Facebook)
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Blues au MEDEF
Hervé Kabla et Olivier Ezratty bloguent l’Université du MEDEF.
- Hervé Kabla suit une conférence sur « le capitalisme sera éthique ou ne sera pas ». Résultat ? Contrairement au citoyen ordinaire, le businessman est incapable de responsabilité, il doit donc être contrôlé.
- Olivier Ezratty montre le MEDEF s’interrogeant sur les chemins de la décroissance économique. Le débat laisse peu d’illusions quant à la capacité de l’entreprise à se réformer à temps. (Je ne vois qu’une issue : que le MEDEF s’équipe du leader que réclame ce diagnostic : M.Bové.)
Surprenant, une année on est ultralibéral, et la suivante altermondialiste.
Comme le dit Paul Krugman (Science économique : bilan), les idées ultralibérales flottaient sur du vent. Quant à la décroissance, elle me semble tout aussi peu justifiée. La « croissance » est une grande illusion, elle mesure ce que l’on veut bien mesurer de l’activité humaine. Le PIB de demain comptera ce que nous ferons demain : nous nous agiterons tout autant, mais différemment. Le problème du moment est d’inventer cet avenir. C’est éminemment favorable à l’économie. D’ailleurs cela va donner leur chance à de multiples innovations, qui existent déjà, mais que la grande industrie est trop paresseuse pour utiliser.
Ce que révèle le blues de l’élite qui fréquente l’Université du MEDEF, c’est probablement moins l’état déplorable de notre avenir que la vacuité de son intellect : une idée importée y remplace une autre. C’est paradoxal : n’a-t-elle pas été sélectionnée pour son QI, sa capacité à penser ? Seulement, elle se contente d’être.
Voilà un changement qui devrait être facile : si elle veut sauver le monde, il lui suffit de faire ce pour quoi elle a été recrutée.
Compléments :
- Le PIB comme grande illusion, exemple. Hier, le travail de la femme au foyer n’entrait pas dans la comptabilité nationale ; depuis qu’elle ne reste plus à la maison, les tâches qu’elle faisait (garde et éducation d’enfant, ménage, cuisine) contribuent au PIB de la nation.
- Mon premier billet sur le MEDEF et son université partait d’un diagnostic incorrect : Image (déplorable) du patron français.
- Exemple d’innovation en attente d’intérêt : L’effet de levier de Microsoft ?
Microsoft et Yahoo
Peut-être que Microsoft et Google ont enfin trouvé un moyen de se faire mal ?
Cette fois-ci l’offensive de Microsoft contre Google semble sérieuse. Bing le moteur de recherche de Microsoft serait adopté par Google. Bing aurait alors une part de marché de 30% aux USA, contre 65% à Google. Avec une telle présence, les annonceurs sérieux ne pourront plus ignorer Microsoft. Ça risque de faire mal à Google.
En échange, Google attaque la clé de voute du succès de Microsoft : les systèmes d’exploitation.
On se trouve dans un des cas de figure où la concurrence peut être bonne. Elle va forcer Microsoft et Google à dépoussiérer leur génie, leur évitant peut-être le sort des dinosaures. Espérons aussi qu’ils vont s’intéresser à nous et à nos problèmes et à la qualité et à l’ergonomie de leurs produits. Mais à l’impossible nul n’est tenu.
Compléments :
- Bingoo!. Il paraîtrait que sur sa seule bonne mine (qui ne me séduit pas), Bing connaissait déjà une croissance forte. Microsoft a réussi un beau coup : il a obtenu ce qu’il cherchait dans l’achat de Yahoo. En ne l’achetant pas il a fait 47,5md$ d’économie.
- Microsoft en dinosaure : Bill Gates : nettoyage à sec.
- Olivier Ezratty est-il dans l’erreur ? Google, Microsoft et Olivier Ezratty.
- Le même sur les systèmes d’exploitation : La guéguerre des OS légers.
Aide à l’innovation
Olivier Ezratty fait une analyse étonnante de l’aide à l’innovation en France. Il conclut :
- Que les trois quarts du financement de l’innovation en France sont d’origine publique. Et dans ce financement public, les deux tiers au moins sont des dépenses fiscales, même si le CIR n’est pas à proprement parler une dépense fiscale et relève plutôt d’une subvention sur dépenses.
- Plus de la moitié du financement de l’innovation est focalisé sur la R&D y compris pour les sociétés qui sont sorties du cadre de l’amorçage – cela comprend les grandes entreprises qui trustent environ les trois quarts du CIR. Ceci confirme une intuition que je relaye depuis quelque temps sur ce blog sur le poids trop élevé de la R&D dans les aides publiques. Sachant que les autres sources de financement couvrent aussi la R&D pour une part, mais de manière non exclusive.
- Quand on ajoute l’impact de la loi TEPA-ISF, on s’aperçoit que l’Etat finance en fait directement ou indirectement la moitié du capital risque français ! Sans pour autant avoir réellement augmenté le poids des investissements dans le capital d’amorçage de la part des VCs.
- Que le poids des investissements des business angels (estimé ici à la louche à moins de 250m€) est encore marginal par rapport à celui du capital risque.
- Que les aides publiques sont des facto étalées dans l’ensemble du cycle de développement des PME innovantes : de l’incubation jusqu’au développement (late stage pour ce qui est du capital risque).
- Que la part des aides spécifiques sur le développement du business et de l’export est ridicule.
- Que la part des aides régionales est encore marginale par rapport au total de l’investissement public.
- Qu’en amont de tout cela, les aides à l’incubation, notamment pour les jeunes qui sortent de l’enseignement supérieur, ne sont pas bien significatives.
Ce qui l’amène à s’interroger :
Ce schéma montre l’énorme poids du CIR et cela m’interpelle. Je me demande s’il n’y a pas une fuite dans le réservoir et qu’elle n’arrose pas au bon endroit pour faire éclore les innovations. Les innovations rappelons le, sont les nouvelles technologies qui trouvent leur marché et des clients – si possible à l’échelle mondiale, et pas des inventions qui sortent juste des laboratoires à l’état de produit plus ou moins fini… !
Il montre aussi l’effort qui reste à accomplir pour augmenter la part du financement d’amorçage via les business angels. Et aussi que le capital risque français n’est pas si “risque” que cela et fonctionne sous une sacrée perfusion du financement public. Sans compter qu’Oséo garanti les investissements dans les FCPI à hauteur de 70% ce qui limite les pertes des fonds à 30%.
Je n’avais jamais mis mes expériences en forme, mais, à la réflexion, elles semblent confirmer l’analyse d’Olivier Ezratty : pourquoi encourageons nous autant la recherche et développement ? D’autant plus que l’on m’a toujours dit que c’était une de nos forces ? Pourquoi ne pas subventionner plutôt nos faiblesses ?
Quant au secteur privé, comme je l’explique dans un autre billet, je pense que, paradoxalement, il a moins la culture de l’investissement qu’OSEO. C’est peut-être une question de changement : on ne peut pas transformer un capitalisme d’état en un capitalisme d’entrepreneurs en quelques années…
Compléments :
Hadopi
Le sujet rebondissait sur mon indifférence, jusqu’à ce que je lise une étude d’Olivier Ezratty (Faut-il avoir si peur de la loi Hadopi ?).
Cette loi est supposée faire respecter le droit d’auteur sur Internet. Ce qui me frappe est l’impression d’infâme bricolage qu’elle donne et le fait qu’une loi qui touche à Internet, que la plupart des citoyens français utilise, ne semble pas s’en préoccuper (pourquoi ne nous annonce-t-on pas ce que nous allons encourir ?).
Voici des remarques piratées sur le site d’Olivier Ezratty :
En gros, on peut comprendre les inquiétudes des uns et des autres sur cette loi, mais en même temps, trouver que les protagonistes de l’affaire sont bien hypocrites :
Les ayant droits des contenus qui crient au loup contre le piratage, font usage de données contestables expliquant la baisse du chiffre d’affaire des supports numériques traditionnels (CD, DVD) et ne se remettent pas bien en cause face aux défis du numérique et de l’Internet, tout en faisant créer et en gérant des taxes sur la copie privée parfaitement abusives (la France est probablement le pays où un DVD vierge coûte le plus cher au monde).
Des Internautes et leurs représentants qui abusent un peu d’arguties autour du concept fourre tout de liberté pour défendre ou expliquer le piratage : et de bâtir des théories du complot diverses sur le contrôle de l’Internet par le pouvoir en place, et de confondre liberté d’expression sur Internet et liberté de pirater les contenus des auteurs, et d’expliquer que les artistes n’ont qu’à faire des concerts pour générer du revenu ou encore, de justifier le piratage parce que tout le monde pirate. Un dernier argument qui rappelle les justifications contre les mesures de renforcement de la prévention routière ces trente dernières années (port obligatoire de la ceinture, radars, alcool au volant, usage des mobiles, etc.). A force de lutter contre le principe même de la riposte graduée et de ne pas avancer de propositions précises, ils rendent difficile la création d’un compromis.
Un gouvernement qui a bien plus écouté les industriels des contenus et les auteurs que les consommateurs et le monde de l’Internet en général. Il a créé sous couvert de “pédagogie” une loi mettant en place une véritable usine à gaz pleine de trous et incertitudes sur les détails de mise en œuvre. La loi risque bien d’être inapplicable et inappliquée dans la pratique. Le gouvernement n’a pas cherché à bâtir un véritable consensus et il profite de ce que les contre pouvoirs des consommateurs ne sont pas opérants car n’ayant pas la “force de la rue”, ni même des grands médias où le sujet est peu traité.
Bref, un peu comme dans le binôme patrons/syndicats, nous avons un dialogue de sourds à la française qui a bien du mal à accoucher de quelque chose de raisonnable.
J’ai l’impression de relire la première partie de tous mes livres. J’y dis que la France ne sait pas conduire le changement. C’est déprimant.
Voici un débat où personne ne réfléchit. D’un côté, un problème qui, comme d’habitude, n’est même pas posé ; la solution a manifestement surgi sans réflexion préalable. De l’autre une opposition systématique et hors sujet. En fait le refus d’une discussion qui pourrait aider le gouvernement à jouer son rôle.
Le résultat ? Face à une opposition obtuse, un gouvernement déterminé a pour seule issue le passage en force. Faute d’avoir consulté citoyens et responsables de l’application de la loi, la mise en œuvre de la réforme ne peut-être qu’inefficace (voir le schéma qu’en fait Olivier Ezratty : invraisemblable usine à gaz !). Ses conséquences seront négatives pour tout le monde.
Compléments
Désagréable innovation
Olivier Ezratty (billet précédent) tire de son voyage un rapport sur les technologies de l’innovation en Asie. Je n’accroche pas.
Je ne peux m’empêcher de penser qu’en grande partie c’est de « l’art pour l’art ». à quoi cela peut-il servir ? D’accord avec Galbraith : l’entreprise doit nous manipuler pour nous faire consommer ce qu’elle produit (L’ère de la planification) ?
Il me semble que la principale caractéristique de l’innovation est d’être dangereuse. Elle est le fait de personnes hyperspécialisées. Elles ne perçoivent du monde que leur technologie particulière. Elles pensent détenir quelque chose d’essentiel, et sont prêtes à tout pour nous l’imposer. (Si nous n’en avons pas vu l’utilité, c’est évidemment que nous sommes stupides !)
Paradoxalement moins l’innovation a d’intérêt, plus leur réussite est certaine : nous n’y prêtons pas attention. C’est probablement ainsi que les Chinois n’ont pas su se garantir des invasions : je soupçonne qu’ils méprisaient trop les barbares pour en voir le danger (à commencer par celui que représentait l’Occident).
Compléments :
- GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
- Comment survivre à l’innovation ? Tirer le meilleur des dangers de l’innovation.
Innovation et culture
Olivier Ezratty, qui revient d’un voyage en Asie (délégation emmenée par Nathalie Kosciusko-Morizet), observe que la manière d’innover d’un pays est marquée par sa culture (Retour de Corée et Japon – culture et innovations).
- Japon replié sur lui-même. D’où, notamment, un énorme intérêt pour la robotique. Le robot évitera d’avoir recours à un personnel immigré pour s’occuper des personnes âgées.
- Quant à la Corée, reconstruite à neuf, elle aime la nouveauté.
Oséo se désintéresse des start up : début d’explication ?
Reprenant les informations du blog d’Olivier Ezratty (Oséo se désintéresse des start up ?), le Monde enquête (Les petites sociétés innovantes se sentent abandonnées) :
« Dans deux ans, quand l’économie redémarrera, la France souffrira d’un trou démographique de start-up« , redoute M. Ezratty.
Les équipes d’Oseo Innovation en sont convaincues. Leurs dirigeants n’ont plus la main sur le personnel distribuant les aides en région. Celui-ci est rattaché à Joël Darnaud, un professionnel de la banque qui applique les méthodes de ce secteur. La distribution d’aides rapporte une prime à celui qui l’octroie. Ce qui incite à faire du chiffre, sans forcément s’attacher à la qualité du dossier, au caractère réellement innovant des produits et services dont il est censé financer l’élaboration.
La France serait-elle atteinte du mal anglais ? Lois de la concurrence et service public.
Google Chrome victime du « Good enough » ?
J’ai vu quelque part que Google Chrome n’était pas un grand succès. Ce serait seulement le 5ème navigateur le plus employé.
Mon cas. Je l’utilise, mais pas seul. Grand intérêt, il est étonnamment rapide. Exemple. Je passe du temps chez Allociné, qui met à genoux Explorer. Chrome charge les pages immédiatement. Mais il y a une faiblesse : le rendu de mon blog (pourtant un produit Google) est moche. Plus amusant. Je rédige mes billets dans Word et je les copie dans l’éditeur de texte de Blogspot. C’est pénible avec Explorer, mais je m’y suis fait. Avec Chrome c’est un cauchemar. En fait, Chrome fait bien mieux son travail qu’Explorer : par exemple il traduit exactement les tailles de polices, il espace le texte… Ce qui me force à défaire ce qu’il a fait.
Ça me rappelle une histoire que l’on m’a racontée. Un directeur financier d’une multinationale disait que l’ERP qu’on venait d’installer faisait des erreurs : il ne permettait plus la créativité comptable nécessaire au sein aspect de son bilan…
Les mésaventures de Chrome illustrent peut-être les propos d’Olivier Ezratty (Google, Microsoft et Olivier Ezratty) : le monde Internet se contente du « good enough ». Pour percer il faut un tremblement de terre.
Google, Microsoft et Olivier Ezratty
Petit déjeuner du Club Télécom. Lumineuse analyse d’Olivier Ezratty de Google et Microsoft. Ce que j’en retiens :
Ces deux entreprises sont aussi concurrentes que la carpe et le lapin. Leur croissance est liée mécaniquement à celle du marché très particulier sur lequel elles vivent, et qu’en partie elles ont créé.
- Microsoft, 60md$ de CA, possède 40% du marché du logiciel. Elle vend essentiellement aux entreprises. Son marché croit organiquement de 8 à 13% par an.
- Google, 20md$ de CA, possède 40% du marché de la publicité sur Internet. Elle vend essentiellement au grand public. Son marché croit organiquement de 30%. Google suit la courbe de développement de Microsoft, avec quelques années de retard.
Pourquoi ne peuvent-elles pas s’attaquer l’une l’autre ? L’exemple de Microsoft. Le marché de la publicité sur Internet est divisé en 3.
- Moteur de recherche : 30 à 40$ par client (Google a 70% du marché).
- Sites de contenu (bandeaux publicitaires de sites tels que Le Monde.fr…) : 2 à 8$ par client.
- Contextualité / relation (Facebook, Hotmail…) : 0.
Microsoft est présent sur le 3ème segment et voudrait pénétrer le premier. Mais en dépit de milliards de $ d’investissement est incapable de mettre au point un moteur de recherche qui apporte autre chose qu’un avantage marginal par rapport à celui de Google. Acquérir Yahoo! serait une erreur: les cultures des deux entreprises sont tellement différentes, que la fusion s’achèverait en bain de sang pour un gain de part de marché illusoire.
Quant à Google, attaquer le logiciel d’entreprise lui demande d’acquérir un savoir faire de vente à l’entreprise du type de celui d’IBM. Au mieux difficile et long. Le tout pour une rentabilité beaucoup plus faible que celle à laquelle Google est habitué.
Les entreprises sont comme les êtres humains, elles ont une morphologie qui les dispose naturellement à certains métiers, mais pas à d’autres.
Autre trait. Pragmatisme alpha et omega pour ces deux monstres. Aucun souci de stratégie impeccable, de produit parfait : ils mettent au point par essais et erreurs, ils testent en permanence. Vision à long terme n’appartient pas au vocabulaire anglo-saxon.