Antoine de Saint-Exupéry précurseur de la RSE

« Le plus beau métier est d’unir les hommes »

On le sait « Saint-Ex » était visionnaire et homme de bon sens. Une bonne partie de son œuvre porte sur la nature des relations humaines et les qualités de ceux qui les rendent durables.


En 2008, j’ai probablement participé à une des expertises les plus enrichissantes depuis quinze ans de métier, qui illustre si bien cette citation.
En mars de cette année-là, lors du chargement d’un navire, la rupture d’une canalisation laisse échapper plus de 500 tonnes de pétrole brut dans l’estuaire de la LOIRE, à DONGES. La configuration des installations, les marées, l’écosystème, vont provoquer une dispersion de ce pétrole jusqu’à l’ile de Ré et la plage de La Baule, mettre à pied les pêcheurs de l’estuaire, menacer les agriculteurs et mettre en péril la saison touristique qui s’ouvre. Le désastre paraît immense et l’abattement est profond.
3 mois plus tard, l’intégrité de l’écosystème sensible de ce milieu humide a été préservée, la pollution absorbée. Les professionnels de la pêche ont été indemnisés, leur business est préservé. L’image de cette magnifique région n’a pas été dégradée et des projets de développement maîtrisé qui sommeillaient, ont été dynamisés.
Comme un symbole, la raffinerie à l’origine de la pollution, sera la seule épargnée, en France, lors de la grève très dure de cette période. Son image locale, pourtant si noire (pétrole) après l’ERIKA, sera même redorée. L’absence de « judiciarisation » du dossier complète le tableau.

Un miracle ! Certainement pas !
Ce sont simplement les hommes qui se sont réunis et unis pour que chacun joue son rôle sociétal et assume sa part.

L’immense désordre (Tohu) provoqué par cette pollution, a fait place à un ordre supérieur (Bohu).
Les responsables de la raffinerie ont assumé leur responsabilité de pollueur involontaire, et ouvert le dialogue franc avec les parties prenantes : la sécurité civile et les autorités, les associations de pêcheurs, d’agriculteurs et de professionnels du tourisme, les collectivités locales, les associations, les assureurs…
  • La nature a pu retrouver son équilibre, et au-delà, ce milieu humide si sensible et si essentiel, bénéficie de nouveaux projets de préservation.
  • L’économie des secteurs qui vivent de ce milieu a été préservée et pérennisée.
  • Les hommes qui n’étaient pas supposés se rencontrer ont pu se réunir et comprendre l’étroite et totale interdépendance qui les lie, et surtout, que derrière chaque entité froide : une raffinerie, le business de la pêche, les collectivités… il y a, avant tout, des hommes et des femmes avec des besoins communs et une dépendance à la nature nourricière.
La crise s’est donc transformée en prise de conscience et en formidables opportunités.
Et j’ose croire que les experts qui ont participé à cette formidable aventure humaine ont été comme la très – trop – discrète abeille qui vole de fleur en fleur, et sans qui beaucoup d’espèces végétales ne pourraient se développer durablement.
Compléments :

Quand le développement durable "ringardise" des principes indiscutables!

Les assureurs ont un principe : « la remise en état à l’identique » lors d’un sinistre. Le principe est d’éviter un enrichissement après un dommage subi. C’est interdit par l’article L 121 du code des assurances. Ce principe n’est il pas aujourd’hui totalement inadapté à notre société et ses besoins d’évolution?

Ce principe valait pour la seule dimension économique des choses mais le développement durable est passé par là. La société a changé. Pourquoi les assureurs ne pourraient ils pas réfléchir et proposer une remise en état meilleure à coût constant, mais socialement supérieure. N’est ce pas de leur responsabilité sociétale?
Pour cela, il faut se reposer sur des hommes qui ont l’expérience du traitement du sinistre et de la relation entre les parties prenantes à un sinistre, ou un litige: les experts. Paradoxalement, les assureurs semblent faire le choix de l’abandon de l’expert pour des raisons économiques (merci SOLVENCY II). L’expert serait donc en voie de disparition tout simplement parce qu’il n’existe pas d’indicateur autre que son coût pour mesurer son utilité?

Il est à l’image de l’abeille. On reconnaît le bon miel de celles qui sont élevées en ruche, dont on évite la piqûre douloureuse parfois mortelle. On oublie les sauvages qui pollinisent beaucoup d’espèces végétales (plus de 80 % des espèces végétales sauvages et cultivées). Imaginez un monde sans abeille, sans fleur et sans expert!


Abeilles et experts unissez vous ! pour montrer que vous êtes, au quotidien, les champions du développement durable!

L’expert, le tohu-bohu et le développement durable

Selon le petit ouvrage de Xavier de Bayser*, dans la tradition juive, tohu et bohu sont deux termes dont le premier représente le désordre et le second une puissance d’ordre. Ils ont été rapprochés dès l’origine par les anciens – comme le Yin et le Yang – pour exprimer que lorsqu’il existe un désordre, il y a aussi une puissance d’ordre qui peut suivre.
Le tohu traduit le monde complexe, rugueux et désordonné. Mais si l’on applique la théorie du « petite cause grands effets », il faut chercher les choses simples, qui permettent d’obtenir des effets vertueux qui mènent à l’ordre, le bohu.
C’est ce comportement là qu’il faut sans cesse montrer et appliquer pour que la génération qui suit l’adopte, et devienne durable.

Or, depuis plus de quinze années, je mène des expertises pour le compte, tant des assureurs que des industriels, des collectivités et des associations, qui me font intervenir dans un tohu, autrement dit un litige en responsabilité civile entre parties prenantes.
Et, après plusieurs centaines de litiges traités (en fait milliers…) et une évolution drastique du métier, je constate que ma mission et mon rapport d’expertise constituent une aide à la décision par la recherche des faits, des causes techniques, des conséquences économiques et du droit des contrats, du contexte.

Mais une aide à la décision dans quel dessein?

A l’origine, simplement pour qu’un assureur puisse se positionner sur sa police d’assurance et ses garanties vis-à-vis de son assuré.
En quinze ans, le monde a bien changé, s’est transformé, s’est complexifié…
Ainsi, jadis inscrit dans le cercle des parties prenantes à un litige (assuré, courtier, agent, avocat, assuré, tiers…), l’expert se retrouve aujourd’hui placé, à l’intérieur du cercle, distillant et adaptant son information à la compétence de la partie prenante : un technicien, un juriste, un économiste, un commercial…
Inscrit au centre de ce cercle, l’indépendance d’esprit de l’expert, son intégrité, sa compétence, son champ d’expérience et ses moyens, sont autant d’atouts pour la recherche des choses simples qui permettent de sortir de la situation de litige par le haut et parfois en déclenchant une situation meilleure qu’avant.

Voilà donc le dessein de cette aide à la décision : la recherche du bohu.

Ce sont des dizaines et des dizaines de cas traités que je pourrais vous soumettre. Chaque fois, l’idée était de trouver le grain de sable qui coince l’écosystème du litige pour l’emmener vers le bohu, c’est-à-dire l’ordre porteur d’avenir.
C’est à chaque fois la position idéale au centre du cercle, qui donne la clarté de la situation (sans influence autre que sa propre histoire, bien sûr ! voir pour cela Howard Zinn).
Une vision claire permet alors de créer la situation de sortie en mode durable, c’est-à-dire celle où les parties au litige souhaiteront toujours agir ensemble en confiance, dans une relation où chacun reconnaît l’autre pour ses talents particuliers.
C’est bien cette collection de talents reconnus et mélangés qui offre une meilleure gestion du risque, gage d’ordre et de développement durable.

Alors l’expert, celui qui propose une aide à la décision, n’est-il pas, par essence, au centre du développement durable, en proposant simplement d’éclairer la voie qui mène du tohu au bohu ?

* Le petit livre du développement durable ou 10 mots pour changer la planète de Xavier de Bayser, éditions l’Archipel.