Humanisme contre libéralisme

Je me demande s’il n’y a pas eu basculement de nos hiérarchies de valeurs depuis la guerre.

Il me semble qu’en réaction aux atrocités de la guerre, et peut-être à la menace soviétique, les gouvernements occidentaux ont eu pour souci, et pour inquiétude, l’épanouissement des populations. On parlait de progrès, et ce progrès devait profiter à l’homme. D’ailleurs, l’existentialisme, la doctrine philosophique d’après guerre, était un humanisme, qui voulait la liberté de l’homme.

Puis, progressivement, cette idée fixe du bonheur humain a été remplacée par une autre : comment faire gagner en performance l’économie ? Tout a été ramené à cette unique question.

À partir du moment où elle a envahi les têtes, ce qui jusque-là devait assurer le bonheur humain est devenu un « coût ».

Et elle l’a envahi comme un parasitisme : en changeant le sens des mots. Le libéralisme, par exemple, qui devait réaliser la libération de l’individu cherche maintenant à obtenir celle des marchés.

L’homme, de fin est devenu moyen, l’économie, de moyen, fin. Ne faudrait-il pas revoir cette répartition de rôles ?  Rendre à « libéral » son sens initial ?

Existentialisme et expérience de l’absurde

Un précédent billet parle d’existentialisme et de nausée (ou d’absurde), l’expérience qui, par réaction, fait découvrir ce à quoi on croit, sans le savoir.  « L’engagement » c’est être fidèle à cette sorte de pacte.

J’imagine que cette philosophie d’après guerre résultait de ce que les résistants avaient connu un tel moment. J’imagine aussi que le petit Nicolas Sarkozy a découvert sa vocation de néoconservateur devant sa télévision, en 68.

Quant à moi, j’ai assisté au spectacle de 68, mais j’étais probablement trop jeune pour que des écervelés prétendant que la destruction était créatrice fassent de moi un défenseur des valeurs familiales.

J’ai été confronté à l’absurde plus tard, vers 14 ans, quand j’ai découvert que nous étions faits d’atomes, avec de grands vides au milieu. Contrairement à Épicure, je n’y ai rien trouvé de rassurant. Tout n’était-il pas illusion ?

Certes, mais la vie n’est pas possible si l’on ne fait pas comme si ce qu’elle dit était vrai. Mon « engagement », bien modeste, et ce blog, viennent peut-être de là. Je suis resté une sorte d’observateur, un peu extérieur, de la vie, qui cherche à en comprendre les règles ?

Mais cet engagement s’oppose aussi à l’individualisme anglo-saxon. Ce dernier va jusqu’à dire que nous sommes dirigés par des individus élémentaires, nos gènes. Pourquoi pas les atomes, quarks ou cordes ? Pour ma part, il me semble, avec quelques scientifiques, qu’il y a « émergence », que le groupement d’individus donne une sorte « d’être » nouveau, qui est différent de ses composants. Je pense aussi que les individus peuvent influencer l’être : l’homme peut changer la société.

Catholicisme contre protestantisme

Le riche (…) a reçu ses biens, et le pauvre ses maux dans cette vie (…) Écoutez riches et tremblez : et maintenant (…) l’un reçoit sa consolation, et l’autre son juste supplice. (Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le Tellier)

Étonnante différence de traitement de la vie terrestre par le catholicisme et le protestantisme.

Pour le premier elle est une succession de calamités, pour l’autre l’élu est désigné de son vivant. Curieux que l’humanité ait pu accepter si longtemps une vision catholique aussi « absurde » (au sens existentialiste du terme) de l’existence.

En fait, le catholicisme a peut-être un atout déterminant : il contente de son sort une masse d’opprimés. Les puissants s’en tirent à bon compte : un rien de contrition, et un brin de charité peuvent laisser espérer le paradis.

Et si c’était ce qui lui a été fatal ? En se prêtant à l’exploitation du peuple, il poussait les classes dirigeantes à la paresse ? Ce qui a dû sembler inacceptable au bourgeois entreprenant et riche ? D’où les révolutions anglaises et françaises et l’émergence du protestantisme et de la laïcité, deux formes de protection de l’individu des empiètements d’une oppression totalitaire ?

Macadam à deux voies

Film de Monte Hellman, 1971.
Où l’on voit la place centrale que la voiture occupe dans la civilisation américaine et que la fin des années 60 fut une période existentialiste où l’on a vécu dans l’instant.
Proche d’Easy rider, avec plus d’humour. Bizarre que le réalisateur n’ait pas eu un plus grand destin.