Le changement loi fixe et naturelle

Pour ma première contribution j’ai envie d’évoquer quelques chinoiseries.

Cyrille Javary auteur d’un formidable livre nous explique que les Chinois ont depuis fort longtemps résolu l’équation de l’action.

Le Yi Jing, texte capital de la pensée chinoise et vieux de plus de 35 siècles, est le premier manuel d’aide à la décision. Il s’appuie sur 6 piliers :

  1. Le changement
  2. Le battement
  3. Le cheminement
  4. L’engagement
  5. Le discernement
  6. Le hasard

Le premier pilier, le changement est défini comme « la seule chose qui ne changera jamais est que tout change toujours, tout le temps. » Les chinois considèrent donc que le changement est au cœur de la vie et c’est la seule base stable sur laquelle puisse se fonder l’activité humaine.

L’idéogramme changement YI est formé de la juxtaposition de deux signes, celui de la pluie placé sous celui du soleil. Ce peuple sédentaire et cultivateur apprécie ce phénomène naturel et quotidien, de l’alternance du soleil et de l’eau dont les effets sont nécessaires et complémentaires. YI nous indique donc que chacun peut aisément faire le constat du changement quotidien et permanent en regardant le temps qui passe. Mais le plus surprenant c’est que YI signifie également loi fixe. En effet, puisque tout change tout le temps c’est de fait la seule loi stable sur laquelle bâtir une stratégie de l’action.

Enfin, YI signifie également simple facile, comme « après la pluie le beau temps »!

Et je me demande si ce n’est pas après quelques lectures chinoises tout en observant la nature, que Darwin a simplement déterminé que :

Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. (Charles Darwin / 1809-1882)

Pour approfondir :

  • Le livre de Cyrille Javary –écrivain et conférencier spécialisée dans la civilisation Chinoise. « Le discours de la tortue » avec ce sous-titre « Découvrir la pensée chinoise au fil du Yi Jing ». 
  • Et une chronique du livre par ce blog. 

L’homme change

Il est fréquent que les psychologues expliquent nos irrationalités par le fait que l’homme a été créé il y a fort longtemps, à une époque où Internet n’existait pas.

Cette opinion changerait. Le génome de l’homme a subi des évolutions rapides. Pourquoi pas son cerveau ? Et pourquoi n’aurait-il pas conçu la société à l’image de celui-ci ? (Fast-Evolving Brains Helped Humans out of the Stone Age: Scientific American)

Psychopathes

Il y aurait deux destinations pour le psychopathe. La prison et la direction d’entreprise.
Le psychopathe souffre d’une insensibilité au risque et à la morale. Morale et risque seraient gérés par des « modules cognitifs » du cerveau. Ils ne fonctionneraient pas chez les psychopathes.
Il se pourrait que ce défaut ait été maintenu par la sélection naturelle, pour son utilité (aux conseils d’administration ?). (Socially challenging.)

Coévolution

Comment avons-nous appris à manger ce que nous mangeons me demandé-je ? (Surtout ne pas manger ce qui est toxique.)
Je me suis rappelé avoir entendu parler de coévolution : les plantes à pollen se sont développées en même temps que les insectes qui leur étaient nécessaires.
Peut-être en est-il de même de nous ? Nous avons évolué avec ce qui nous sert de nourriture ?
Peut-être ce type de lien existe-t-il aussi entre l’homme et sa culture ? Nous définissons ce qui nous paraît bien, et ce qui nous paraît bien contraint ensuite notre comportement et nous transforme physiquement ? Par exemple la fidélité qui est maintenant attendue du mâle s’accompagne d’une accentuation de son caractère féminin.
Compléments :

Évolution de l’homme

Parmi les questions bizarres qui me traversent la tête, je me suis demandé quel avait été le chaînon manquant entre l’homme et la plante. La théorie que j’ai échafaudée :

La plante dans un premier temps se retrouve dans l’eau. Elle se dote de moyens de locomotion de plus en plus sophistiqués et devient un poisson, qui se fait des membres et atterrit.

Conjectures fumeuses ? En tout cas, il semble bien que les poissons aient développé des membres qui leur ont permis de débarquer sur terre. (Legs, feet and toes, Scientific American de Septembre.) La raison en serait 1) maintenir suffisamment longtemps sa tête hors de l’eau pour pouvoir respirer, lorsque l’eau est devenue trop pauvre en oxygène ; 2) se fixer solidement dans l’attente d’une proie.

Homo socialis

L’homme de Neandertal a disparu il y a 28.000 ans pour des causes encore non élucidées. Parmi les suspects :

  • Des cycles de modification de la nature plus rapides que le temps d’adaptation de l’homme (en une existence le paysage et le climat étaient transformés).
  • L’homme de Neandertal consommait beaucoup plus de calories que l’homme moderne.
  • Pour une raison inconnue l’homme de Neandertal semblait vivre moins vieux que l’homme moderne. Ce dernier aurait eu plus de temps pour acquérir un savoir-faire et le transmettre à ses enfants et, donc, petits enfants.

Et si la force de l’homme moderne avait simplement été de construire des sociétés qui l’ont protégé des aléas environnementaux ? Qui ont fait que, contrairement au Neandertal, ce ne sont pas ses capacités propres qui ont été le maillon faible du changement ?

D’ailleurs ne sommes nous pas les produits de la société ? Un billet disait que la terre a longtemps compté 300m de personnes. Et il fallait probablement une dizaine de naissances par famille pour cela. Combien d’entre-nous seraient là si nous avions laissé faire la nature ? Probablement pas loin de zéro : qui n’a pas au moins un parent, grand parent, ou arrière grand parent sauvé par la médecine (vaccin, opération, etc.) ? D’ailleurs notre culture nous a modelés : par exemple l’organisme des populations d’éleveurs s’est habitué au lait.

D’où un problème : cette population artificielle est-elle durable ? À force de refuser la sélection naturelle, ne fabriquerons-nous pas des humains pleins de défauts que nous ne saurons plus corriger ? Avenir = course entre dégénérescence de l’homme et montée en complexité d’une société qui s’adapte à notre place à l’évolution du monde, et corrige les faiblesses grandissantes de composants humains de plus en plus socialement dépendants ?

Il y a quelques temps je me demandais quel serait le nom du prochain Homo. Et si c’était socialis ?

Compléments :

Les formes de l’agressivité féminine

Les modes d’agression des hommes et des femmes sont différents (Why Girls Are So Cruel to Each Other) :

  • L’homme frappe.
  • La femme emploie des stratégies sociales. Elle cherche à faire exclure l’adversaire du groupe social, par la calomnie. Raison ? « En termes d’évolution, historiquement et dans toutes les cultures (…) les filles entre 15 et 19 ans seraient dans la phase de recherche la plus active de partenaires. Ainsi, tout ce qui peut saboter l’image d’une autre femelle comme partenaire de reproduction désirable (…) tend a être la matière du commérage viril ».

Réflexions :

  • Cela peut aussi vouloir dire que la femme a un rôle social plus important que l’homme, et que sa capacité à isoler ses adversaires peut prouver ce talent, qui serait utile à l’homme.
  • Un article que je cite ailleurs, dit quelque chose qui va dans ce sens, et montre, en conséquence, que la femme est plus affectée que l’homme par tout ce qui touche au lien social.
  • Cette capacité à manœuvrer les forces sociales, le fondement de la conduite du changement, ferait-elle de la femme un animateur du changement né ?

L'éventail du vivant, de Jay Gould

GOULD, Stephen, Jay, L’Eventail du vivant, Seuil 2001.
La nature a une tendance à la complexité « à la marge », mais pas « en moyenne ». Le monde pris dans sa globalité ne devient pas de plus en plus complexe : à chaque étape de sa progression, la nature tente, en même temps, des versions complexes et simplifiées des modèles existants, et le hasard retient celui qui continuera sa carrière. De temps à autre une catastrophe balaie les modèles les moins rustiques, qui sont les plus fragiles. La complexité n’a donc pas de véritable avantage concurrentiel. L’évolution ne tend pas vers l’homme, qui serait son couronnement, elle l’a plutôt laissé apparaître par distraction. D’ailleurs s’il disparaissait elle lui substituerait sûrement un autre être complexe, mais qui ne lui ressemblerait en rien.