Laisserons-nous une trace dans l'histoire ?

Faut-il être un grand homme pour laisser une trace dans l’histoire ?

Sans ses parents, il n’y aurait pas eu de grand homme. Peut-être pas de Newton sans une pomme. Et ce papillon dont le battement d’ailes crée un ouragan ? Et le catalyseur qui permet la réaction chimique, sans qu’on le trouve dans le produit final ? Le changement porte souvent un nom, mais est-ce celui à qui il appartient qui a joué un rôle décisif dans sa survenue ? Et si, que nous le voulions ou non, le monde n’était pas le même avec ou sans nous ? 

Cousins

Les employés d’un de mes anciens employeurs appelaient ceux qui les dirigeaient « les cousins ». Cette expression m’est revenue en tête en regardant ce que l’on disait de la famille royale anglaise (avant cette génération) : elle se mariait entre cousins.

Avoir des cousins est une force. Le groupe est plus fort que l’individu. Cependant, pour cela, il faut sûrement une condition nécessaire : le sentiment d’avoir quelque chose en commun. Une naissance, aurait-on peut-être dit sous l’ancien régime. En effet, il me semble que dans d’autres milieux la notion de cousin ne s’étend pas très loin, et qu’elle tend rapidement à générer des rivalités. Le cousin est un parasite, à moins qu’il ne soit une force d’appoint ?

(Un autre inconvénient du népotisme est que, faute de pression sociale, il conduit à un affaiblissement du niveau intellectuel du groupe. Voilà peut-être pourquoi les princes d’Angleterre ne se marient plus entre eux ?)

L'homme prédateur

Très intéressant cours du Collège de France (diffusé par France Culture). L’homme prédateur. Jean-Jacques Hublin.

Un moment décisif dans l’histoire de notre espèce aurait été l’homo erectus. Il apparaît il y a deux millions d’années. Ce serait le résultat d’un changement écologique. La forêt se transforme en savane. Nos ancêtres doivent s’adapter. Contrairement à ce que l’on croit, l’homme ne serait pas un avorton. C’est un athlète. La force de l’homo erectus, c’est le jogging. Il peut courir des heures, voire des jours. Et, surtout, en pleine chaleur. (Mécanisme de transpiration, qui s’accompagne d’une disparition du pelage.) C’est ainsi qu’il épuise la gazelle. Tout notre corps serait fait pour la course : elle pose des problèmes mécaniques extrêmement complexes. Ainsi l’homo erectus devient-il un chasseur. Ce qui lui permet d’alimenter un cerveau gigantesque…

Initialement il aurait occupé une niche écologique parmi les carnivores. Mais il élimine totalement les grands fauves, ou les transforme en animaux de compagnie. (Le propre de l’homme serait-il de survivre à un écosystème qu’il détruit ?)

Pour reconstituer cette histoire le paléo-anthropologue se livre à une enquête digne de Sherlock Holmes.

Société de singes

Les singes savent fabriquer et utiliser des outils. Ils savent aussi s’organiser pour la chasse (façon « chasse à courre »). Mais, curieusement, leurs pratiques diffèrent d’un endroit à l’autre, sans que rien ne puisse l’expliquer. Et s’ils avaient une « tradition », une « culture » ? Et si la notion de « culture » était propre à l’ancêtre commun de l’homme et du singe, et remontait à plus de dix millions d’années ? Voici ce que j’ai entendu dans « L’homme prédateur« , un cours du Collège de France.

J’ai pensé à Mme Thatcher, qui disait qu’il « n’existe rien qui s’appelle société »… Peut-être, mais dans ce cas, cette inexistence est récente.

Culture homme machine

Herbert Simon parlait de « sciences de l’artificiel ». Nous avons oublié que notre univers n’a rien de naturel. L’homme l’a construit. En particulier, il y a placé des machines. Ces machines lui ont permis d’exprimer des potentialités nouvelles. Il y a eu des Proust, des Bergson, des Fangio.

Cependant, il y a une contre-partie. La complexité induite par la machine déborde les compétences humaines. Cela fait longtemps, en particulier, que les avions de combat sont trop instables pour être pilotés sans l’aide d’un ordinateur. (S’il tombe en panne, le pilote est kaput, quasi instantanément.)

Nous avons besoin de la machine pour contrôler la machine. Déjà trans humains ?

Moteur de l'évolution ?

Condorcet était un « mouton enragé ». Il était convaincu qu’une formule simpliste, issue de sa raison, rendait nul le fruit de toute l’expérience humaine. Jean-Baptiste Fressoz semble dire que la conquête de la société par la science est le fait de gens comme lui. Leur conviction a déplacé, en grande partie à tort, des montagnes. Il a nommé cela « L’apocalypse heureuse ».

Cette lutte des classes entre la raison pure et l’expérience commune s’est peut-être combinée à un phénomène très anglo-saxon : une sorte de haine de l’humanité (qui résulte de l’amour de soi, propre à cette culture ?). L’individu qui en a les moyens utilise tout ce qui est à sa disposition, la science en particulier, pour réduire en esclavage l’humanité. En cela, il ne fait que réaliser une conviction : celle d’être un surhomme ?

Tout cela serait le fruit de la « division des tâches », de la spécialisation à laquelle nous soumet la société. Elle nous donne des rôles qui vont avec des convictions (fausses). L’évolution de la société est le résultat de ces convictions. Par action et réaction, elles nous font avancer.

Serait-il possible de bâtir une société dont le principe ne serait pas la haine ?

Fils à papas

Des analyses ADN montreraient que chez certains singes et félins, les enfants ne sont pas de leur père. En s’accouplant avec un grand nombre de mâles, la mère leur laisse entendre que l’enfant est d’eux. Ce qui les conduit à le protéger. (La méthode scientifique de France Culture.) 
Illustration inattendue de la théorie du gène égoïste. Et justification darwinienne des thèses féministes ? (Mais quel va être l’impact du test ADN sur l’évolution ?)

Science fiction

Je me demande si la recette de la science-fiction n’est pas de nous projeter dans le passé, par l’artifice de l’anticipation. Le passé, c’est rassurant, parce qu’on sait comment il finit. Voilà pourquoi la science fiction est aimée ?
Mais l’avenir n’est pas concevable, selon moi. Car, l’homme co évolue avec son environnement. Ce qui paraissait inhumain à nos ancêtres, est notre quotidien. Il est probable qu’il en sera de même demain. 
(Il y a peut-être une autre forme de science fiction. Par exemple 1984, ou Le meilleur des mondes, ou les ouvrages d’Asimov. Cette science fiction ne nous parle pas de passé, mais de présent. Et de ce qu’il a de dangereux. Elle corrige les moeurs.)

Singe

Arrosage du soir. J’aperçois mon nouveau voisin à notre clôture commune. Conversation habituelle entre voisins ? Il me dit qu’il ne croit pas à Darwin. En effet, si ce sont les espèces les plus adaptables qui survivent, pourquoi le singe, dont nous sommes issus, est-il encore parmi nous ? 
Observation pertinente. J’ai répondu que Darwin pouvait avoir été influencé par la culture anglo-saxonne. L’Anglo-saxon explique son succès par la sélection naturelle. C’est aussi une façon de défendre ses avantages acquis : ne venez pas m’ennuyer, puisque j’ai été naturellement sélectionné. 
On s’est séparé, me semble-t-il, sur un accord. La théorie de Bergson mériterait d’être approfondie. Il pensait que le changement était une sorte de big bang. Il était imprévisible. Il produisait une réorganisation de l’existant, vu comme un (éco)système. Il n’y a pas sélection mais co adaptation ?
(Ce qui explique d’ailleurs que la disparition du singe n’ait lieu que maintenant. L’homme a décidé de lui faire la peau. La sélection naturelle, c’est nous ?)

Comment évoluent les mythes

Les mythes semblent évoluer comme l’ADN. Ils se répandraient en partant d’une origine commune.
Evolutionary biologists have observed that most species do not change much for the greater part of their histories. When significant evolutionary change occurs, it is generally restricted to rare and very fast events of branching speciation. This phenomenon is called punctuated equilibrium. The same appears to hold true with myths. When sister mythological versions di­­verge rapidly because of migration bottlenecks, challenges from rival populations or new environmental and cultural inputs, those events are followed by extended periods of stability. (Scientific American.)
Ce qui ne dit pas si ces mythes ont une fonction, comme l’ADN.