Faut-il être un grand homme pour laisser une trace dans l’histoire ?
Étiquette : évolution
Cousins
Les employés d’un de mes anciens employeurs appelaient ceux qui les dirigeaient « les cousins ». Cette expression m’est revenue en tête en regardant ce que l’on disait de la famille royale anglaise (avant cette génération) : elle se mariait entre cousins.
Avoir des cousins est une force. Le groupe est plus fort que l’individu. Cependant, pour cela, il faut sûrement une condition nécessaire : le sentiment d’avoir quelque chose en commun. Une naissance, aurait-on peut-être dit sous l’ancien régime. En effet, il me semble que dans d’autres milieux la notion de cousin ne s’étend pas très loin, et qu’elle tend rapidement à générer des rivalités. Le cousin est un parasite, à moins qu’il ne soit une force d’appoint ?
(Un autre inconvénient du népotisme est que, faute de pression sociale, il conduit à un affaiblissement du niveau intellectuel du groupe. Voilà peut-être pourquoi les princes d’Angleterre ne se marient plus entre eux ?)
L'homme prédateur
Très intéressant cours du Collège de France (diffusé par France Culture). L’homme prédateur. Jean-Jacques Hublin.
Un moment décisif dans l’histoire de notre espèce aurait été l’homo erectus. Il apparaît il y a deux millions d’années. Ce serait le résultat d’un changement écologique. La forêt se transforme en savane. Nos ancêtres doivent s’adapter. Contrairement à ce que l’on croit, l’homme ne serait pas un avorton. C’est un athlète. La force de l’homo erectus, c’est le jogging. Il peut courir des heures, voire des jours. Et, surtout, en pleine chaleur. (Mécanisme de transpiration, qui s’accompagne d’une disparition du pelage.) C’est ainsi qu’il épuise la gazelle. Tout notre corps serait fait pour la course : elle pose des problèmes mécaniques extrêmement complexes. Ainsi l’homo erectus devient-il un chasseur. Ce qui lui permet d’alimenter un cerveau gigantesque…
Initialement il aurait occupé une niche écologique parmi les carnivores. Mais il élimine totalement les grands fauves, ou les transforme en animaux de compagnie. (Le propre de l’homme serait-il de survivre à un écosystème qu’il détruit ?)
Pour reconstituer cette histoire le paléo-anthropologue se livre à une enquête digne de Sherlock Holmes.
Société de singes
Les singes savent fabriquer et utiliser des outils. Ils savent aussi s’organiser pour la chasse (façon « chasse à courre »). Mais, curieusement, leurs pratiques diffèrent d’un endroit à l’autre, sans que rien ne puisse l’expliquer. Et s’ils avaient une « tradition », une « culture » ? Et si la notion de « culture » était propre à l’ancêtre commun de l’homme et du singe, et remontait à plus de dix millions d’années ? Voici ce que j’ai entendu dans « L’homme prédateur« , un cours du Collège de France.
J’ai pensé à Mme Thatcher, qui disait qu’il « n’existe rien qui s’appelle société »… Peut-être, mais dans ce cas, cette inexistence est récente.
Culture homme machine
Herbert Simon parlait de « sciences de l’artificiel ». Nous avons oublié que notre univers n’a rien de naturel. L’homme l’a construit. En particulier, il y a placé des machines. Ces machines lui ont permis d’exprimer des potentialités nouvelles. Il y a eu des Proust, des Bergson, des Fangio.
Cependant, il y a une contre-partie. La complexité induite par la machine déborde les compétences humaines. Cela fait longtemps, en particulier, que les avions de combat sont trop instables pour être pilotés sans l’aide d’un ordinateur. (S’il tombe en panne, le pilote est kaput, quasi instantanément.)
Nous avons besoin de la machine pour contrôler la machine. Déjà trans humains ?
Moteur de l'évolution ?
Condorcet était un « mouton enragé ». Il était convaincu qu’une formule simpliste, issue de sa raison, rendait nul le fruit de toute l’expérience humaine. Jean-Baptiste Fressoz semble dire que la conquête de la société par la science est le fait de gens comme lui. Leur conviction a déplacé, en grande partie à tort, des montagnes. Il a nommé cela « L’apocalypse heureuse ».
Cette lutte des classes entre la raison pure et l’expérience commune s’est peut-être combinée à un phénomène très anglo-saxon : une sorte de haine de l’humanité (qui résulte de l’amour de soi, propre à cette culture ?). L’individu qui en a les moyens utilise tout ce qui est à sa disposition, la science en particulier, pour réduire en esclavage l’humanité. En cela, il ne fait que réaliser une conviction : celle d’être un surhomme ?
Tout cela serait le fruit de la « division des tâches », de la spécialisation à laquelle nous soumet la société. Elle nous donne des rôles qui vont avec des convictions (fausses). L’évolution de la société est le résultat de ces convictions. Par action et réaction, elles nous font avancer.
Serait-il possible de bâtir une société dont le principe ne serait pas la haine ?