Europe à deux vitesses

Le sort de l’Allemagne de l’Est permet peut être de comprendre le comportement de l’Europe de l’Est. (France culture.)

Ce que l’on dit de l’Europe de l’Est c’est, à la fois, qu’elle absorbe les fonds de l’Ouest, et qu’elle est anti-démocratique.

En fait, il semble que ce qui s’est passé en Allemagne de l’Est, se soit passé, en pire, en Europe de l’Est. D’ailleurs, le pire absolu est peut-être hors Europe : c’est la Russie.

L’Est a été victime d’une tentative d’annexion des forces économiques de l’Ouest. Cela s’est très mal passé en Russie, un peu mieux en Europe de l’Est. Mais tout de même suffisamment mal pour que ses pays désirent reprendre leur sort en main, et affirmer une identité qui ne se limite pas à la seule absence de lois du marché.

Changement en Europe de l'Est

Hier, France Culture était en Pologne. Au hasard de 5 minutes d’écoute, j’ai entendu parler de la Russie. Elle inquiète, parce que ses propos actuels rappellent ceux qui, hier, ont précédé la mise en pièce des pays voisins. Heureusement, disait-on, l’OTAN en protège certains. La Russie était aussi présentée comme un étrange mélange d’ultralibéralisme et d’étatisme soviétique, ou tsariste.

Je me suis demandé si beaucoup de problèmes ne venaient pas de là. Les pays de l’Est ont adopté un capitalisme débridé qui n’est pas celui de l’UE. S’ils avaient été intégrés à la culture de l’UE, ils se comporteraient peut-être avec un peu plus de mesure.

Ce qu’il ressortait aussi de l’entretien était que la Russie était en grand danger. Et si elle se repliait sur elle-même ? Et si, privée de sang et d’alliés, elle était absorbée par la Chine ? Et si son intérêt était de refuser la tentation de l’autarcie ?

Malheurs des Roms

Curieusement, les malheurs des Roms viendraient de la défaite du communisme. Les pays de l’est ne leur offrent plus l’école, un logement et un travail comme ils le faisaient jadis. Il semblerait même que « les enfants roms sont régulièrement placés dans des institutions pour handicapés mentaux » ! Faute d’éducation, ils n’ont aucune chance de trouver un emploi, et vivent dans une pauvreté abjecte.
Rejetée par l’extérieur, cette communauté s’isolerait de plus en plus dans une forme de violence et dans des coutumes que nos valeurs réprouvent.
Solution aux maux des Roms ? L’école. Leurs pays d’origine doivent investir dans leur scolarisation. Il est possible qu’ils n’aient pas le choix : la situation pourrait devenir explosive. 
Compléments :

Espoir à l’Est ?

Dans mon bilan de santé des économies de début de crise, j’avais laissé l’Europe de l’Est dans une situation quasi désespérée (Europe de l’est : bombe à retardement ?). Que lui est-il arrivé ?
Cette situation n’était pas homogène, mais une menace planait sur beaucoup d’États : leur économie dépendait des banques étrangères, qui risquaient de se replier sur leur territoire d’origine. Vu de loin, la question semblait bien plus critique que celle de la Grèce.
Mais il n’y a pas eu de drame. Exemple de solidarité sociale, même internationale ?
  • Les États les plus touchés ont procédé à des plans de rigueur redoutables. Mais le peuple n’a pas bronché, pas plus que les fragiles coalitions gouvernementales.
  • Le FMI et la BCE, notamment, sont venus au secours des banques européennes, afin d’éviter leur désertion.

Grâce à la chance, à un sain jugement, et à une aide amicale, l’Europe de l’Est a conjuré le désastre.

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Quoi de neuf depuis la dernière centaine ?

  • J’ai réalisé, en lisant les travaux de deux chercheurs, que mettre en œuvre des lois de solidarité sociale était une question de volonté. Si quelques états puissants le désirent ils peuvent imposer au monde de telles lois. Le plus curieux est que les lois sociales sont favorables à l’économie. À l’inverse ceci signifie que les dernières décennies ont vu le mouvement inverse, tout aussi délibéré.
  • Une idée m’a traversé la tête en écrivant Séduisante Albion : et si l’Angleterre n’était pas qu’individualisme, laissez-faire, matérialisme et économie mais aussi volonté de puissance internationale, désir de jouer dans les affaires du monde ? Et si ce talent diplomatique pouvait être le moyen de l’intéresser à l’UE ? Et si l’UE avait à gagner à utiliser ce talent ?
  • Les vingt ans du mur de Berlin m’ont poussé à m’interroger sur ce qu’était devenu l’Est. Ces questions ont fini par déboucher sur un billet étrangement optimiste (Résoudre la question russe).
  • Autre billet optimiste à contre courant : le dernier d’une série sur B.Obama.
  • Peut-être qu’un excès de nouvelles pessimistes me force à en prendre le contre-pied ? En tout cas, troisième série qui se termine (provisoirement) bien, celle qui s’interroge sur le choix des dirigeants de l’Europe : Choix idéal pour la tête de l’UE ?
  • À la suite de ma réflexion sur le lean manufacturing, j’ai découvert « The Bottom of the pyramid », une méthode pour concevoir les meilleurs produits pour les classes les plus pauvres. Une attitude au monde qui pourrait éliminer la pauvreté du capitalisme ?
  • La réflexion de JS.Mill sur le « gouvernement représentatif » me semble, cent cinquante ans après son écriture, étonnamment en avance sur notre temps.
  • Les réformes ratées du président Sarkozy illustrent remarquablement clairement à la fois pourquoi les changements tendent à échouer, et pourquoi c’est en particulier le cas des réformes de nos gouvernements successifs. Déprimant mais instructif.

L’Est après le mur

L’Europe de l’Est, vingt ans après, par Jacques Rupnik :

  1. L’Europe centrale a « trouvé son ancrage dans l’Union Européenne », mais sa vie politique s’est vite essoufflée. Les dissidents, champions de la démocratie, ont été éliminés par les ex communistes qui disposaient d’appareils politiques mieux organisés (et du soutien d’une population pas si inadaptée qu’on le pensait au communisme ?). « Les réseaux hérités du passé sont corrompus et basés sur le contournement de la loi et des institutions. Ils sapent la confiance dans l’État de droit et sont un ingrédient majeur du désenchantement démocratique à l’arrière plan des commémorations de 1989. »
  2. Les Balkans, « sous protectorat », ne peuvent construire de démocratie faute de limites nationales claires. « Des nationalistes devenus « eurocompatibles » » seraient le seul espoir de stabilité.
  3. La périphérie de l’URSS, en révolte contre un « mélange de régime autoritaire et de capitalisme mafieux », est malmenée par une Russie « en transition vers l’autocratie ».

Les pays de l’est sont « désenchantés », en un temps record, ils ont épuisé leurs illusions : démocratie, économie de marché libérale, Europe.

En Europe, comme à la roulette, rien ne va plus…

Compléments :

  • Dans le fil du billet précédent, un témoignage des naïves illusions américaines, qui ont guidé le monde dans les dernières décennies, réformé les pays de l’est, et dont M.Sarkozy ne semble pas avoir fait le deuil. Larry Summers, actuel conseiller de M.Obama, déclarait alors :

Répandez cette vérité : les lois de l’économie sont comme celles de l’ingénierie. Un même type de lois marche partout.

Bouclier antimissiles et autarcie américaine

Selon la radio, B.Obama renonce au « bouclier antimissile » de M.Bush. Le bouclier inquiétait les Russes, B.Obama aurait obtenu une concession en échange de son oubli (une attitude moins amicale de la Russie vis-à-vis de l’Iran ?).

L’Europe de l’Est est inquiète, et se sent trahie (End of an affair?). Et je me demande si B.Obama n’organise pas un repli de l’Amérique vers son territoire, et l’abandon corrélatif de ses amis. Les commentateurs des dernières élections japonaises ne disaient-ils pas que les Japonais doutaient du soutien militaire américain, ce qui les jetait dans les bras de la Chine ? Lors de son passage en Europe B.Obama ne nous a-t-il pas reproché de ne pas prendre en main notre défense ?

Voici un scénario pour dirigeant européen : que signifierait un retrait américain ? Que faire dans ces conditions ?

Compléments :

Sommet du G20

Parmi les sujets évoqués durant sa préparation :

  • Régulation mondiale. On en parle beaucoup mais y a-t-il eu des décisions concrètes (« dans les circonstances actuelles il serait inapproprié de les promulguer avant que le rétablissement ne soit solide ») ?
  • Plan de relance mondial. Ceux qui le voulaient (USA, Angleterre) n’en avaient pas les moyens, et ceux qui le pouvaient (Allemagne), avaient peur d’un départ d’inflation. Ces derniers ont gagné.
  • Protectionnisme. Outre des déclarations de bonnes intentions, il y aurait eu accord pour un mécanisme de financement du crédit client (« la plus grande menace au commerce n’est pas le protectionnisme explicite, mais le protectionnisme financier – l’assèchement du crédit client qui finance jusqu’à 90% du commerce mondial »).
  • Endettement de l’Europe de l’est. Important financement pour les pays en développement. Donc en partie pour les pays de l’est, dont la demande, une fois remise en état, pourrait tirer l’économie mondiale. (Et les pays pauvres ?)

Il semble qu’il y ait eu volonté d’unanimité, et que, de ce fait, les plus décidés aient fait passer leurs idées, du moins dans le communiqué final. Mais croyait-on fermement à ce qui a été abandonné ?

Processus efficace (les problèmes ont été identifiés, des solutions leur ont été apportées après débat – exemple d’ordinateur social ?), ou déficit d’idées ?

Compléments :

L’Europe ferme

La fin de l’élargissement ? annonce que l’UE devrait regarder à deux fois avant d’accepter un nouveau membre.
La raison serait le coût du soutien qu’il va falloir apporter aux nouveaux adhérents orientaux en perdition :
L’addition, pour l’Union, risque de s’avérer salée, puisqu’il n’est pas question de ne pas se montrer solidaire de la « nouvelle Europe ». Déjà, l’Union (par l’intermédiaire de la Banque centrale européenne et de la Commission) a volé au secours de la Hongrie et de la Lettonie et il n’est pas exclu qu’elle doive venir en aide aux autres pays baltes et à la Roumanie. Le fonds de stabilisation est déjà passé de 15 à 25 milliards d’euros et le couple franco-allemand veut une nouvelle fois l’augmenter.
C’est en quelque sorte la facture cachée de l’élargissement que les pays d’Europe de l’Ouest se voient présenter aujourd’hui. Cette perspective de devoir passer à la caisse a douché l’enthousiasme des États les plus favorables à de nouvelles adhésions.
Ces désagréments révéleraient que l’intégration des pays de l’est a été un peu précipitée, bâclée. L’UE semble désireuse maintenant de procéder de manière plus réfléchie. Ce qui pourrait avoir un effet bénéfique : si l’UE trouve des frontières définitives, ses membres pourront avoir un territoire auquel s’identifier.
Mais le plus imprévu est que ce sauvetage coûteux aurait décidé du sort de la Turquie, à l’unanimité. L’UE n’aurait pas eu les moyens de sauver un pays aussi grand s’il avait été en difficulté. La Turquie ne sera probablement jamais européenne.
Compléments :