Solidarité européenne

C’est curieux ce qui se passe en Italie. Des politiciens gagnent les élections en promettant des dépenses qui s’élèvent à 150md€. Une fois au pouvoir, on découvre que cela demande une dévaluation et une sortie de l’euro. Ce qui était évident. Mais on n’en a pas parlé puisque l’Italien n’est pas pour.

Qu’arriverait-il si l’Italie tentait de sortir de l’euro ? Taille de la crise, et conséquences pour vous et moi ?

Le problème n’est pas italien. Il est lié au fait que l’on n’a pas compris ce que signifiait une monnaie commune. L’Italie est liée à l’Allemagne, comme la Corrèze à Paris. Or, à commencer par l’Allemagne, chacun n’en fait qu’à sa tête. Question : peut-on avoir prise de conscience des contraintes, mais aussi des bénéfices, de cette interdépendance sans crise ?

Indépendance

Vous vous souvenez de L’Islande ? Sa faillite résultant d’une bulle spéculative ? Son refus d’entrer dans la zone euro ? Et son succès à se sortir de ce mauvais pas attribué, justement, au fait qu’elle possédait sa monnaie ?
Eh bien l’Islande envisage de lier cette monnaie à la livre ou à l’euro. Car les fluctuations de cours lui rendent la vie impossible ! Une leçon pour nos nationalistes ? 

Crise européenne : des joueurs mais pas d'équipe ?

Un universitaire disait récemment que l’Allemagne était le mauvais génie de l’Europe. C’est aussi ce que pensent depuis longtemps les économistes étrangers. Mais, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas une cause plus profonde aux difficultés de l’Europe. 
Ce qui caractérise l’Allemagne, c’est qu’elle n’en fait qu’à sa tête. Puis qu’elle nous impose ses décisions. Cela a commencé par sa réunification, faite dans des conditions irréalistes. Puis il y a eu les réformes Schröder, qui avantagent brutalement son industrie. Puis Mme Merkel décide de supprimer ses centrales nucléaire, alors que nos réseaux électriques sont dépendants les uns des autres. Puis elle se met à accueillir les réfugiés syriens à bras ouverts, avant de revenir sur son offre… C’est d’ailleurs curieux. On dit qu’elle est hyper prudente, qu’elle a adopté l’attitude du conducteur dans le brouillard alors que, au contraire, elle prend des décisions totalement irréfléchies. 
L’Allemagne n’a rien d’un joueur d’équipe. Mais, pourquoi ne le lui dit-on pas ? Je me demande si ce n’est pas la faute de la France. Mme Merkel veut que nous fassions bloc avec elle. Et elle tient M.Hollande par ses déficits, qu’elle lui permet de ne pas rembourser. (La réélection de M.Hollande tient à sa capacité à dépenser. Système clientéliste oblige.) Dans ces conditions, qui peut la critiquer, alors que les deux principales puissances du continent font bloc ? 
C’est parce que la zone euro n’est pas une équipe qu’elle est en crise ? 

Faut-il sortir de l'euro ?

Sortir de l’euro serait-il une bonne idée ? Une synthèse de quelques idées. 
  1. Depuis l’origine les économistes pensent cette monnaie unique stupide. On en voit aujourd’hui les conséquences. L’Allemagne procède à une « dévaluation compétitive », avec Schröder. Elle prend l’avantage sur le reste de l’Europe et la force à faire de même, c’est à dire à réduire ses salaires. Ce qui paraît injuste. Car toutes les statistiques montrent que le revenu du gros du peuple fait du surplace depuis des décennies. Pourquoi le peuple paierait-il pour les erreurs des autres ? Et, en plus, ceux qui se sont enrichis profiteraient de son sacrifice ? (Puisque qu’ils possèdent le capital, et récoltent les bénéfices liés à la réduction des coûts de l’entreprise.) Il semble évident que si, mais c’est un si compliqué, la zone euro parvenait à sortir de l’euro, ses pays, en dévaluant, retrouveraient leur compétitivité. Cela ferait immédiatement un bien fou à beaucoup de gens. 
  2. Mais à long terme ? Lorsque des pays font un très gros volume de commerce ensemble, une monnaie unique devient nécessaire. Car il est quasi insupportable de devoir subir des dévaluations à répétitions de ses partenaires. Il semble que cette raison soit importante en ce qui concerne l’euro. 
  3. Mais l’euro n’est pas un projet économique ! Paul Krugman n’a rien compris. Nouvel exemple du lavage de cerveau ambiant, qui vise à nous faire croire que tout est économique. L’idée de l’euro était, très certainement, de placer les Européens devant le fait accompli, qui les force à la solidarité. Car l’origine du projet européen, c’est la guerre. Mais, comme dans tout changement, ce n’est pas celui qui a l’idée qui le met en oeuvre. Celui qui le met en oeuvre a d’autres intérêts que son inventeur. La zone euro a probablement grossi beaucoup trop vite, pour qu’elle puisse s’adapter harmonieusement et sans crise. Notamment grâce aux manœuvres de la perfide Albion, qui, depuis près d’un millénaire, ne craint rien autant qu’une forteresse Europe. Ce à quoi s’ajoute les forces du marché. Il sait, pour l’entreprise comme pour les nations, qu’il y a énormément d’argent à gagner en démantelant les structures sociales. Ce qui amène à se demander si ces forces destructrices ne sont pas aussi celles qui provoquent les guerres… D’ailleurs, les concepteurs de Bretton Woods ne pensaient-ils pas que la guerre était due, justement, à ces taux de change flottants ? 
  4. Un débat sur l’euro est bienvenu. Car la politique européenne n’est plus que petits arrangements entre amis, imposés, par la manipulation plutôt que la force, au peuple. Il n’y a plus de démocratie. D’ailleurs, c’est un cercle vicieux. Plus nos amis prennent des décisions malheureuses plus ils craignent qu’elles se sachent. Aujourd’hui, ils sont peut-être dans une impasse dont ils n’arrivent pas à se tirer. Mais ce processus démocratique n’est-il pas dangereux ? Ne peut-il pas être kidnappé par un populisme quelconque ? Oui, le risque est grand. Car, nos élites ont voulu que nous ne pensions pas. Que nous absorbions leurs idées, sans discuter. Aujourd’hui, elles se trouvent fort dépourvues. Car ces idées ne marchent pas. Le peuple n’est pas content. Et il n’a pas été formé pour faire ce qu’il pourrait avoir envie de faire.

Le changement vu par le gouvernant français

Un ami suédois s’étonnait que l’Europe ait adopté l’euro, alors que l’on savait dès le départ qu’il poserait des problèmes insolubles. Idem pour la Grèce qui est, culturellement, un panier percé. Je lui ai répondu qu’il n’avait pas compris la façon dont le changement était mené dans notre pays. Ceux qui prennent une décision sont conscients de ses conséquences. Mais puisqu’ils l’ont prise pour le bien public, c’est à la collectivité de s’adapter. Comment ? Ce n’est pas leur problème. Tout leur travail, leur art même, est de mettre la dite collectivité dos au mur. Généralement par dissimulation. Et en reculant dès qu’elle proteste. 
La crise agricole (billet précédent) semble illustrer cette technique. 

Gouvernement de la zone euro

Hollande plaide pour un gouvernement de la zone euro, lis-je. Pour moi c’est une question de conduite du changement :
  • Nous avons une monnaie commune. Il faut donc que chaque pays parvienne à s’adapter aux changements de son environnement, sans le secours de manipulation monétaire. Ce qui, comme on le voit, ne se fait pas par quelque mécanisme miraculeux qu’il suffirait de « laisser faire ». Il faut, me semble-t-il, une démarche volontariste de transformation du tissu économique, qui respecte les contraintes politiques que s’est donnée la démocratie. Il faut probablement un « changement planifié« . Idée et réalisation : en bas. Coordination : en haut. 
  • Cela signifie, surtout, intervenir en amont, avant que les pays ne mettent en oeuvre leurs décisions. Exemple : un grand nombre de nos problèmes actuels viennent de l’Allemagne. Elle a pris, unilatéralement, des décisions qui nous forcent à la contorsion. Notamment, une fusion « égalitaire » avec l’Allemagne de l’est, qui a plombé ses comptes. Ce dont elle s’est tirée par une dévaluation compétitive (Schröder), qui nous force maintenant à une politique de rigueur. Autre exemple : sa politique énergétique. 
En résumé, il me semble que les gouvernements devraient débattre des politiques qu’ils envisagent, quand elles sont susceptibles d’affecter les autres nations. Et, tous, doivent, une fois qu’ils ont accepté une politique, prévoir une démarche de mise en oeuvre qui leur permettra de l’appliquer efficacement. 

Fallait-il élargir l'Europe ?

Crise grecque. Un invité de France Culture disait l’autre jour qu’il n’aurait pas fallu étendre l’Europe à des pays aussi pauvres que la Grèce, les pays de l’Est. Et dire que l’on a même envisagé la Turquie ! 
Je soupçonne qu’il y avait d’autres motivations qu’économiques dans cette affaire. L’élargissement a été mené par les Anglo-saxons. Il avait probablement pour objet de s’assurer que le plus possible de pays seraient dans le camp du bien (en particulier la Turquie, rempart contre l’islamisme, et les pays de l’Est, barrage à la Russie), et que l’Europe continentale deviendrait un marché, divisé et impuissant, et pas une nation, unie et fermée. 
Cependant, que l’élargissement produise une bulle spéculative n’allait pas de soi. Il y a eu d’autres injections de capitaux, plan Marshall, Chine actuelle…, qui n’ont pas eu cet effet, me semble-t-il. Au contraire, même : que les pays pauvres deviennent riches aurait pu faire notre fortune. Pourquoi cela n’a-t-il pas réussi ? Deux facteurs sont peut-être importants dans la réussite d’une telle opération :
  • Un besoin de l’économie, et, peut-être plus encore, de la population. 
  • Une forme de planification. L’argent est canalisé vers des emplois utiles. 

En tout cas, il est curieux que l’économie n’étudie pas ces phénomènes, et demeure victime du fantasme de l’équation mathématique.

(Sur les freins à l’élargissement. Sur l’intégration de l’Ukraine.)

Grèce : changement contrôlé ?

Nouveauté dans la crise grecque. On envisage maintenant une « séparation à l’amiable« . L’UE aiderait la Grèce à sortir de l’euro, en limitant les dommages. 
C’est une bonne nouvelle. Ce que disent mes livres est que la conduite du changement doit être un processus contrôlé. Mais je me suis heurté à un mur d’incompréhension : nous pensons que le changement est une décision. Une fois prise, le changement ne peut que réussir. J’étais découragé.
Que faut-il pour contrôler le changement ? Avant tout, un mécanisme qui permette de corriger le tir lorsqu’il s’écarte de ce qui était prévu. Il faut donc un système de mesure, et un autre de réaction rapide. Tout ceci doit être « correctement dimensionné » pour être efficace. Pour pouvoir mesurer, il faut un objectif. Par exemple, du côté de la zone euro, il est possible que ce soit les taux d’emprunt des Etats. Si c’est le cas, le système de contrôle doit réagir efficacement dès que ces taux menacent de s’élever. 
Y a-t-il un mécanisme de ce type dans le projet européen ? Je n’en sais rien. Ce qui veut peut-être dire que cette idée est plus une manœuvre de négociation (nous n’avons pas peur de votre départ) qu’une stratégie bien ferme. 

La politique, les politiques et la Grèce

Les Grecs ont inventé la politique. Et ils donnent un exemple de son usage. Quelle va être la conséquence de leur référendum ? Sortie de la Grèce de la zone euro ? Ce qui ne tue pas renforce (l’UE) ? Ou crise mondiale ? Mais ce référendum compte-t-il pour quelque-chose ? Dans un référendum, la France a refusé la constitution européenne. Et pourtant cette constitution est revenue par une voie détournée. La voix du peuple compte pour du beurre ? 
Je lis la vie de Talleyrand. Il me semble être l’exemple même de ce qui fait la différence entre le politique et le peuple. Le peuple veut des solutions tranchées. Or, personne n’est capable de connaître les conséquences de ces solutions. Le politique fait tout pour les éviter. Et ce, probablement, pour au moins deux raisons. Il sait que le changement est incertain. Il préfère l’équilibre. Il a aussi tout à perdre du changement. Ce qui a une contrepartie. Parce qu’il croit que la crise est évitable, il accumule les petites combinaisons douteuses qui finissent par rendre la situation intenable
(D’ailleurs, on ne sait même pas ce que signifie le dit référendum. Que le Grec veut garder l’euro, mais qu’il appuie ses négociateurs ? Rien de plus ? – Je note par ailleurs qu’une fois de plus les sondages étaient grossièrement faux.)

Grèce : rien ne va plus ?

Cette fois-ci, c’est la bonne ? Crise grecque ? Lors de l’élection du gouvernement grec, j’avais prévu que les prochains mois seraient un drame, avec des coups de théâtre, comme dans toute négociation. Puis, j’ai cru, avec quelques autres, que le gouvernement grec était fait « d’amateurs ». Je n’ai pas la prétention de savoir ce qui s’est passé. Mais mon intuition me fait dire que j’ai eu à la fois raison et tort. 
J’aurais tendance à croire que les négociateurs grecs ont commis des erreurs. Ils se sont crus supérieurement intelligents. Je soupçonne qu’ils avaient une tactique. Ils ont voulu jouer la crise. Et, aussi, au bon (Tsipras) et au mauvais (Varoufakis). Mais le problème des tactiques, c’est qu’elles rendent sourd. Le bon négociateur doit avoir un sixième sens. Il doit savoir comprendre quand il ne doit pas aller trop loin. Or, en face d’eux il y avait peut-être des gens qui auraient pu les appuyer pour peu qu’ils aient fait une proposition un tant soit peu crédible. En outre ils semblent s’être comportés de manière insupportable, autrement dit grecque. Or, la logique de la vie en groupe est de respecter les règles communes. Même la France commence à le comprendre.