Vive l'ETI ?

J’ai l’occasion de participer à une étude sur les ETI. C’est une enquête « auto administrée », donc susceptible au biais. Mais j’en tire tout de même une impression : ce type d’entreprise a une stratégie qui lui est propre.

Je caractériserait ce que je vois par : renforcer l’avantage concurrentiel et entreprise citoyenne. A l’envers, la grande entreprise est obsédée par l’optimisation financière et la PME est dans une logique de survie aveugle « nez sur le guidon ». Toutes les deux sont les victimes du court terme.

A l’appui de cette impression :

  • L’investissement va vers la production et la « digitalisation » (renforcer l’avantage concurrentiel pas finance)
  • Idem pour la croissance externe : cherche avant tout à consolider l’avantage concurrentiel
  • Investissement vert (fortement poussé par la contrainte) 
  • Financement par capitaux propres et dette. Profite « normalement » des subventions et autres PGE et chômage partiel. 

Une surprise : le chiffre d’affaires et la rentabilité sont, globalement, assez fortement en hausse, ce qui est remarquable. 

Vertu et dynamisme ? Vraie relance ? En tout cas, si cet échantillon est représentatif, cela explique l’intérêt que le gouvernement porte à ce type d’entreprise, et aussi la force de l’économie allemande. 

Mauvais PACTE ?

La loi PACTE de 2019 voulait transformer la PME en ETI. L’argumentaire du gouvernement s’appuie sur une comparaison entre la France et l’Allemagne. L’Allemagne a beaucoup plus d’ETI que la France. Or les ETI allemandes sont très exportatrices, contrairement aux PME françaises. La loi PACTE vise à éliminer tout ce qui est susceptible d’empêcher la croissance de la PME. 

Le travail que je mène avec l’association des interpreneurs semble montrer que ce diagnostic est radicalement faux. D’abord, dans les années 90, il y avait autant d’ETI en France qu’en Allemagne ! 

L’explication de leur disparition, mais aussi du creusement du déficit du commerce extérieur français, vient, très probablement, de ce que le champion national français n’a pas emmené ses sous-traitants à l’export, comme l’ont fait les entreprises de beaucoup d’autres nations. D’où la faillite d’une partie de nos ETI sous-traitantes. Ceci ne tient peut-être pas à une question de nationalisme. Ainsi une entreprise française a été « emmenée » à l’étranger par un donneur d’ordre japonais. Il semblerait que ce soit plutôt du fait d’un moindre lien entre client et fournisseur. Dans un exemple, un donneur d’ordre français a demandé à un sous-traitant de l’accompagner en Chine. Mais, une fois là, celui-ci s’est rendu compte qu’il lui fallait trouver des fournisseurs locaux, ce qu’il ne savait pas faire. Dans l’exemple japonais, le donneur d’ordre avait préparé le terrain. 

Quel serait le bon PACTE ? Que nos PME reconquièrent nos champions nationaux. Des exemples que nous avons examinés montrent que c’est faisable. Cela demande probablement de commencer par amener PME et grandes sociétés à se retrouver dans des lieux communs. Puis à établir entre opérationnels des liens de confiance, par apprentissage de la coopération grâce à des projets menés en commun. Alors, l’atout de la PME est d’apporter son agilité à la multinationale. C’est à la PME d’être force de proposition. C’est à elle d’amener des idées neuves.