- ce que nous faisons, nos rites collectifs et nos productions (artefacts) ;
- les explications que nous donnons, collectivement, à ce que nous faisons ;
- les raisons réelles, inconscientes, de nos actes.
Étiquette : Ethnologie
Qu'est-ce que la volonté générale ?
- D’un côté, il y a les milieux financiers. Ils sont « innovateurs » : pour nous sauver, nous devons renoncer à nos valeurs. Notre salut passe par notre destruction !
- Ensuite, il y a notre gouvernement. Il est ritualiste (bien qu’il soit de plus en plus tenté par l’innovation). Il pense que ce qu’il fait est bien. Pas besoin de changer dans ces conditions.
Un nouveau modèle social pour l'entreprise française ?
Nouvel emploi, licenciement, retraite… gestes qui sauvent ?
Mettez un historien dans votre entreprise
Le postmodernisme, religion du marché ?
Le monde expliqué…
Ce modèle extrêmement simple a un pouvoir d’explication surprenant :
- Il explique la révolte à laquelle nous avons assisté récemment, révolte de ceux qui croient à une « grande histoire », par exemple à une religion, à la nation, au progrès… Explication de l’émergence du Tea Party, Manif pour tous, Al Qaïda…
- La gauche est le mouvement postmoderniste par essence. Cela explique tous ses combats. Combats extraordinairement abstraits pour l’homme ordinaire. Son obsession de la discrimination est ici, mariage pour tous, théorie du genre, tout est là. Mais aussi abandon des « grands récits » auxquels on continue à l’associer. En particulier, « libération de la classe ouvrière », plus généralement le progrès et le combat pour l’amélioration du sort de l’humanité, vue comme une communauté (comme dans « socialisme »).
- C’est la victoire du marché, et de l’homme réduit à sa dimension d’électron libre, d’animal, de jouisseur, consommateur, ou, pour les perdants, de bête de boucherie. C’est ainsi que, paradoxalement, la gauche rejoint la droite ultralibérale et néoconservatrice. Et ce en utilisant des arguments scientifiques, pour réfuter la science.
Résilience et fin des mythes
Ce qui est frappant lorsqu’on lit les ethnologues, c’est le rôle des mythes dans les sociétés. Le mythe est sans arrêt bricolé de façon à justifier par une loi éternelle les règles sociales présentes. On retrouve ce phénomène à notre époque. Par exemple lors de l’invention des nations au 19ème. Ou encore, pères fondateurs américains. Et multiples saints du panthéon de la gauche française : Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau, Django Reinhardt, Derrida, Deleuze, Foucault et autres.
Mais je me demande si le fait d’en parler ne signifie pas la fin du phénomène. Et, peut-être, avant tout parce qu’il est devenu un système de manipulation de l’homme par l’homme. Un système qui nous interdit de penser. Afin de réaliser les intérêt des créateurs de mythes. On ne peut plus y croire. Et si l’avenir de l’humanité c’était la fin des dogmes ?
Ce qui est inquiétant, à bien y réfléchir. Car notre sort collectif se jouerait alors sur une décision improvisée. Une décision qui ne pourrait s’appuyer sur aucun précédent ? Disparition des mythes. Des traditions. Risque d’erreur fatale.
A moins que la société ne soit devenue « résiliente » ? A force d’accumulation de savoir, d’expérience, elle est capable de se relever d’une erreur, de réagir, de se transformer ?
(Il n’est pas impossible que les Grecs aient eu cette discussion, il y a 2500 ans…)
Culture et changement
Beaucoup de gens parlent de « changer de culture ». Et je ne suis pas d’accord. Je leur réponds que la culture est ce qui nous permet de changer. D’où vient le différend ? De ce que nous n’avons pas la même définition de culture.
La mienne vient de l’anthropologie. La culture, ce sont les règles qui nous guident (politesse, etc.). Ces règles sont ce que nous avons appris de notre histoire. En particulier, elles nous disent comment changer.
Prenons un exemple concret de différend. On me parle de « créer une culture d’ouverture et d’échange« . Or, connaissez-vous quelqu’un qui trouve inconcevable l’ouverture et l’échange ? En fait, on ne veut pas créer une culture, on aimerait que le comportement des gens change. Que d’individualistes, ils se mettent à collaborer entre eux. Ce qui n’a rien à voir. Car ce changement de comportement n’est pas un changement de règles culturelles. Si les conditions prévues par la culture de l’organisation sont réunies, les gens collaboreront. D’ailleurs, ils le font déjà dans certaines circonstances. Le changement, c’est les placer, tous ensemble, dans les dîtes circonstances…
(Bien entendu, la culture change. Mais elle le fait lentement. Par absorption d’expériences, et en conformité avec ses principes fondateurs.)
Le haut fonctionnaire et son discours
Rencontrer un haut fonctionnaire, et surtout un ancien haut fonctionnaire, a quelque-chose d’étrange. Souvent, il vous submerge d’un discours brillant, et interminable. Il n’en faut pas beaucoup pour qu’il donne des leçons aux gouvernants de la planète. Mais à quoi cela sert-il vous demandez-vous ?
Je viens d’un autre monde. L’entreprise. Là, il faut créer. Assembler des vis et des boulons. Le dirigeant est supposé décider vite et bien. Et ses collaborateurs mettre en œuvre ses décisions.
J’ai fini par penser que dans la haute administration toute l’action consiste en discussions éthérées. C’est probablement ainsi que les choses se font entre gens qui disposent des richesses de l’Etat et qui se les échangent.
Mais quelle est la fonction du discours, pour parler comme l’anthropologue ? Peut-être affirmer sa supériorité ? Peut-être aussi est-ce une moyen détournée de penser ?… Décidément, cela mériterait le regard de l’anthropologue…
Le changement est-il le même partout ?
Pensez vous que les conclusions auxquelles vous arrivez peuvent s’appliquer dans les grandes entreprises publiques, voire les administrations, voire le mille feuille administratif français ? me demande-t-on.
Pour répondre à cette question, il faut comprendre que réaliser un changement demande de résoudre deux problèmes de natures différentes :
- un problème « technique » (par exemple, fusion d’entreprises) ;
- un problème « humain », c’est la conduite du changement à proprement parler, c’est à dire faire évoluer un groupe d’hommes.
Le second problème ressortit à l’anthropologie. On retrouve de mêmes techniques que l’on s’intéresse aux évolution d’une cité grecque, d’une tribu, d’une nation, d’une entreprise ou d’une administration. Toutes sont des groupes d’hommes dont la vie est organisée par une culture commune. D’ailleurs, la première de ces techniques est l’écoute. Chaque communauté a ses lois, le changement doit les emprunter.