Non aux trente douloureuses

Le problème du monde, c’est le diktat du court terme. Retrouver une vision à long terme permet de résoudre nos problèmes présents. Voici un livre systémique. 
Avec des idées très surprenantes. Par exemple celle d’un « Etat stratège » qui prendrait la place de notre « Etat instituteur ». Ce stratège serait léger et chinois. Il se serait débarrassé de tout ce qu’il fait mal. Et il ferait émerger un projet collectif et chercherait surtout à amplifier les forces qui lui sont favorables. Vraisemblablement, il jouerait de l’investissement, poste déclinant du budget de l’Etat. Auparavant, il faudrait attaquer les démons du moment. J’aperçois outre la dette, « reprendre le contrôle de la finance » (et de l’Etat), la mondialisation, et l’Europe qui prend tous les coups tordus des Américains et des Chinois sans pouvoir les rendre.
Augustin de Romanet répond même à une de mes obsessions : la tendance du haut fonctionnaire à bloquer tous les contre-pouvoirs pour pouvoir décider seul. Il a donné à la Caisse des dépôts, qu’il dirigeait, une commission de surveillance. Elle lui « a permis de faire avancer la Caisse des Dépôts et Consignations de façon beaucoup plus audacieuse ».
La question qui me paraît la plus préoccupante est la création monétaire qui a suivi le démantèlement des accords de Bretton Woods en 1971. La masse monétaire a été multipliée par 7. (Logiquement cela devrait se terminer en inflation massive.) Comment « remettre la monnaie au service des échanges » ne me semble pas totalement clair. En tout cas, il y a peut être un moyen de s’entendre avec les fonds souverains. Ils ont une vision à long terme. Et à long terme tous les intérêts arrivent à s’entendre. 

Co production du service public

L’Institut de l’Entreprise publie une « note » sur la co production du service public (un travail d’Elisabeth Lulin), « un partage des rôles entre l’usager et l’administration dans la production de service public« . (NB le service militaire, et la collecte de la TVA par l’entreprise me semblent en être des exemples.) Cette note montre que les réseaux sociaux se prêtent particulièrement bien à une telle réinvention d’un service public « à bout de souffle« .

Ce travail a l’intérêt énorme de soulever une question fondamentale. Le service public ne devrait-il pas être « réinventé » en demandant au citoyen d’y collaborer ? Accessoirement, cela ne serait-il pas un moyen de recréer une forme de lien social qui a disparu ces derniers temps ? De produire un peu d’une chaleur humaine dont nous avons tant besoin ? De nous sortir de notre égoïsme ?… Mais cette question en pose d’autres, qui mériteraient une autre étude :

  • La « co production » du service public c’est la Big Society de M.Cameron. Cela me semble avoir fait un flop. Pourquoi ? 
  • En France, il y a une classe de protégés (héritiers, fonctionnaires…) et une classe flexible qui prend tous les chocs (chômage, impôts, panne de l’ascenseur social…). Cette dernière va comprendre ce projet comme une injustice supplémentaire. L’équivalent des workhouses anglaises dans lesquelles on faisait travailler les pauvres (assimilés à des criminels). Comment répondre à cette crainte ?
  • Le livre dit que, de plus en plus, l’Etat nous demande un effort. Comme s’il s’agissait d’une tendance acceptée par le citoyen. Ce qui n’est pas le cas. Je crois qu’il estime, comme Stéphane Hessel, que la France n’a jamais été aussi riche. En conséquence de quoi elle devrait pouvoir se payer aujourd’hui ce dont elle avait les moyens hier. 
  • Un argument qui mériterait d’être creusé est que, justement, nous demandons aujourd’hui à l’Etat ce qu’il ne nous donnait pas hier. Or, ce faire est non seulement coûteux, mais surtout inefficace. Illustration : la santé dépendrait, selon une étude, à 15% des soins, et à 85% des conditions de vie. Ce qui laisse penser qu’une société un peu plus solidaire améliorerait notre santé tout en réduisant nettement nos dépenses médicales. D’autres sujets évoqués par cette note sont l’accompagnement des personnes âgées et le décrochage scolaire. 

Bref, et s’il fallait recentrer l’Etat sur ses « compétences clés » ? Et s’il fallait faire un « reengineering » du fonctionnement de la société ?

Un anthropologue et la fonction publique

Cette fois-ci Eric Minnaert doit étudier un service public. Une unité de 80 personnes. Le problème ? « Ne fonctionne plus », « grosse déprime », « la dernière visite des inspecteurs du ministère de tutelle a laissé des traces, ils ont accusé tout le monde de ne rien faire ». Etrange ! Les conditions de travail sont pourtant exceptionnellement favorables. « Un contrat sécurisant, des missions très claires ». Pas de contrôle d’horaires, chacun travaillant à sa guise.
« C’était un milieu hyper hostile, et qui l’est resté jusqu’au bout de la mission. » Fait exceptionnel, « le dernier jour, personne ne m’a invité à déjeuner. » Il y rencontre des « partenaires sociaux manipulateurs » et des « chefs de service, qui sont des intellos passionnés, mais qui ne font pas leur boulot (de manager) ». « Le pouvoir (hiérarchique) était à l’inverse du pouvoir réel ». « Le chef de service avait moins de pouvoir que le personnel », et, au sommet de l’organisation, un directeur était venu coiffer le responsable du site, sans parvenir à se faire obéir.
« On veut que l’on nous dise que l’on ne travaille pas ». L’organisation crevait d’une absence de courage managérial. Mais, surtout, elle se croyait finie. « Ils avaient une obsession de la perfection, de l’exhaustivité, une volonté de produire la référence absolue, aucune notion du temps. » Le progrès technique ne condamnait-il pas cette mission, quasi sacrée ? Alors, ils s’étaient réfugiés dans le passé. « Il  y a vingt ans, c’était mieux. »
« Il fallait qu’ils se purgent d’un rapport mythique au passé, ils devaient s’ouvrir sur l’extérieur, il fallait les pousser à réfléchir à un vrai projet collectif ». « Je veux que ça explose. » Restitution de  l’étude. 70% des personnels sont présents. Eric leur raconte leur « désespoir », leur dit qu’ils ont un métier, « le patrimoine », il leur explique leur « histoire, pourquoi ils sont arrivés là, ce sont des passionnés », mais « ils ont peur de l’avenir, des nouvelles technologies ». Pourquoi désespérer ? « Vous êtes la référence ! » « Votre identité, c’est à vous de la trouver. »
Les réactions sont violentes. Par exemple, « Un chef de service crie : je ne suis pas (je ne veux pas être) un garde chiourme ! Quelqu’un se lève : mais alors, qu’est-ce que c’est que ton boulot ? » « Ils ont créé des groupes de réflexion. Ça a permis à la parole de se déverser en interne. Ensuite, ils ont construit des projets. »
Enseignements ? « L’argent est un faux problème. » « Ils avaient un bon salaire, des conditions de travail idéales », « c’était même indécent vu du privé ». Et pourtant, « ils sont mal, un burn out collectif ». Ce n’est pas le confort matériel qui fait la santé humaine, mais l’environnement social. Eric Minnaert découvre le malaise de la fonction publique.

L’Etat a-t-il mis l’entreprise sous morphine ?

Il semble qu’il y ait une sorte de consensus selon lequel il faut casser du fonctionnaire. Car, il est risiblement incompétent. Mais, en dehors de ses rites un peu ridicules, est-ce réellement le cas ? Une de mes collègues de Dauphine, professeur, au sommet de la pyramide de l’enseignement universitaire donc, m’a dit son salaire. Il est inférieur à celui d’embauche de nos étudiants… Est-ce une preuve d’inefficacité ?

Et surtout, les Etats sont ils à l’origine de la crise ? En Irlande ou en Espagne, l’Etat n’était pas endetté, avant qu’il ne secourt ses banques en faillite. Une partie de notre dette actuelle résulte d’ailleurs de la relance Sarkozy de 2008 / 2009. Plus généralement, je me demande si, en France, l’endettement de la nation ne provient pas d’un keynésianisme déplacé.
Public Deficit of France

Alors, le problème est-il l’Etat, comme nous le croyons, ou l’entreprise ? La modélisation à laquelle j’en arrive est la suivante. Notre économie a raté le changement de la globalisation. Elle est structurellement en piqué parce que nos entreprises sont incapables de développer leur avantage compétitif. Les grandes parce qu’elles ne savent plus que réduire leurs coûts, les petites parce qu’elles ne sont pas de vraies entreprises, autonomes et volontaristes, mais des sous-traitants. La perte de notre souveraineté monétaire a probablement amplifié le phénomène. Et l’Etat les a coupées de la nécessité d’une réforme en créant une croissance artificielle. Et il continue à les bercer d’illusions en leur faisant croire qu’il est la raison de leurs maux. Le réveil va-t-il être douloureux ? Ou notre économie va-t-elle crever dans son sommeil ? 

Crise et culpabilité de l’Etat

Suite de la série la culpabilité de l’Etat. Pendant des années l’Etat a subventionné l’automobile en multipliant jupettes et baladurettes. Cette croissance artificielle a probablement encouragé les constructeurs français à ne pas changer. Pire, peut-être, à désinvestir. (J’ai entendu dire par l’auteur d’un rapport sur la santé de PSA, que la famille Peugeot avait prélevé 6md€ sur la société.) D’où un effet pro-cyclique : le parc étant neuf, le marché n’a pas de raisons d’acheter, et les constructeurs n’ayant pas été soumis à la concurrence n’ont pas eu de raison de maintenir à niveau leur outil de production et leur gamme.

Je me demande aussi, si avoir déréglementé les télécoms en pleine crise n’était pas une erreur. Logiquement cela devrait conduire à des plans de licenciement chez les concurrents de Free. A moins que les économies faites par les consommateurs ne créent de l’emploi ailleurs. Encore faut-il que cet argent ne soit pas économisé, et que cet « ailleurs » soit en France.

Tout le drame de la rigueur est peut-être dans ces exemples. Elle veut nous punir des erreurs que nous avons faites. Or, ces erreurs, aujourd’hui, seraient probablement les solutions à nos problèmes… Ne serait-il pas bon que nos gouvernants sortent d’un mode de prise de décision réflexe, essentiellement inspirée par des modes, et envisagent les conséquences à long terme de leur action, en particulier en prenant en compte leurs conséquences sur l’emploi ? Ne faudrait-il pas aussi qu’ils s’assurent que leurs décisions donnent ce qui était prévu ?

Claude Guéant, ou faut-il réformer l'Etat ou le Français ?

La justice enquête sur Claude Guéant. L’affaire amènerait à se demander, si je comprends bien, si, plus ou moins légalement, les (hauts ?) fonctionnaires peuvent ou ont pu se payer en liquide sur les fonds, secrets, des services secrets.

La déclaration de M. Guéant pourrait donc laisser entendre que, durant cinq ans après le vote de la loi sur les fonds spéciaux, des ministères continuaient de puiser dans ceux destinés au renseignement intérieur pour y prélever, en toute impunité, des primes.

J’avais entendu dire que les fonctionnaires se payaient en notes de frais fictives. Mais, je ne pensais pas que la pratique avait toujours cours.

Dans la feuilleton Etat bananier, on m’a raconté qu’il y avait un bon moyen de s’enrichir facilement. Le crédit d’impôt en premier. Vous créez une société, vous vous versez de gros salaires, vous les déclarez comme recherche et développement. L’Etat vous paie. Bien sûr, vous fermez l’entreprise avant les premiers contrôles. Pour compléter vos ressources vous pouvez créer des sous-traitants auxquels vous passez de grosses commandes. Vous vous faites rembourser la TVA. Encore une fois, il suffit de tout fermer à temps.

Faut-il réformer l’Etat, ou le Français ?

Fête du travail : faut-il plus d’Etat pour moins de chômage ?

Le rond point est la honte de la France. C’est ce que j’ai découvert en écoutant les critiques que l’on porte à l’Etat. Le rond-point est la preuve de la gabegie publique. On ferait mieux de nous donner l’argent des ronds points.

Je n’en suis pas sûr. Si on nous le donnait, il partirait dans le marché globalisé. Il n’est pas certain que cela soit très favorable à l’emploi français. Et à notre intérêt.
Et si, d’ailleurs, c’était une des raisons pour lesquelles on veut démanteler l’Etat keynésien ? Il tend à faire vivre l’économie locale. Il n’alimente pas les circuits internationaux qui font la richesse des barons du capitalisme international, bien plus que des « petits Chinois ».

Les principaux opérateurs des marchés des matières premières ont empoché 250md$ en une décennie, faisant des individus et des familles qui contrôlent ce secteur, essentiellement composé d’entreprises familiales, de grands bénéficiaires du développement de la Chine et des autres pays émergents. (Financial Times.)

Et si l’Etat était le problème de la France ?

Gabegie ! On a voulu réformer la feuille de paie des militaires : 10€ par bulletin, 1500 employés, c’était du fait-main ! Alors on a informatisé. Et c’est le désastre. Un exemple ? On a versé 100m€ de trop, sur une seule année ! Plus on réforme l’Etat, plus il nous coûte cher !

Mais il n’y pas que par ses réformes que l’Etat nous détruit. On ne peut pas faire un pas sans tomber sur quelqu’un qui sait comment lui faire gagner 60md ! Qui n’a pas en tête ses dépenses excessives ? On me citait récemment les hôpitaux que les collectivités locales font surgir comme des champignons (350m la pièce, apparemment). Et les ronds points des villes ?… On ne parle que de l’Etat et de ses folies. Il accapare notre attention et notre génie.

Du coup. Nous ne voyons plus la poutre de nos yeux. Une illustration ? Les gens me disent que leur entreprise est paralysée. Elle a un potentiel qu’elle est incapable d’exploiter. Et si nous commencions nos réformes par là ? D’ailleurs, l’entreprise a-t-elle intérêt à ce que l’Etat mette un terme à sa « gabegie » ? Les fameux hôpitaux font travailler le BTP, les logiciels de l’armée les cabinets de conseil et les éditeurs de logiciel… Et où irait l’argent des ronds points si on nous le donnait ? Enrichir des milliardaires chinois ?… Et surtout qu’arriverait-il si tout ceci était stoppé du jour au lendemain ? Une spirale déflationniste. Les entreprises licencieraient, le marché (fait de chômeurs ou craignant le chômage) ne consommerait plus, et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’en suive. Bref, la rigueur.

Et si le mal français, c’était la place que l’Etat a prise dans nos têtes ?

(J’ai demandé à mon comptable s’il trouvait que 10€ par feuille de paie est cher. Ça ne le frappe pas comme une évidence. Cela coûterait de l’ordre de 15€ à de grosses PME.)

L’administration des impôts et le changement en France

Semaine dernière. Impôts annuels du Cabinet Faurie. A payer avant lundi. Mon comptable découvre que je dois faire l’opération par Internet. Je règle déjà ma TVA comme cela, mais les impôts, c’est spécial, il faut que je fasse une nouvelle demande. Je dépose cette demande, mercredi, directement à la perception. On m’a dit qu’elle serait prise en compte dans les 48h. Samedi, la ligne de déclaration de l’IS apparaît dans mon « espace abonné ». Mais elle ne fonctionne pas. Il faut faire un virement direct. Un versement par Internet devrait convenir. Mais mon mot de passe ne va plus. J’en demande un nouveau à mon agence bancaire, qui, heureusement, est ouverte. Mais voilà que le système ne veut pas du RIB des impôts. Apparemment, il y a eu un changement de norme. Nouveau passage à l’agence. Elle a un moyen pour saisir le dit RIB, sans passer par les nouvelles conventions. Sur quoi je vais déposer à la perception la copie de ma déclaration, que m’a envoyée mon comptable, avec un mot d’explication.

Je pense que les choses ne se seraient pas passées ainsi en Allemagne. Le contribuable Faurie n’aurait pas tremblé devant le bon plaisir d’une administration toute puissante. Il lui aurait dit que ce n’était pas à lui de s’adapter à elle, mais que les sociétés ont des règles, et qu’elle doit les suivre.

On voit surtout ici, dans la banque et aux impôts, ce qu’est un changement à la française. Probablement, une décision prise en trente secondes par un important personnage. Sans aucun souci de détails pratique ou d’une quelconque responsabilité vis-à-vis du citoyen ou du client. Il en résulte un système dysfonctionnel par nature. Le grouillot, informaticien, fonctionnaire, banquier ou contribuable est contraint à l’exploit pour le faire marcher. 

Critiquer l’Etat : art national français

– à propos du déficit, un commentateur faisait la remarque que nous avons un problème de riches : on parvient à n’avoir que 3 ou 4% de déficit (rapporté au PIB) alors que les dépenses publiques représentent 54% du même PIB (6 points au-dessus de la moyenne de la zone euro). On en a sous le pied !…
– Bon constat. Alors il faut viser 48% du PIB.

Soudainement un débat enthousiasme mes amis. Ils ont trouvé les sources des maux de la France : le poids de l’Etat. Son incompétence est désolante. Ils se lancent dans une surenchère de conseils.

Moi, cette conversation me déprime. Qui a démontré le lien entre la dépense publique et la performance d’un pays ? Elle varie énormément d’un pays à un autre. En outre, elle a atteint, y compris en Angleterre, des niveaux qui seraient apparus insoutenables il y a quelques décennies. D’ailleurs, la France est-elle particulièrement mal ? Dans quel état seraient l’Allemagne ou les pays du nord si le sud de l’Europe s’effondrait ? Ces pays peuvent-ils prétendre que leur situation est durablement saine ?
Et surtout, mes amis ont-ils réfléchi qu’ils ont peut être quelque-chose à voir dans les prélèvements de l’Etat ? Aux USA une licence dans une bonne université coûte 200.000$. Leurs enfants auraient-ils fait des études s’ils s’y étaient trouvés ? Se permettraient-ils de chercher leur voie pendant plusieurs années ? Et eux, auraient-ils les ressources du chômage pour monter une entreprise, voire des transports en commun subventionnés pour se rendre à leur travail ? Qu’attendent-ils donc pour partir aux USA ?

C’est cela être un assisté : critiquer un système qui vous nourrit. C’est une occupation bien plus agréable que travailler.