Wikipedia vaut-il plus que l'Etat ?

Donnez à Wikipedia autant que Wikipedia vous a donné dit Hervé Kabla. Ce qui m’a plongé dans de profondes réflexions. 
Un peu concernant Wikipedia.

  • Je ne lui ai rien demandé, pourquoi devrais-je le payer ? 
  • Qu’est-ce que j’en retire de vraiment utile ? (Des illustrations pour mon blog !) N’a-t-il pas adopté la politique du vendeur de drogue : il commence par donner, puis exige de l’argent ? D’ailleurs, ne me fait-il pas perdre du temps, en créant une tentation de perdre mon temps à laquelle j’ai du mal à résister ? Ne devrais-je pas lui demander de me payer ?
  • Piquer sans rien donner, n’est-ce pas l’esprit d’Internet ? Wikipedia ne vit-il pas en parasite ? Il a détruit des emplois. Peut-être même un savoir-faire que l’on sera incapable de remplacer : celui des encyclopédistes. Demain le savoir concis des dictionnaires sera réservé aux très riches, à cause de Wikipedia. Et il s’est nourri de la bonne volonté de ses rédacteurs, en profitant du salaire qu’ils recevaient, par ailleurs, d’activités honnêtes. 

Exercice de mauvais esprit ? 

Mais c’est surtout à l’Etat que m’a fait penser l’idée d’Hervé. Pourquoi nous comportons-nous en « contribuables » à qui l’Etat devrait tout ? Pourquoi ne voulons-nous pas lui rendre ce qu’il nous a donné ? Parce que, comme pour Wikipedia, il nous est arrivé sans que nous le demandions ? Ou parce que nous sommes imprégnés de l’esprit de Wikipedia ? 

SNCF et dette publique

Pourquoi la SNCF est-elle en difficulté ? Selon la Cour des Comptes, pas principalement du fait de son inefficacité. Mais parce que le politique lui a imposé des projets qui sont des gouffres financiers. Et ce n’est même pas une question d’aménagement du territoire, qui pourrait justifier des pertes. On a voulu un tout TGV, et on le fait rouler sur des lignes ordinaires… 
Et si l’on avait là les raisons des déficits du pays ? Des hommes politiques irresponsables, ou qui n’ont aucun sens pratique ? 
Et si, du coup, les réformes en cours allaient à l’envers ? Elles cherchent à faire gagner l’administration en efficacité, en plombant ses comptes à coups d’investissements informatiques allemands !, alors qu’il faudrait fournir des tuteurs à nos hommes politiques ? 

Dangers des réformes de l'Etat

Lettre de l’Agence de la Biomédecine. Elle me demande de faire un don de moelle osseuse. Il se trouve que j’en discute actuellement. En effet, comme toute l’administration, elle est l’objet de réformes visant à réduire son budget. En 4 ans, il a été diminué de l’ordre de 20%, à service constant. Un départ à la retraite sur deux n’étant pas remplacé, de surcroît. 
Curieusement, on ne s’est pas intéressé aux impacts possibles de ces économies. Quelles sont les enjeux ? A titre d’exemple, la greffe de reins, que coordonne l’Agence. Il y a 12.800 personnes en attente d’une greffe. Ces personnes peuvent subir 3 dialyses par semaine à 5000€ la dialyse. Soit de l’ordre de 800.000€ par an. Sans compter que leur activité économique s’en ressent. Une greffe coûte 150.000€. L’Etat ne joue-t-il pas avec le feu ?, peut-on se demander. D’ailleurs, au lieu de chercher à faire des économies de bouts de chandelle, ne serait-il pas judicieux d’accélérer les greffes ? (Le facteur bloquant serait le don d’organes.) Il y a des milliards à gagner ! D’autant que, quelque-peu perfidement, l’Etat demande à l’ensemble de l’Agence de réduire son budget total. Or, son activité cellules souches (>50m€) couvre ses frais sans subvention de l’Etat ou de la Sécurité Sociale. L’activité greffe en elle-même ne représente qu’une vingtaine de millions. 
En fait, l’Etat n’est pas sans une certaine habileté machiavélique. Tout d’abord le sens des réformes qu’il mène depuis la LOLF est le contrôle de gestion de ses dépenses. Il le fait dans la règle de l’art. Ensuite, parce qu’il ne conduit pas le changement uniquement en imposant ses lois. D’en haut. Il infiltre dans chaque unité ses hommes. Ce sont eux qui dirigent le changement. Enfin, au moins dans le cas de l’Agence, parce que toute dégradation du service conduit à une augmentation brutale des dépenses de la Sécurité Sociale, elle réagit immédiatement. Le système présente donc une forme de robustesse.

(De telles économies seraient-elles à l’origine des dysfonctionnements du système de santé espagnol, et d’un mort par Ebola ?)

Au secours, l’Etat

The Economist consacre un rapport à la 3ème révolution industrielle. Contrairement aux deux autres, celle-ci détruit l’emploi. Mais aussi le capitalisme. En effet, en produisant une main d’œuvre misérable, elle réduit l’intérêt de l’innovation. On est entré dans un cercle vicieux de perte de productivité. The Economist en appelle à l’Etat. On croirait entendre Martine Aubry. Redistribution ! N’ayons pas peur des solutions radicales : pourquoi ne pas donner un « salaire de vie » à chaque homme ? De quoi vivre, quoi qui lui arrive. (Une solution nationaliste ?)
Des idées pour l’Etat ? Les infrastructures de transport. Emprunter ne coûte rien, et des études montrent que cela crée de la croissance. D’autant qu’en Allemagne et aux USA, cela fait longtemps que l’on n’a rien fait. Faut-il aussi en revenir à la retraite par répartition ? Une étude montre que « les régimes de retraite privés ont eu des rendements négatifs pour l’essentiel du siècle ». (Angleterre, France, Italie, Belgique et Espagne.) Pourquoi l’Occident est-il devenu égalitaire de 1914 à 1970 ? « Retrait de la globalisation. »
The Economist en pince pour Manuel Valls. C’est le Blair français. Mais tout le monde est contre lui. Va-t-il pouvoir mener ses réformes à bien ? Le parlement européen prend du pouvoir. En Angleterre M.Farage prend des voix à gauche et à droite. Mais la flexibilité nécessaire au discours démagogique résistera-t-elle au succès électoral ? Les USA perdraient-ils leur guerre contre l’Etat Islamique ? Ils ont bombardé un des ennemis du dit Etat. Du coup on se demande à quel jeu ils jouent. Ils feraient l’unanimité contre eux. Effrayant. La justice américaine ne fonctionne plus. Elle est entre les mains des procureurs qui jugent selon leur bon plaisir. 95% des accusés plaident coupable pour éviter l’arbitraire d’un procès. Et cela conduit à de graves erreurs : « Entre 1973 et 2004, 46% des condamnations à mort, que l’on a pu prouver prononcées à tort, étaient dues à de faux témoignages de mouchards ». Les procureurs ont un pouvoir colossal, et ne reculent pas devant la manipulation. Et la motivation de plier la justice à ses intérêts est forte « ils espèrent traduire leurs victoires de prétoire en de très rémunérateurs postes d’associé dans des cabinets d’avocats ou en plate-forme électorale pour obtenir des charges publiques. » Hong Kong veut la démocratie. La Chine ne peut tolérer une démocratie en son sein. Ce problème ne semble pas avoir de solution.
Histoires d’entreprises allemandes. Elles achètent des entreprises américaines. L’Allemagne a beaucoup d’argent à placer. Méthodiquement, elle conquiert le monde. Sa très forte culture serait un obstacle aux fusions. Mais elle apprend de ses erreurs. Rocket Internet entre en bourse. Modèle allemand : lancer des start up qui font ce que d’autres font, mais à l’allemande, c’est-à-dire mieux. Les Allemands placent leur argent dans les obligations de leur Mittlestand. Histoire d’amour.
Le monde consomme de moins en moins d’électricité. Le salut des producteurs d’électricité pourrait venir de la voiture électrique. Mais ils ne l’ont pas compris. Les sous-traitants de l’aéronautique se sont concentrés. Du coup, ils sont en position de force face aux fabricants d’avions.
Les dirigeants d’entreprise devraient lire les grands penseurs. « Les grands patrons risquent d’être tellement obsédés par le succès matériel qu’ils en arrivent à ignorer leur famille ou à violer la loi. »
Un odorat mauvais est corrélé à une faible espérance de vie. Les origines du sida remonteraient aux années 20. Un chasseur aurait été contaminé par un chimpanzé camerounais. La maladie a ensuite emprunté les voies du commerce et de l’assistance au développement, et a reçu d’occasionnels coups de pouce des périodes de chaos produites par les guerres d’indépendance. 

Du haut fonctionnaire dans l'entreprise

L’Etat semble changer de rôle vis-à-vis de l’entreprise. Il ne prétend plus la détenir. Mais il cherche à en garder une sorte de minorité de blocage. Et ce afin qu’elle prenne aussi en compte les intérêts de la nation, et pas uniquement ceux de ceux qui la contrôlent. Cela ressemble à une variante de l’action du Land allemand.
Mais ne faudrait-il pas pousser plus loin cette logique ? Lorsque l’Etat était propriétaire de l’entreprise, il y avait une certaine logique à ce que l’un de ses représentants s’occupe de ses intérêts. Il en est de même dans les entreprises familiales, d’ailleurs. Dans la logique allemande, le fonctionnaire prend un rôle d’administrateur, et le dirigeant reçoit une réelle formation de dirigeant, c’est-à dire il apprend son métier en partant des bases de l’entreprise. Ce qui le rend fidèle à son employeur…

(La caractéristique de l’entreprise allemande semble être, avant tout, de se garantir de l’actionnaire inamical : elle est financée par sa famille fondatrice, ses salariés et des banques coopératives locales…)

Quel avenir pour l'Etat ?

Réduire l’Etat. On en parle beaucoup. Jusqu’ici cela semblait l’idée de quelques revanchards. Ils voulaient liquider les systèmes d’assurance sociale, histoire de remettre le pauvre dans la poubelle dont il n’aurait pas dû sortir. De nouvelles thèses émergent. 

Contrairement à ce que l’on pense, la France n’a pas un amour aveugle pour l’Etat fort. Les Radicaux, qui ont longtemps dominé notre politique, voulaient un Etat maigre. Car l’Etat peut être agent d’oppression. Ce que les Anglais appellent un « Etat nounou » a émergé après guerre. L’Etat s’est mis à décider pour nous. Initialement Etat de technocrates, sa capacité de pensée s’est progressivement réduite à celle d’un tout petit nombre d’hommes politiques (et peut-être même quasi exclusivement du président de la République). Ils s’agitent beaucoup et réfléchissent peu. Surtout, ils sont totalement coupés des réalités. Résultat : tendance à céder aux idées qui passent, et qui ne rencontrent pas de résistance, sans trop se préoccuper de leurs conséquences. Et Etat démagogue, qui vit d’expédients et qui ne cesse de grossir à mesure qu’il nous infantilise.

Quelle alternative ? Etat stratège d’Augustin de Romanet ? Il prend à contre le cercle vicieux de l’Etat nounou. Le pouvoir sous-traite ce qu’il ne fait pas bien, et se concentre sur un cœur de métier, qui pourrait être la stratégie.

Ce qui ne va pas de soi. La culture Anglo-saxonne tend à voir l’Etat comme un arbitre. Il s’assure que les règles du jeu sont respectées (au fond, le juge est plus important que le politique). Ensuite, à l’individu de faire ce qu’il veut. Cela marche pour une société stable. Mai si elle doit évoluer, comme une entreprise, ou comme les Hébreux en Egypte, elle doit choisir un cap. Ce cap n’émerge pas spontanément de la consultation du peuple. Ce qui émerge c’est un malaise, un besoin mal formulé. Il faut un travail supplémentaire créatif, de synthèse, de modélisation et de construction d’une stratégie dans laquelle le peuple va voir une solution à des attentes muettes. Etat stratège, donc ?

The Economist propose une alternative. Voilà comment je l’interprète. Un renforcement de la démocratie directe, en ce qui concerne la formulation du besoin ; le retour de la technocratie, afin de transformer le besoin en stratégie. L’Etat a pour rôle de faire fonctionner ce dispositif et d’en mettre en oeuvre les résultats.

Entreprises et Etats : la paix des braves ?

Entreprises et Etats doivent s’entendre. Ils sont complémentaires, pas ennemis. En prétendant à l’autorégulation, le monde des affaires a entraîné une surréaction de l’Etat. L’un et l’autre sont engagés dans un cercle vicieux du gendarme et du voleur. Le rôle de l’Etat, c’est la formation, les infrastructures, la recherche et l’aide au lancement de l’entreprise. Le rôle de l’entreprise, c’est l’industrialisation et le marketing de l’innovation. Pour cela elle a besoin avant tout de règles du jeu claires et stables.

En attendant les multinationales jouent sur les règles locales pour partager leurs implantations. La Hollande permet d’arranger les statuts de l’entreprise à son gré. Pas mieux que l’Angleterre en matière d’accommodements financiers. La Suisse serait out.
Thaïlande. La bataille entre le peuple et les privilégiés pourrait tourner au profit des premiers. Le futur roi leur serait favorable. Ukraine. Le pays est pris entre des forces centripètes. Un Ouest polonais avant l’annexion soviétique, un Est proche de la Russie, la Crimée, base russe, communauté russe. Avec Kiev comme trait d’union. France. On parle de « théorie du genre ». La différence homme / femme serait une invention sociale. Cela a révélé qu’il existait un courant pro famille fort. Mais aussi que « une nouvelle génération de députés socialistes a été amenée à la politique non par le mouvement ouvrier ou par la politique locale mais par le mouvement associatif, où ils ont combattu pour les droits de la femme et contre la discrimination. Dans une société post industrielle où les travailleurs ont abandonné la gauche pour le Front National, les députés voient ces sujets comme un terrain de batail clé. » M.Sarkozy penserait à revenir au pouvoir. Malheureusement les Français l’aiment quand il se tait. Espagne. Elle redonne droit de cité aux descendants des Juifs expulsés en 1492. Toute la communauté juive serait concernée (au moins). Initiative business. Italie. M. Renzi a renversé le gouvernement. Apparemment, il n’a d’autre programme que de prendre tout le monde de vitesse. Ecosse. Va-t-elle faire sécession ? Ce serait une question de gros sous. Comment récupérer les bénéfices de la liberté sans assumer les charges de l’Etat anglais ? Et revenir dans l’UE prendrait du temps. En tout cas son succès pourrait encourager d’autres régions à prendre leur envol. Ces projets d’autonomie, d’ailleurs, n’auraient pas été possibles sans la protection européenne. Elle fait perdre son intérêt à celle des Etats. Iran. Suite de la tentative de se rabibocher avec l’Ouest en échange de revenus pétroliers. Un succès de M.Rohani pourrait nuire à M.Khamenei. Syrie. L’échec des négociations de Genève pourrait montrer à M.Obama qu’il a eu tort de laisser croire à M.Assad qu’il avait le haut du pavé. Lybie. C’est le chaos. Bientôt, un coup à l’égyptienne ? USA. Le congrès devrait couler les négociations de libre échange. Les précédents (NAFTA) seraient vues comme n’ayant pas tourné à l’avantage du pays. Réchauffement climatique. Croyants et non croyants pourraient trouver un terrain d’entente, à condition que les seconds ne s’en prennent pas aux valeurs des premiers.
Facebook achète WhatsApp. 19md$ pour 32 ingénieurs. Facebook veut injecter du sang neuf dans sa fortune déclinante. Tout étant informatique, la piraterie devient une grosse affaire. Elle coûterait plus de 100md$ par ans. Certains pirates passent au contreterrorisme. Les syndicats américains changent de marché. Le travailleur qualifié de l’usine automatisée n’en veut plus. Le syndicat doit se tourner vers les « exclus », personnels de service, universitaires sans poste fixe et autres intouchables. Révolution à San Francisco ? Mouvement de rejet de l’hypocrisie atroce des « barons du high tech », et d’un monde fondé sur la discrimination ? Les gestionnaires de fonds s’enrichissent au détriment de leurs investisseurs. Leur talent, s’il existe, ne compense pas leur coût. L’OPEP en difficulté. Le pétrole afflue de partout (USA, Iran, Iraq…). L’OPEP ne pourra pas maintenir ses prix. Pourquoi ne pas les baisser brutalement ? Cela tuerait ses concurrents. Le Bitcoin est victime d’une faille informatique. Sa valeur a été divisée par deux. Les économistes cherchent à mettre une valeur sur ce à quoi le marché n’en donne pas, parce que ça pourrait en avoir une un jour.

Le développement intellectuel de l’enfantest fonction du nombre de mots qui lui sont adressés, et de la complexité du dialogue que l’on entretient avec lui. Le réchauffement accéléré de l’Arctique ferait baisser le différentiel de température qui crée le jet stream. Du coup, il pourrait se mettre à zigzaguer paresseusement, et aléatoirement. D’où un climat incertain et stagnant. Un nouveau type de panneaux solaires pourrait produire de l’énergie à un prix concurrentiel avec le charbon. Les hyènes communiquent par leur odeur. Elles sous-traitent cette communication à des bactéries. En éclairant les tableaux pixel par pixel, on leur redonne leurs teintes d’origine. 

Hollande, le Schröder français

Les vœux de M.Hollande ont enthousiasmé The Economist. A la surprise générale, ce fut un coming out libéral. Il est presque allé jusqu’à parler de paresseux qui abusent du système. Et il est prêt à « court-circuiter » les processus démocratique s’il le faut. Seule inquiétude, cependant, le passé de M.Hollande trahit une tendance à accoucher de décisions qui se paralysent par contradiction.

En fait, il n’y a peut-être pas beaucoup à faire pour améliore les affaires des Etats. Vendre ou mieux gérer leurs possessions. Il y a là une fortune (pour les seuls actifs non financiers : près de 80% du PIB pour la France, et 120% pour le Japon). Encore faudrait-il en avoir une comptabilité correcte.

L’Amérique va-t-elle connaître, enfin une forte croissance ? Tout ce qui semblait l’empêcher jusque-là a disparu. A moins que le pays ne soit entré dans une phase structurelle de stagnation. Sinon son humeur est à la réduction des inégalités. Mais elle ne devrait pas passer aux actes. Car ceux qui ont intérêt à cette réduction ne votent pas. L’Italie ressemble étrangement à la France de la IIIème République. Il n’y pas pire ennemi d’un dirigeant qu’un homme de son parti. L’intérêt du pays pèse peu par rapport aux ambitions personnelles. La Lettonie choisit un premier ministre de type Merkel. En Grèce, un risque en cache un autre. Economiquement, cela va mieux, « ce qui est inquiétant, c’est plutôt la montée d’extrémistes grecs appartenant à des variantes néo-nazies ou néo-staliniennes ». En Syrie, les excès d’une émanation d’Al Qaeda ont provoqué un sursaut du reste du pays. Du coup, le prestige de l’opposition respectable en est grandi, et la qualité de recours de M.Assad réduite. En Egypte, le mécontentement suscité par les manifestations continuelles des frères musulmans préparerait le terrain à un retour d’une dictature militaire. En Israël, M.Kerry aurait réussi l’impossible. Convaincre les politiques israéliens de la nécessité d’un Etat palestinien. Mais les Palestiniens préféreraient vivre au milieu des griefs qu’ils ont accumulés vis-à-vis des Israéliens. Par ailleurs, la question se pose à nouveau de savoir ce que cela signifie d’être Juif. Est-ce une question de gènes, ou de partage de valeurs communes ? En Iran, les sanctions internationales ont surtout affecté le petit peuple. L’argent étant réservé aux services de sécurité. La famille de M.Mandela se dispute la possession de sa marque.

Les dépenses en recherche médicale seraient en déclin. Evénement dont les « effets ne devraient pas se faire sentir avant quelques temps ». Automobile. Course à la taille. Ceux qui produisent beaucoup cherchent à éliminer les autres. Le marché semble douter des capacités de se renouveler d’IBM. Il se trouve qu’il vient d’annonce une unité d’avenir consacrée à un ordinateur programmable en langage naturel. Quant à Samsung, il produit tout ce qu’il faut pour équiper la maison électronique. La qualité allemande fait un malheur dans le domaine de l’armement. Difficulté du moment : vendre au marché en croissance des pays peu recommandables sans que cela se remarque trop. Le retour des nations ? Les grandes compagnies de navigation de croisière se font prendre des parts de marché par des spécialistes. Notamment des compagnies qui vendent des croisières monolingues. La Chine n’est plus le Farwest de la cosmétique. « A mesure que les coûts augmentent et la croissance faiblit, L’Oréal et Revlon ne seront probablement pas les derniers cosméticiens étrangers à reconsidérer leurs ambitions chinoises. » Et si le marché n’était pas le meilleur moyen d’allocation de ressources ? (comme on me l’a seriné à l’Insead). On trouve de nouveau des vertus aux conglomérats. La titrisation est de retour. Son objet est de transférer les dettes des entreprises des banques au marché. Un investisseur averti en valant deux on espère que les mêmes causes n’auront pas les mêmes effets. Finalement, les économistes ont changé de consensus. « Maintenant il n’est question que de Grande récession – et de la possibilité qu’un peu plus d’inflation puisse être utile. » 

Du rêve et des hommes

Isolé du monde, l’homme se fait de rêves. Et il refuse la réalité pour les protéger. C’est ce que me semble dire le livre du billet précédent. D’ailleurs, si les victimes de la crise ne se sont pas révoltées, n’est-ce pas parce qu’elles partageaient la croyance collective ? Elles reconnaissaient leur défaite ?Phénomène surprenant mais qui se comprend.
J’ai l’impression qu’il a été rendu possible par l’Etat providence. En nous prenant en main, en nous apportant protection et prospérité, il a créé les conditions d’une perte de contact avec la réalité. Il a fait de nous des égoïstes au cœur froid. Des amoureux du capitalisme vu comme loi de la nature. Le contraire de ce qu’il voulait. Et les êtres mesquins qu’il a créés l’ont détruit.

Et l’avenir ? Il est possible que nous ayons à réinventer l’amitié. Il faut aussi se demander quelles sont « les conditions de l’homme moderne », pour reprendre, à peu près, l’expression d’Hannah Arendt. C’est-à-dire quel est le système qui fait de l’homme un être humain, plutôt qu’une forme inférieure d’animal.  En tout cas, nous devons éviter de reconstituer un Etat providence qui nous déresponsabilise. (Il faut en baver pour devenir sympa ?) Il est aussi logique de croire qu’un tel système ne peut être imposé par la force. Ce serait une nouvelle fois contre productif. Il devra émerger de la « volonté du peuple ». Ou de quelque chose d’approchant. 

L’Etat en France de 1789 à nos jours

« La principale caractéristique de l’Etat français (…) réside d’abord dans la tâche inédite d’ordre sociologique et culturel pour produire la nation, combler le vide provoqué par l’effondrement des structures corporatives. » Livre de Pierre Rosanvallon, Seuil, 1993.

« L’Etat, instituteur du social ».1789 abâti la France sur une fiction, celle d’une société d’individus. Pour cela elle a éliminé toutes les structures intermédiaires (les corporations, forme de privilèges), qui sont le ciment d’une société. Il a donc fallu les remplacer. L’Etat a dû assumer ce rôle. Par conséquent, il a une place centrale dans notre identité. C’est pour cela que nos grands bonheurs collectifs, comme en 1789 ou en 1945, surviennent lorsqu’il prend en main la société et la propulse dans une croisade pour le progrès. C’est un « retour à l’origine de la culture politique française ». Nous conservons toujours la « nostalgie » de ce « consensus fondateur ». Nos divergences se transcendent dans une flambée théorique !

Car, le moteur du pays semble l’utopie. Il se nourrit de magnifiques idées, totalement irréalistes. Elles mènent à l’impasse. Et il est bien obligé de s’adapter à la réalité. Mais il le fait à condition qu’on lui conserve ses illusions. En quelque sorte sa main droite ne veut pas savoir ce que fait sa main gauche.
Quelques exemples. Parmi les fictions qui l’ont nourri, il y a l’ultra libéralisme des révolutionnaires de 89, et l’idée que le gouvernement doit être l’émanation de la volonté du peuple. D’où le refus, longtemps, de l’existence d’une administration, mais aussi la « tendance permanente à gouverner en légiférant », la croyance en la puissance du décret supposé se réaliser par sa seule promulgation.
L’histoire de l’Etat est donc une suite d’ajustements apportés à un modèle théorique. L’Etat a d’abord voulu modeler l’individu et le territoire. Mais la révolution pastorienne lui révèle « que les individus ne peuvent plus être appréhendés comme des monades isolées ». L’Etat devient « hygiéniste ». Sa tâche est désormais la « protection de la santé publique ». Il devient aussi « solidariste ». « Les modes de régulation (…) ne peuvent plus simplement reposer sur le principe de la responsabilité individuelle ». Le Français se protège de l’aléa en adhérant à des mutuelles. Après guerre, Keynes lui révèle que l’économie n’est pas une loi de la nature, qu’il faut subir. On peut la manipuler. « Etat keynésien ». Il installe la sécurité sociale. Reconnaissance d’une promesse faite (partout en Occident) à la société : « reformulation symbolique du contrat social (qui donne) un sens au combat en préparant un  nouvel ordre social ». C’est une « dette morale de guerre ». Cet Etat est, surtout, « modernisateur ». « Exorcisme global et sans nuance du passé », tentative de refondation de la nation ?
Dans cette histoire, les phases non démocratiques (Royauté, Empire, Vichy) semblent nécessaires. Ne sont-elles pas la reconnaissance que la théorie est dans un cul de sac ? Sans utopies pour les faire oublier, leurs régimes doivent corriger les dysfonctionnements du pays. On reconstitue alors des corps intermédiaires (les instituteurs, par exemple, ou les « conseils supérieurs ») ; sous Vichy apparaît l’Etat planificateur. Ces structures sont alors le véhicule d’une nouvelle flambée théorique. Les corps intermédiaires se transforment en missionnaires. Instituteurs, polytechniciens ou énarques d’après guerre.
Depuis la crise, nous sommes en panne d’utopie. Gueule de bois.